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24 septembre 2009

Invitation

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A l'occasion de la parution de leur nouveau livre, Où sont les enfants ? vous invite à une rencontre en présence de Mireille Loup, le mercredi 30 septembre, à partir de 18h30 à la Galerie Magda Danysz, 78 rue  Amelot, 75011 Paris.

Après Litli Soliquiétude, il s'agit du deuxième livre de la collection En chemin. Ce conte de la nuit nous entraîne sur les sentiers philosophiques de l'absence et des secrets. Mireille Loup écrit dans la tradition de James Mathew Barry et lui rend hommage. Tapis volants, gouffre magique et coffre aux cauchemars animent cet univers propre aux enfants et à leur envie de grandes aventures.

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Nocturnes ou les garçons perdus, pages 14 et 15

Tirages de tête limités à 100 exemplaires accompagnés d'un tirage original 17 X 17 cm, signés par l'artiste.

17 septembre 2009

Planète Marseille, à la rencontre de l'édition indépendante

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Pour la première fois de leur existence, Où sont les enfants ? va accoster à Marseille. Ce n'est pas si loin d'Arles mais c'est une ville qui résonne différemment de toutes les autres. Peu à peu, la géopolitique locale devient plus lisible, entre la Cité du livre à Aix-en-Provence, les éditions du Bec-en-l'air à Manosque, dont on admire le travail en photolittérature, et des librairies mythiques dont on entend parler à Marseille, comme Histoire de l'œil, rue Fontange où l'on peut boire un café et découvrir une expo.

Ces rencontres sont une façon de croiser ceux qui inventent ici des livres, et l'occasion pour nous d'inviter La compagnie créative et Claude Dagail, une autre éditrice dont le catalogue est riche en pépites inclassables, nécessaires aussi quand tant d'albums semblent décliner les mêmes thèmes avec des images qu'on pourrait croire interchangeables.

Le programme ?

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24 septembre 2008

Un voyage photographique

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© Alice Sidoli - Vitrine de la librairie Les trois mages, Marseille

Au début de l'été on a fait un voyage avec Alice Sidoli, un beau voyage à travers le grand sud. Une virée dans les librairies jeunesse du côté de Toulouse, Montauban, Marseille, Miramas et jusqu'à Avignon. Alice était venue jusqu'à Marseille par le train, puis on a fait la tournée en voiture, sous le soleil de juin. Ce sont les premières photos destinées au livre de chroniques de Madeline Roth, parues au fil des pages de la revue Citrouille. Des chroniques où elle raconte par l'émotion les journées d'une libraire amoureuse, passionnée de littérature jeunesse.

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© Alice Sidoli - Librairie Bull'Images, Miramas
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© Alice Sidoli - Une vie d'escargot à la librairie Le bateau livre, à Montauban
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© Alice Sidoli - A travers la vitrine de la librairie Le bateau livre, à Montauban
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© Alice Sidoli - Une lectrice de la librairie L'eau vive, à Avignon
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© Alice Sidoli - Lecture à deux, librairie L'eau vive, Avignon

19 septembre 2008

Tourne la Page à la Cité du Petit Bois

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© Alice Sidoli

Alice Sidoli a réalisé un reportage sur une bibliothèque de rue en banlieue parisienne. Je viens d'en découvrir les images mises en ligne. Ce travail, souvent mené par des bénévoles, m'a toujours fasciné : porter les livres là où manque leur présence. Pour voir l'ensemble du reportage c'est sur le site de BASOH, photographes associés.

Comme tous les mercredis après-midi, depuis deux ans, la bibliothèque de rue « Tourne la Page » s'installe au milieu de ce quartier décentré de Carrières-sur-Seine dans le 78. Deux grands tapis, des coussins multicolores et surtout des livres pour deux heures de bonheur sur le carré d'herbe de la cité.
Les enfants ont entre 4 et 13 ans. Les plus grands accompagnent les plus petits, les parents gardent un oeil aux fenêtres. Chaque enfant choisit son livre, il peut lire seul, regarder les images ou se faire lire une histoire.
Un petit groupe de copines s'est formé pour accompagner bénévolement, chaque semaine, ces enfants sur le chemin des mots, des livres et de l'imaginaire. Un moyen de défendre l'accès de tous à la culture et une manière de tisser un lien positif avec la langue. Mais aussi le bonheur de goûter ces moments intenses de lecture partagée.

12 juillet 2008

Rencontres

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Je voudrais arriver à photographier l'invisible. Elle a dit cette phrase, je m'en souviens, au tout début de l'été dernier. Elle habitait notre maison, derrière la rue avec Yumi, avec le père de Yumi et les enfants - Taïo et Aomi - que Ryuta avait eus avant de la connaître. Nous regardions les photos qu'elle venait de prendre, l'ami Titan en SDF entouré de poussins, avec Kiga la chienne sur le seuil de la vieille cathédrale. Elle continue de photographier, d'approcher l'invisible et parfois, quand on se croise à Paris, elle me montre d'autres images. Depuis six jours on marche la nuit dans les rues d'Arles. C'était la nuit de la photo hier, des images projetées partout dans les rues. Après minuit, face aux photos de l'agence Magnum, au milieu des enfants épuisés elle a seulement dit que la photo était en train de mourir. Je n'étais pas d'accord. J'ai répondu par sms ce matin. Non, pas d'accord, la photo n'est pas encore moribonde.

Les photos de Litli sont partout dans les vitrines d'Harmonia Mundi, la librairie d'Arles. Tout à l'heure, Severine Thevenet viendra signer le livre avec d'autres photographes dont les livres paraissent chez Filigranes : Gilbert Garcin, Isabelle Vaillant, Nicolas Comment et d'autres dont le travail nous montre, sûrement, une petite part d'invisible. C'est à 16 heures, aujourd'hui samedi au 3 rue du Président Wilson, au beau milieu des Rencontres Internationales de la Photographie.

27 février 2008

Les enfants sont des prisonniers politiques

 

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Robin Rhode, Marongrong, 2002, Digital animation
  © R. Rhode & galerie Perry Rubenstein, New York

Derniers humains à n'avoir pas encore le droit de vote, comme autrefois les femmes et les esclaves, comme aujourd'hui certains condamnés, les enfants d'ici et maintenant subissent un système qui a longtemps prétendu préparer leur avenir, alors qu'il n'est plus question désormais que de le saccager au plus vite. Les lois du commerce s'étendent aujourd'hui jusqu'aux écoles, jusqu'au creuset des vies familiales, encore renforcées par une logique de contrôle systématique (fichier "Base-élèves") et la volonté de faire porter aux enfants tout le poids d'une mort industrielle, dernière avancée d'un totalitarisme bio-politique qui ravagera les possibilités d'une pensée inventive propre à l'enfance, joueuse et capable encore d'échapper, de donner naissance à d'autres formes de vivre-ensemble.
 
Il n'y a donc plus de cabanes dans les arbres, plus trace d'aucun refuge pour des enfants-pirates qui rêveraient d'échapper. Alors parions que les livres pourraient devenir cabanes et radeaux imaginaires pour chercher une issue, dégager un chemin. Parions que les livres soient devenus les derniers radeaux possibles pour relier les enfants d'aujourd'hui à ce qui s'invente ailleurs, ultime résistance aux nouvelles formes de dictatures commerciales et biopolitiques.
 
Rue du monde a voulu créer des livres pour un enfant citoyen. Le projet était sûrement nécessaire, et c'est un consensus aujourd'hui que de penser qu'en devenant citoyen, l'enfant construira mieux son avenir, une idée à laquelle nous voudrions pouvoir continuer de croire. Mais en dix ans le monde a tourné, et l'on ne devient plus citoyen quand auparavant on fait de vous une proie, un prisonnier politique incapable de se défendre, incapable de se révolter et d'apprendre à penser. A nos yeux aujourd'hui, il est urgent de créer des livres pour des enfants pirates.
 
En 1720, le pirate Bellamy déclarait à l'ouverture de son procès : « Ils nous condamnent, ces crapules, alors que la seule différence entre eux et nous, c’est qu’ils volent les pauvres grâce à la loi, et que nous pillons les riches armés de notre seul courage. » Les pirates d'aujourd'hui ont d'autres visages mais des convictions similaires, qu'ils soient réfugiés dans les forêts du Chiapas ou qu'ils deviennent faucheurs volontaires, qu'ils pratiquent le "terrorisme poétique" ou le "sabotage artistique", qu'ils œuvrent au sein des black blocs ou embarquent sur le Steve Irwin de Sea Shepherd pour dérouter les flottes baleinières, peu importe, il s'agit de raconter aux enfants, d'indiquer envers et contre tous les consensus que le totalitarisme marchand n'a pas encore cadenassé complètement l'horizon.
 
Les enfants sont des prisonniers politiques ? Les utopies pirates leur apprendront peut-être à échapper à une enfance devenue partout carcérale. 
 

07 février 2008

Les enfants de Saint-Paul-les-Trois-Châteaux

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Samuel & Ella

Je peux pas m'empêcher. Sur les salons je regarde les enfants, la façon dont ils s'approchent des livres, ce qu'ils racontent en lisant. Pas si souvent, en dehors des écoles où on va, qu'on rencontre des enfants avec un peu de temps pour se parler. Á St Paul ils rigolaient face à l'affiche au rouge à lèvres, ils la montraient du doigt à leurs copains et on pouvait se raconter des blagues. Maintenant j'en suis sûr les enfants aiment cette image. Les bibliothécaires aussi qui ont dévalisé le stock d'affiches. Tant mieux, j'ai toujours su que Laure était une artiste, attentive à parler aux enfants.

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06 février 2008

Finding the Way Home

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© Brenda Ann Kenneally

 

On dit pur plaisir mais je sais bien que le plaisir est impur. Dans le travail qu'on fait la recherche du plaisir est une espèce de contrebande et à force on l'apprend : qu'en vérité le plaisir est dilué au milieu des emmerdes, comme des minutes qu'on partira voler dans sa journée de forçat.

Avant-hier j'ai crevé. La voiture était chargée, lourde de livres et des encadrements d'une expo. La route pour revenir de Saint-Paul-les-Trois Châteaux est longue et fabuleuse, une traversée des Cévennes jusqu'au Larzac. C'est à la ligne de partage des eaux que j'ai crevé et il neigeait, le col est à 700 mètres d'altitude, il neigeait et pour changer la roue, je devais vider mon coffre rempli de livres. Impossible sous la neige, les cartons auraient pris l'eau et c'est un truc qui me rend fou, les livres qu'on salope dans les intempéries, rien que l'inondation du local les grands jours de tempête ça me rend fou.
 

 
Pas rentrer à la maison mais attendre. Assis dans la voiture sous la neige, au milieu du trajet et j'ai lu. Dans mon sac d'éditeur j'avais deux textes. Celui de Mireille Loup pour Les nocturnes, celui de Gwendoline Raisson aussi avec un titre qui met de bonne humeur, Deux poules égalent combien ? Alors je vous le dis j'ai lu, tous les feuillets posés sur le volant et je me suis dit c'est ça, le grand plaisir est dans les histoires qu'on reçoit. La chance c'est qu'Où sont les enfants ? en reçoive de plus en plus, le plaisir est dans la promesse de lecture quand les enveloppes arrivent, un manuscrit dedans. Des enveloppes lourdes avec l'adresse à la main, toujours, superstition d'écrivain, et l'annoncement qui pousse à faire des livres, à partager quand ça devient du bonheur.
 
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Portable coupé, pas de radio pour amplifier encore un peu le silence de neige et j'ai lu. Les mots du conte de Mireille Loup « Ton petit soleil ne permettra pas qu'il fasse jour, présuma Nicéphore». Et puis les mots pour rire d'enfant de Gwendoline Raisson « Les 26 lettres de l’alphabet égalent… Des tonnes de mots doux égalent… Un baiser d’amoureux égale…». Tous leurs mots dans la voiture et j'en oublie la roue crevée, l'heure qui tourne moins vite et les messages qui s'accumulent sur le répondeur d'Où sont les enfants ?, les rendez-vous qu'il faudra tout à l'heure annuler.

Non, juste une heure de lecture au milieu de nulle part, la contrebande du grand bonheur qu'on a volé au temps des agendas et l'incapacité, presque totale, impardonnée, d'apprendre à remercier pour la joie de lire qu'on reçoit.

28 janvier 2008

Naissance de Litli Soliquiétude

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Litli Soliquiétude, l'album de Severine Thevenet et Catherine Leblanc vient d'être imprimé, plié et cousu à l'imprimerie Lussaud, à Fontenay-Le-Comte en Vendée. Demain matin, il fera le voyage en camion jusqu'à Toulouse pour recevoir une couverture. Plus que quelques jours, promis, avant de pouvoir le feuilleter en librairie. Et puis on vient tout juste de mettre quelques pages en ligne pour les plus impatients, à commencer par Severine dont c'est le tout premier livre.

 

04 janvier 2008

« Nous sommes hantés par un peuple d’images »

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Double-page extraite des Cahiers de l'Immuable / 2 

Dans ma tête Deligny est une nébuleuse, bonhomme hors-normes dont la pensée affrontait tout ce qui pouvait servir à explorer la double énigme du langage et du non-langage. Et bien sûr c'est énorme, inclassable, intrépide et casse-gueule mais sa pensée dure longtemps, et en traversant les années elle s'amplifie au point de revenir innerver, aujourd'hui, nombre de tentatives parmi les plus inclassables.

A cause d'un film-météore, à cause de ses lignes d'erre dessinées comme des cartographies psycho-géographiques, et pour vingt phrases au moins que personne ne sait aujourd'hui où ranger, les questionnements de Deligny restent vivaces, indispensables. Parce qu'il vivait au milieu d'enfants sans parole, parce qu'il avait choisi une existence hors des frontières du langage Deligny interrogeait le mystère de la parole avec une urgence très concrète, bien décidé à questionner tout ce qui pouvait alimenter une pensée vagabonde et furieuse, une pensée fleuve capable de tout emporter, que ce soit l'écriture mise à nu de Beckett ou la beauté du cinéma muet, les intuitions de Wittgenstein ou la nature primitive et secrète de l'image.

Deligny devait comprendre, inventer une pensée opératoire et il ne s'arreterait pas avant d'avoir élucidé, un peu, pourquoi certains enfants venaient au monde sans l'usage de la parole, et ce que leur existence pouvait encore nous apprendre. Il n'avait pas pour ambition de les guérir puisqu'il n'était pas sûr qu'ils soient malades, il voulait juste comprendre ce que c'était la vie humaine sans parole, et s'il était possible d'inventer une langue sans sujet, une langue infinitive et concrète.

L'écriture de Deligny est une réserve à peu près inépuisable de carburant mental pas encore raffiné, or noir à l'état brut encore de poésie tenace, "directement branchée sur la vie qu'il partage avec les enfants"(1). Mais il aura fallu des années d'intelligence et un courage éditorial hors-normes, lui aussi, pour rendre cette écriture aussi directement accessible. Les éditions de l'Arachnéen ont relevé ce défi et édité, à l'automne, ce livre-monument. Sandra Alvarez de Toledo aura travaillé de nombreuses années pour parvenir à ce recueil des Œuvres de Fernand Deligny qui paraît un peu plus de dix ans après sa mort, en 1996. L'ouvrage reconstitue en 1848 pages de textes, images, fac-similés, les étapes d’une interrogation expérimentale de l’autisme. Il rassemble pour la première fois l’essentiel de son œuvre, éditée et inédite : de Pavillon 3, ses premières nouvelles (1944), aux textes sur l’image des années 1980. Il s’achève sur quelques pages manuscrites de sa dernière et monumentale tentative autobiographique, L’Enfant de citadelle.

Et pour commencer il y a ce texte : L'inactualité de Fernand Deligny.

(1) : Sandra Alvarez de Toledo, "L'inactualité de Fernand Deligny", Fernand Deligny, Œuvres, Ed. de L'Arachnéen, 2007, p 24.