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27 février 2008

Les enfants sont des prisonniers politiques

 

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Robin Rhode, Marongrong, 2002, Digital animation
  © R. Rhode & galerie Perry Rubenstein, New York

Derniers humains à n'avoir pas encore le droit de vote, comme autrefois les femmes et les esclaves, comme aujourd'hui certains condamnés, les enfants d'ici et maintenant subissent un système qui a longtemps prétendu préparer leur avenir, alors qu'il n'est plus question désormais que de le saccager au plus vite. Les lois du commerce s'étendent aujourd'hui jusqu'aux écoles, jusqu'au creuset des vies familiales, encore renforcées par une logique de contrôle systématique (fichier "Base-élèves") et la volonté de faire porter aux enfants tout le poids d'une mort industrielle, dernière avancée d'un totalitarisme bio-politique qui ravagera les possibilités d'une pensée inventive propre à l'enfance, joueuse et capable encore d'échapper, de donner naissance à d'autres formes de vivre-ensemble.
 
Il n'y a donc plus de cabanes dans les arbres, plus trace d'aucun refuge pour des enfants-pirates qui rêveraient d'échapper. Alors parions que les livres pourraient devenir cabanes et radeaux imaginaires pour chercher une issue, dégager un chemin. Parions que les livres soient devenus les derniers radeaux possibles pour relier les enfants d'aujourd'hui à ce qui s'invente ailleurs, ultime résistance aux nouvelles formes de dictatures commerciales et biopolitiques.
 
Rue du monde a voulu créer des livres pour un enfant citoyen. Le projet était sûrement nécessaire, et c'est un consensus aujourd'hui que de penser qu'en devenant citoyen, l'enfant construira mieux son avenir, une idée à laquelle nous voudrions pouvoir continuer de croire. Mais en dix ans le monde a tourné, et l'on ne devient plus citoyen quand auparavant on fait de vous une proie, un prisonnier politique incapable de se défendre, incapable de se révolter et d'apprendre à penser. A nos yeux aujourd'hui, il est urgent de créer des livres pour des enfants pirates.
 
En 1720, le pirate Bellamy déclarait à l'ouverture de son procès : « Ils nous condamnent, ces crapules, alors que la seule différence entre eux et nous, c’est qu’ils volent les pauvres grâce à la loi, et que nous pillons les riches armés de notre seul courage. » Les pirates d'aujourd'hui ont d'autres visages mais des convictions similaires, qu'ils soient réfugiés dans les forêts du Chiapas ou qu'ils deviennent faucheurs volontaires, qu'ils pratiquent le "terrorisme poétique" ou le "sabotage artistique", qu'ils œuvrent au sein des black blocs ou embarquent sur le Steve Irwin de Sea Shepherd pour dérouter les flottes baleinières, peu importe, il s'agit de raconter aux enfants, d'indiquer envers et contre tous les consensus que le totalitarisme marchand n'a pas encore cadenassé complètement l'horizon.
 
Les enfants sont des prisonniers politiques ? Les utopies pirates leur apprendront peut-être à échapper à une enfance devenue partout carcérale. 
 

01 septembre 2007

Conditionner les enfants

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© Thierry Ardouin, Tendance floue.
Manifestation de soutien aux sans-papiers, 31 mars 2007.


Le système contemporain, par défiance, par cynisme, par sa logique propre surtout, bannit l’exubérance de la vie hors de ses rouages. Son efficacité est fondée sur la reproduction à l’identique de mécanismes stériles mais exacts, de programmes sinistres mais disciplinés. Ces machines et ces organisations portent en elles la ruine de ce qui veut vivre. Inversement : la vie est une provocation continuelle à détruire ce qui prétend lui imposer des normes. Le foisonnement désordonné et irrépressible qui la caractérise est une menace insoutenable pour ce monde.

La lutte est ouverte depuis longtemps maintenant, entre les êtres humains et une entité autre, non vivante, de l’ordre du système total. Appelons-la la « Mégamachine ». Nombreux sont ceux qui sont passés à son service. Ils veulent nous persuader que notre salut se trouve dans notre acceptation de ses normes, que cette acceptation ne serait pas soumission, mais libération.

Ces adorateurs de l’ordre non vivant prétendent nous faire endosser leur perspective réaliste d’acceptation du système. Pour cela, l’idéologie qui postule la nécessité du travail joue le rôle central. L’un de ses principaux objectifs actuels est de conditionner au travail ce qui, dans l’humanité, représente la part de vie la plus exubérante : les enfants.

Philippe Godard. L'exubérance de la vie.
Lire la suite. Extrait de Au travail les enfants !
Préface de Raoul Vaneigem. Edts Homnisphères. Collection Expression directe.

31 août 2007

Au travail les enfants !

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© François Bon - Tiers livre

C'est un livre de Philippe Godard. Un livre important, paru aux éditions Homnisphères.

3ed4a12aec3545f0eed6106ad3e7f271.jpg Au travail les enfants ! fait suite à d'autres travaux de Philippe Godard sur la question des enfants comme main d'œuvre en cours de formation forcenée, instruments de production pour demain (1). Mais ce livre-là a aussi la force d'un refus nécessaire. Au fil des pages se dessine une position de résistance face au sort qui est fait aux enfants d'aujourd'hui : "L’enfant, lui, ne veut que jouer avec le monde. Nous devrions cesser tout à fait de voir dans le jeu et dans le monde des obstacles à notre accomplissement d’êtres humains. Le monde nous est donné et nous nous ingénions à le plier à nos volontés, jusqu’à le détruire. Du coup, il n’est plus question de jouer : la situation est désormais bien trop grave ! Ce discours dominant en vient de façon tout à fait logique à nier la spécificité de l’enfance et la formidable leçon que nous donnent nos propres enfants. Car eux savent encore jouer, s’émerveiller sans chercher à comprendre ni à dominer. Ils aiment être surpris, ils vivent leur vie plutôt qu’ils ne la pensent, qu’ils ne la réfléchissent, qu’ils ne la programment.

À l’inverse de ce que prétend le discours dominant, ce ne sont plus aujourd’hui les adultes qui ont grand-chose à apporter aux enfants. Ce sont au contraire les enfants, dans leur émerveillement devant le monde, qui nous offrent une leçon de savoir-vivre. Et de savoir-lutter."

Cathy Dutruch a chroniqué le livre pour rue 89. Elle y écrit que «Faire grandir nos enfants dans une contestation de cette idéologie du travail n’est pas chose aisée puisque le discours politique actuel renforce cet endoctrinement. C’est bien un enjeu de taille, puisque la terreur de nos jours, c’est la hantise de ne plus pouvoir « faire fonctionner le système productiviste ».

Philippe Godard - Au travail les enfants ! Préface de Raoul Vaneigem. Edts Homnisphères. Collection Expression directe. 112 Pages - ISBN : 2-915129-19-3 - Prix : 10 €

(1) La vie des enfants travailleurs pendant la révolution industrielle , Sorbier, 2001.
Contre le travail des enfants , Desmaret, 2001.

02 juin 2007

Neli, 8 ans, vient d'être libérée

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Centre de rétention de Marseille

On est loin de la littérature jeunesse. Et en même temps on est au cœur. Le sort de Neli, le sort des enfants sans papiers change le sens des livres qu'on peut faire en France, aujourd'hui, à destination des enfants. Ces gamins qu'on arrête, qu'on emprisonne et qu'on expulse empêchent de continuer, d'inventer des livres quand il faudrait seulement se battre pour empêcher les vies brisées, les vies d'enfants massacrées par nos lois invivables. Neli vient d'être libérée mais ce n'est pas de la clémence. Faut pas rêver. Seulement un vice de procédure. Si à Toulouse le préfet avait fait correctement son boulot de salaud, Neli et sa famille seraient encore derrière les grillages du centre de rétention de Marseille.

Communiqué du Réseau Education Sans Frontières du jeudi 31 mai 2007, 13h

Le cauchemar se termine pour Neli, 8 ans, et ses parents

La famille AL KHALILI devrait être libérée dans l’après midi du centre de rétention de Marseille après deux nuits passées enfermée.
Trimballée en voiture depuis Toulouse dans la journée du mardi 29 mai, cette famille sans papiers d’origine russe avait été raflée dans son hôtel à 6h du matin. Depuis, aussi bien à Toulouse qu’à Marseille, une vigilance extrême et une mobilisation spontanée se sont développées. Ce matin, tout comme la veille, une cinquantaine de personne se rassemblait devant le centre de rétention de Marseille à l’occasion de l’audience devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD)

Finalement la Juge a décidé de rendre la liberté à Neli et ses parents pour diverses irrégularités dans la procédure d’arrestation et de mise en rétention :
- absence de signature de la préfecture de Haute Garonne saisissant le JLD
- arrestation déloyale et douteuse le 29 mai à Toulouse car la PAF de Marseille était prévenue dès le 25 mai de l’arrivée de cette famille !
- non justification du transfert vers Marseille alors que le centre de rétention de Toulouse pouvait (malheureusement) enfermer cette famille (attestation de la Cimade de places libres), ce qui a porté atteinte pendant plus de 7h aux droits de la défense

En toute logique, puisque la famille est désormais libre, les avocats de la famille Al Khalili vont demander l’annulation de l’audience au TA de Marseille vendredi 1er Juin (appel contre l’OQTF pris en urgence suite à l’arrestation de cette famille qui n’a plus lieu d’être car la procédure vient d’être cassée).
La famille Al Khalili doit passer devant le TA de Toulouse le 26 juin pour contester l’OQTF pris antérieurement contre elle. Elle doit donc retourner à Toulouse au plus vite et Neli retrouver ses camarades de classe dès demain.

RESF reste extrêmement vigilant notamment en cas d’appel du parquet de la décision du JLD.
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31 mai 2007

"Est ce que je suis en prison ? Je veux retourner à l'école ! "

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Non, ce n'était pas difficile à imaginer, trop prévisible. La pire des politiques appliquée aux sans-droits, sans le moindre souci du sort réservé aux enfants, des vies qu'on pourrira à partir des racines. Néli, 8 ans, vient de passer sa première nuit au centre de rétention de Marseille. La première nuit d’une enfant dans cette prison, comme elle l’appelle.

Arrivée la veille depuis Toulouse, cette famille avait été raflée à 6h du matin dans sa chambre d’hôtel, bien qu’ayant introduit un recours contre un arrêté d’expulsion. Seul leur fils de 18 ans, sorti, y a échappé. Mais que va-t-il faire seul ?

D’origine arménienne, née à Bakou en Azerbaïdjan, Mme Al Khalili n’est reconnue par aucun de ces deux pays. Seront-ils expulsés vers la Russie dont M. Khalili a la nationalité alors qu’ils vivent depuis 5 ans en France ?

Le RESF de Toulouse connaît bien cette famille et c’est probablement pour casser une éventuelle mobilisation locale que celle-ci a été acheminée à Marseille. Mais ici non plus, nous ne laisserons pas faire ça en notre nom. Nous ne laisserons pas briser l’avenir de Néli, dont les droits fondamentaux (et notamment celui d’aller à l’école) sont garantis par les chartes, traités et autres conventions internationales.

A l’occasion du passage de la famille devant le Juge des Libertés et de la Détention qui doit statuer sur leur sort,
le RESF appelle à un grand rassemblement

JEUDI 31 MAI à 10H
devant le centre de rétention
(26 Bd des Peintures 13014, M° Bougainville)
Contact sur ce dossier :
Marseille : Armelle 06 28 63 29 21 / Bernadette : 06 87 42 39 27
Toulouse : Yamina VIERGE 06 22 56 60 74 / Jean François MIGNARD 06 13 82 55 51
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22 avril 2007

Les enfants de Tamèrantong !

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La compagnie Tamèrantong, c'est 105 gamins aux couleurs de la terre, recrutés sans casting dans le Nord-Est parisien et dans les Yvelines pour faire du théâtre politique. Ils viennent de créer leur dernier spectacle, "Les bons, les brutes et les truands", au Café de la Danse à Paris. Défendant ardemment l'idéal des dignes chevaliers errants, armés de tongues et coiffés de shorts, ils embarquent dans des contes impossibles et hautes légendes des années 1994-2048 environ, ils relèvent des défis et gagnent toujours. Ils ont été jouer leur spectacle, "Zorro el Zapato" devant les troupes de l'EZLN au Chiapas, et nous ont transmis cette lettre à une maman de Belleville. Une de ces mamans magnifiques, directrice d'école, que Brecht appelait Mère courage.
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Salut à vous tous chevalières et chevaliers de la Tongue, Suite aux derniers incidents qui ont eu lieu à Belleville (altercation entre forces de l'ordre et parents d'élèves - garde à vue de la directrice d'école Valérie Boukoza) les enfants de Tamèrantong! se sont exprimés. Durant la pause goûter, entre deux répétitions, ils ont adressé une lettre à Valérie qui est une Mère en Tongue qu'ils connaissent bien. Un adulte en a pris note avec eux sans retoucher leurs paroles. Voici leur lettre :
 
Belleville, le 28 mars 2007
 
Chère Valérie,
On t’écrit au nom de nous tous, les Tamèrantonguiens du western électrique de Belleville. Bienvenue au club des aventures électriques parce que tu en traverses une. On est fier de toi pour ton courage. Tu es comme une résistante car tu n’as pas peur de la police. En ce moment ça va mal dans les quartiers car la police, qui devrait nous protéger, nous agresse. Cela fait peur aux enfants et aux sans papiers aussi. On t’envoie du courage pour la suite. On est avec toi, tu peux compter sur nous, on est dans ton cœur et tu es dans le notre. "Si tu as besoin d’une épaule pour t’appuyer." NON ! ça c’est dans le spectacle. Ce que tu as fait marque beaucoup notre vie car tu soutiens les sans papiers, les immigrés et tous ceux qui sont de toutes les couleurs. Tu es contre le racisme. Ce que tu as fait tout le monde devrait le faire et on espère que beaucoup de gens vont suivre ton exemple. Il y en a qui parlent trop mais toi, tu as agi avec du courage et ton cœur. Il ne faut pas que tu aies peur, tu n’es pas seule, nous sommes avec toi et tous ceux de Belleville aussi. MERCI ! ! MERCI d'être avec les habitants et les sans papiers. MERCI et BRAVO ! ! ! On t’envoie un " Wanchoui-Wanchoua !! ! ", c’est la force des guerrières et des guerriers de Tamèrantong ! et du Théâtre. Salut Valérie, nous sommes avec toi " dans ton impitoyable combat contre l’adversité! LIBEREZ VALÉRIE ! ! ! "... Bon ça, c’est encore dans le spectacle, mais ça ressemble à ton western à toi. ON T’AIME TOUS ! ! !
 
Les enfants de Tamèrantong ! : les Bons, les Brutes et les Truands. Stefen Chow, Mat-Mat, Didlina, Jeanne d’Arc, Chêpa, Tao, Philo, Mamamîa, Soucis, Marie, Sélia, Nénes, Fleur d’orange, Chispa, Ratatinator, François, Xa, Gogo, Jet Lee, Bruce Lee, Feuille de chêne, Yas, Pipelette , Morena.
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23 février 2007

Jouer avec le feu

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© Philip-Lorca diCorcia - DeBruce

Des émeutes ont lieu en France. Les journaux n'en parlent pas. Le mot d'ordre semble avoir été donné de faire silence, comme pour étouffer le feu qui continue de couver, comme s'il s'agissait d'une menace pour la vacuité des débats liés aux Présidentielles. Pourtant, les arrestations se multiplient. Parmi ceux qu'on arrête, la proportion d'enfants ne cesse de grandir. Des enfants plus nombreux, plus jeunes aussi.

Fin 2005, 577 mineurs avaient été présentés aux juges pour enfants à la suite des émeutes. En 2007, aucun chiffre n'a encore été publié, mais les arrestations continuent.

10 février 2007

Les lois pédophiles du Baby marketing

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En France, un enfant reçoit 20 000 messages publicitaires chaque année, et 40 000 aux Etats-Unis. Si le dressage des êtres humains est une tradition dont, hormis Michel Foucault et Patrick Champagne, l'histoire n'a pas encore vraiment été écrite, les techniques de ce dressage, elles, ont été récupérées et développées par les publicitaires.

Ainsi l'univers mental d'un enfant est-il violé 20 000 fois par an. Je dis violé parce que les publicitaires jouent avec le fonctionnement affectif et imaginaire des gamins. Aujourd'hui, on enseigne le "baby marketing", comme l'une de ces techniques fabuleuses du marketing situationnel : medium_117405401_6p.2.jpg"Le retour sur investissement est énorme," explique Hélène Huteau, journaliste à Stratégies. Dans les écoles de communication où s'est formée une nouvelle génération de publicitaires, on étudie donc aujourd'hui le dessin animé et la littérature jeunesse, pour comprendre mieux comment coloniser en profondeur la pensée et l'inconscient de l'enfant. C'est ce que j'ai pu comprendre en étant invité dans une de ces écoles, pour raconter les rapports de l'enfant avec la photographie. Inutile de préciser que j'ai décliné l'invitation par un courrier un peu énervé. Pourtant, aucun de ces violeurs d'enfants d'un nouveau genre n'a encore été inquiété par la justice.

Sur le site de BabyAdgency, on explique aux annonceurs que "la naissance d'un enfant génère une frénésie d'achats qui se portent sur tous les secteurs." Bonne nouvelle, mais comment faire ? Alors c'est expliqué sur le site : "Recrutez une clientèle surconsommatrice de 2 300 000 foyers en pratiquant le baby marketing, et en utilisant le savoir-faire de BabyAdgency."

Et la stratégie BabyAdgency est implacable. Les enfants n'ont aucune chance d'y échapper, et les parents n'y songent même pas. Le piège qu'on leur fabrique est une nasse qui s'étend de l'école à la maison, du gymnase aux salles de cinéma, une nasse aux dimensions d'une société marchande où on leur gave le cerveau comme s'il était devenu extensible. Ce n'est plus de la chair à canon qu'enfantent les mères, mais de la chair à pubs, c'est plus joli et ça sent bon.

Anne Krupicka, enseignante au Centre européen des produits de l’enfant, écrit dans L’enfant consommateur : « Comprendre comment se forment les préférences de l’enfant pour certaines marques est d’autant plus important que ces dernières vont durablement structurer ses choix de consommation. » Si les chercheurs en marketing travaillent à comprendre les mécaniques du désir chez l'enfant, c'est seulement pour les falsifier, les détourner au profit d'un produit qui va ensuite proliférer, devenir un enjeu dans sa vie. Cela s'appelle aussi bien violer la conscience d'un être sous influence. Mais en France, en Europe (Suède exceptée), cela n'est pas encore un crime.

Le 24 mai 2007, jour de mon anniversaire, BabyAdgency organisera un séminaire de propagande publicitaire. Leurs complices y seront Suzanne Goirand, directrice de Classes Junior, cabinet de marketing spécialisé en produits et services pour l'enfant ; Stéphane Barthélémy, président d'Adress Company, spécialiste des fichiers postaux, téléphoniques et e-mail de jeunes parents ; Stéphane Moullé-Berteaux, directeur commercial du groupe Bleucom, leader de la presse prénatale ; Amalric Poncet, directeur général de magicmaman.com, site leader sur la cible des futures et jeunes mamans et Christophe Cassagne, Gérant de Cdclik, spécialiste de la cible des professionnels de l'enfance.

Inscrivez-vous, vous y apprendrez l'évolution de l'image de l'enfant, de la mère et du père dans la communication parentale, l'univers des supports media et hors-media dédiés à la cible des futurs et des jeunes parents, les 24 Erreurs de communication à éviter, les 18 Lois de la Communication maternelle de BabyAdgency, les différents fichiers de futurs et jeunes parents, l'utilisation des circuits de prescription (sages-femmes, puéricultrices, gynécologues, pédiatres), l'utilisation d'Internet pour toucher les jeunes familles, les 7 séquences d'une opération type de communication maternelle.

Passionnant, non ?
Inscrivez-vous vite : Frais d'inscription par participant : 850 € HT (+ TVA 19,6 %) soit 1016,60 € TTC. Soit un mois de salaire minimum pour une journée de formation, deux mois et demi de RMI mais mieux vaut le savoir, il n'y aura pas de tarif réduit accordé. Mais ce sera le jour de mon anniversaire, au diable l'avarice si l'on peut y apprendre tant de choses sur la manière de vendre n'importe quoi aux enfants...

09 février 2007

Mauvais rêve

Connaissez-vous la collection Autres Mondes chez Mango ?
Des romans S.F. pour ados, traitant de thèmes plutôt passionnants.
Denis Guiot dirige cette collection, et vient d'adresser la lettre suivante à ses auteurs comme à ses amis. Spécialiste de la S.F. pour la jeunesse,Denis Guiot a d'abord dirigé la collection Vertige Science-Fiction pour Hachette Jeunesse, avant de travailler pour Mango, qui appartient aujourd'hui à Fleurus. Ce qui se passe ici est la parfaite illustration de ce pouvoir que prennent les actionnaires au sein des maisons d'édition dont ils investissent le capital. Pas même besoin d'une décision au sein du Conseil d'Administration, puisque les responsables éditoriaux baissent l'échine avant même qu'on ne leur demande.

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Couverture de Mauvais rêve,
un roman de Christian Léourier édité chez Mango




Communiqué aux amis d' "Autres Mondes"

(Le jour où Charlie Hebdo passe en jugement pour les caricatures de Mahomet, le télescopage ne manque pas de sens.)

"Bonjour la tribu "Autres Mondes".
La belle aventure est en train de se terminer.
Christophe Savouré, responsable éditorial de Fleurus et Mango Jeunesse m'a téléphoné pour m'annoncer qu'il refusait de publier le prochain roman de Nathalie Le Gendre "Les Orphelins de Naja" (la parution était prévue pour mai).
La raison : le roman de Nathalie dénonçait certaines pratiques pédophiles au sein d'une Eglise du futur sur une planète nouvellement colonisée. Et Christophe Savouré a été très clair : il ne veut pas d'emmerdes avec les actionnaires.
C'est vrai que dans une collection publiée par Fleurus, ça ferait désordre...
Vous comprenez bien qu'il ne m'est plus possible de travailler dans une maison d'édition qui pratique la censure. C'est toute l'orientation de la collection, son esprit qui sont ainsi remis en cause.
Je me refuse à ce qu'"Autres Mondes" soit dénaturé.
Donc voilà.
Je tenais à ce que vous en soyez le plus rapidement informés
Bises à tous

Denis Guiot
PS : bien entendu, on se tient au courant de "la suite des évènements"

08 février 2007

Les bruits de guerre

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Aujourd'hui, de nouveaux bruits de bottes au Liban.
Au Liban les enfants ne votent pas.
En Israël non plus les enfants ne votent pas, en France non plus et nulle part ailleurs.
Si les enfants votaient, ils empêcheraient la volonté de guerre au pouvoir. En donnant le droit de vote aux enfants, plutôt que d'en faire des soldats ou des victimes, nous entendrions une autre pensée à propos de ce monde. Les guerres tuent aussi les chiens, les dauphins, les orvets et les corneilles. Les enfants le savent, pas les adultes. Et je repense à ce poème de Catherine Leblanc, paru dans Le monde n'est jamais fini (Edts de la renarde rouge, 2005)

Les bruits de guerre

Les bruits de guerre
Ecrasent le cœur
Les enfants aux yeux trop grands
Ne bougent plus

Leur maison n'est pas si solide
Leurs parents non plus

Qu'avons nous fait ?

Ils nous regardent
Sans comprendre
Les bruits de guerre
Tuent les paroles

Ils ne grandiront pas
Seule la terreur
Continuera

Catherine Leblanc.
Le monde n'est jamais fini

Si les enfants pouvaient voter, ils éliraient un poète, une poète à la présidence.
A l'école, ils arrêteraient d'apprendre les poèmes de poètes morts pour réfléchir, avec les poètes vivants, au monde où ils veulent vivre.