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06 juin 2008

La première chambre noire

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© Evgen Bavcar - Veronique and the duck 

Il suffit parfois d'une image pour fasciner. Une photographie envoyée par la poste, Véronique and the duck d'Evgen Bavcar, découpée et collée dans une lettre d'enfant. D'autres fois c'est une phrase qui fascine : « À 12 ans, j'étais amoureux d'une jeune fille qui portait ses cheveux noués en une longue queue de cheval. Je me suis plongé dans sa chevelure et je n'ai depuis jamais trouvé la sortie. » Evgen Bavcar s'amuse à raconter cette histoire inventée lorsque, un peu agacé par la récurrence de la question, on lui demande comment à l'âge de 12 ans il est devenu aveugle. Une marque de l'originalité de ce personnage qui, comme pour relever le défi de son handicap, a fait de l'image sa spécialité et de la photographie son œuvre. Naturalisé français, cet artiste slovène expose un peu partout. Diplômé de philosophie, il est souvent convié à s'exprimer sur le statut de l'image. C'est en effet à ce sujet entre autres1 qu'il se consacre depuis 1976 au sein de l'Institut d'esthétique des arts contemporains (IEAC) à Paris. Mais son intégration administrative n'a pas été simple, même si, « pour les directeurs successifs de l'Institut, ma cécité n'a jamais été un problème. Et pour cause : en sciences humaines, l'acceptation que tout homme est handicapé dans son corps et dans son esprit est le point de départ de toute réflexion. » Il obtient finalement en 2001 un poste réservé d'ingénieur d'étude à l'IEAC.

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© Evgen Bavcar - Tree with swallows

Son activité de photographe artiste et son travail de chercheur sont intimement liés. « Je m'intéresse à la photographie non comme technique mais comme idée. Non à l'invention du XIXe de Niepce ou Daguerre mais à ses origines conceptuelles. Pour moi, la première chambre noire est la caverne de Platon2, explique le chercheur. Il faut distinguer le visuel, ce que voient nos yeux, du visible, ce que voit notre esprit. Le sens n'est pas donné seulement par les expériences visuelles, mais aussi par celles invisibles à l'œil. D'ailleurs la science n'aurait pas de sens, sans cela. » Cette nécessité de mettre la photographie au service de l'âme et des autres perceptions a fait dire au poète allemand Walter Aue qu'Evgen Bavcar était le quatrième inventeur de la photographie, après Niepce, Talbot et Daguerre.

Evgen B. étudie associe ses recherches sur l'image à celles que mènent des astrophysiciens tels que Peter Von-Ballmoos3, qui lui expliquait : « Nous autres astrophysiciens sommes tout aussi aveugles que toi, nous ne pouvons pas voir l'Univers, ce que nous voyons n'est qu'interprétations de ce que proposent nos techniques. En science, c'est très souvent le cas. »

Comète de Hale-BoppComment réalise-t-il ses portraits ? En évaluant les distances avec ses bras et en utilisant l'autofocus de son Leica pour la mise au point. Mais on reste surpris devant le cliché qu'il réalise en 1997 de la comète de Hale-Bopp. Il juge le résultat de ses prises de vue en les faisant décrire par sa nièce ou ses amis. Cet homme bienveillant au visage paisible, au regard bleu, au collier poivre et sel, garde un certain mystère. « J'ai été invité à Marseille comme membre du jury pour des œuvres vidéo d'artistes contemporains, on me racontait les films, explique-t-il. Un pianiste aveugle était aussi invité, poursuit-il d'un ton admiratif, on lui a demandé d'improviser sur les films muets. » Silence. « C'est cela que j'appelle l'intelligence suprême. »

Notes :

1. Il travaille aussi sur l'esthétique en philosophie, en littérature et en poésie.
2. La caverne de Platon : métaphore par laquelle Platon explique le monde concret et celui des idées.
3. Professeur d'astrophysique au Centre d'étude spatiale des rayonnements de Toulouse.


05 juin 2008

La peur du loup


 
 
 
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© Diane Ducruet - Manga photographique 

La peur du loup, c'est le titre d'un dossier de photographie.com paru au mois de mai. On y retrouve une série d'articles et de dossiers sur les quelques photographes qui ont tenté l'aventure en imaginant des livres capables de raconter d'autres histoires, à l'aide de la photographie. En voici l'édito, signé par François-Marie d'Andrimont :

« Pratiquée par tous, destinée à tous, la photo ne concerne pourtant pas tous les jeunes de 7 à 77 ans. En effet, certaines tranches d'âge sont ignorées. Où sont les enfants ? demande l'éditeur Tieri Briet. Pourquoi les albums photo destinés à la jeunesse sont-il peu nombreux ?que la photo est un langage qui ne fonctionne pas chez les plus petits..." Il comprend alors que cette théorie est née des propos tenus par Françoise Dolto sur France Inter à la findes années 70. La célèbre pédo-psychiatre qui était un prescripteur important en matière de littérature destinée à la jeunesse a dénoncé le caractère traumatisant, selon elle, des photos de Sarah Moon. Le Petit Chaperon rouge était, à cette époque, un des rares albums à utiliser la photo.
Associer photo et enfant est devenu un tabou majeur depuis quelques années. À tel point que la banale photo de classe exige des photographes d'école moultes autorisations. Début avril, lors de l'inauguration de l'exposition collective "Humain, très humain" François Hubert (Le directeur du Musée d'Aquitaine) a refusé de montrer les clichés de Christian Delecluse représentant des pères complètement nus avec leurs enfants de "peur de choquer avec les problèmes de pédophilie ou d’inceste". L'imbécile censure érigée en principe de précaution… »

Parmi les 7 000 titres qui naissent chaque année sur le marché du livre jeunesse, l’album illustré par la photographie est quasi-absent. À peine 1%. La faute aux idées reçues telles que “la photo ne convient pas aux enfants”, “la photo ne permet pas la créativité”. Force est de constater la méconnaissance de cet art, de la part des enfants mais aussi de leurs enseignants, de leurs parents... Alors au pays de la photographie, dans ce monde d’images qui nous entoure, Où sont les enfants ?
Voici le dossier que consacre Photographie.com au sujet de la photographie enfantine. Ici, nous donnons la parle aux Éditeurs, aux photographes, et à ceux qui consacrent leur temps à la transmission de leur savoir aux plus petits.
Ce sujet vous intéresse ? Vous fait réagir ? N’hésitez pas à nous faire parvenir votre sentiment sur le thème du rapport entre la photographie et les enfants à studio@photographie.com

diane475.jpg Sisyphae : un manga photographique sans éditeur
Photographies de Diane Ducruet
En 2004, lors de sa résidence d’artiste à Niort avec Joan Fontcuberta, Diane Ducruet, avait alors décidé de réaliser une "BD"/Manga photographique pour enfant/jeune ados. L’ensemble des images réalisées sur place a mis deux ans avant de prendre la forme d’une proposition mise en page par Yann Gobert, Graphiste Free-lance. Après de nombreux mails, et démarches aucun éditeur ne s’intéresse à ce projet : la relation entre photographie et enfance serait-elle si malheureuse ?
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La mer racontée aux enfants
Livres de Philip Plisson
"Il n’y a pas que le cercle des photographes intellos parisiens pour parler aux enfants. Il y a aussi dans vos provinces, des femmes et des hommes qui s’investissent pour faire rentrer la photo et la mer dans le cœur des enfants." Le célèbre et incontournable photographe de mer, Philip Plisson, nous présente ses nombreux ouvrages consacrés à la photographie de mer, dédiés aux très jeunes lecteurs.
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Livres de photographies pour enfant : François Delebecque récidive
Fort du succès rencontré par son ouvrage photographique destiné aux plus jeunes “Les animaux de la ferme”, distingué par le prix des bébés lecteurs 2008 à Nanterre le 22 mars, François Delebecque renouvelle l’expérience. Au total, traduits du français en hollandais, catalan, espagnol, suisse et allemand, pas moins de 30 000 exemplaires ont été écoulés dont la moitié à l’étranger. Des chiffres dont le photographe n’a pas a rougir quand on sait que près de 7 000 livres pour enfants, photographiques ou non, naissent chaque année.
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briet75.jpg Mais Où sont les enfants ? Pourquoi les albums jeunesse photo sont-ils si peu nombreux ?
Entretien avec Tieri Briet (co-fondateur des Éditions Où sont les enfants?)
Avant de travailler avec Où sont les enfants ?, je n’imaginais pas que la photo puisse être aussi inventive pour illustrer un texte. Elle peut, autant qu’un dessin et parfois plus, faire appel à l’imaginaire, introduire ombre et lumière entre les mots.” Ce témoignage de Catherine Leblanc, auteur du livre pour enfant Litli illustré par les photographies de Séverine Thevenet, pourrait faire taire l’idée reçue selon laquelle les enfants ne sont pas sensibles à la photographie.
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  Quand les enfants déclenchent
La photographie, un monde mystérieux
Patrick Devresse et Horric Lingenheld ont la même passion : la photographie ; la même mission : l’enseigner. Dans la même région, le Nord-Pas-de Calais, chacun à leur manière, ils interviennent auprès des plus jeunes pour leur transmettre leur savoir. Questionnés au sujet du rapport entre les enfants et la photographie, les deux passionnés se rejoignent sur de nombreux points.
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17 juin 2007

Quand Juliette Armagnac raconte

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Double page de Prénom Camille, image sans texte.

- Pour commencer, d'où vient cette passion pour la photo ?

Juliette Armagnac : “Quand je regarde derrière moi la photo a toujours été là... Je garde précieusement des photos d'enfance, des photos-souvenirs, traces de ce qui a été, de ce qui est, tranches de vie... Petits bouts de réel... Peut-être pour être sûre que les choses ont vraiment existé, existent vraiment.

Ce qui me fascine dans la photographie, c'est le lien qui perdure entre le réel et l'image. C'est la lumière du monde qui pénètre dans l'objectif et vient s'imprimer sur la pellicule puis sur le papier... Comme un fil rouge qui nous lie au monde au delà de l'image...”

- Quelle différence voyez-vous entre le travail de photographe chez "Où sont les enfants?" et le travail d'illustratrice chez d'autres éditeurs ?

J.A. : “Les enfants ! Ils sont bien là, et ils m'apportent énormément ! Jusqu'à présent je travaillais pour eux mais grâce à "Où sont les enfants ?", j'ai appris à travailler avec eux. Des enfants devant l'objectif qui comprennent ce que je fais, ce que je cherche, le ressentent intimement et proposent avec leur univers, leur imaginaire... Mais des enfants aussi avec moi derrière l'objectif, qui participent à l'élaboration des images, observent, collectent, rassemblent, imaginent, dessinent et sont émerveillés autant que moi par la naissance des images...”

- Avez-vous une approche différente quand vous travaillez en tant que photographe et en tant qu'illustratrice ?

J.A. : “Non, pas vraiment, la photographie est pour moi un outil au même titre que le crayon, l'encre ou l'acrylique. Suivant le texte que je reçois, je choisis l'une ou l'autre technique pour être au plus près de l'histoire. Le processus de conception des images est le même, quelle que soit la technique. Je construis les images dans ma tête: je pose un décor et des personnages, je les éclaire, je les mets en mouvement, je tourne autour, je me rapproche et je m'éloigne pour trouver le meilleur point de vue.

Bien sûr l'exécution est différente... Mais ce que j'aime le plus, c'est me faire surprendre par mes images... Une tâche de couleur impromptue, une peinture qui se craquelle en séchant, un changement de lumière soudain au moment de la prise de vue, une petite bête qui va passer par là, des objets auxquels je n'avais pas pensé et des enfants qui se prennent au jeu, et proposent au delà de ce que j'avais imaginé...”

- Quel est votre rapport avec le monde de l'enfance ?

J.A. : “Je crois que je vis dans ce monde là ! Le monde dans lequel je vis aujourd'hui est le même que celui dans lequel je vivais petite... Bien sûr j'ai bougé depuis, mais la petite Juliette est toujours là, elle s'émerveille toujours devant la beauté des choses, son reflet dans le robinet de l'évier, le jeu de la lumière au fond de la bassine remplie d'eau et cet insecte bizarre qui vient jeter un coup d'oeil... Il y a simplement différentes façons de regarder le monde avec plus ou moins d'attention, d'envies, de liberté, d'imagination.”

- Dans le "monde lilliputien" que vous fabriquez, la nature est au centre, quelles histoires voulez vous raconter aux enfants ?

J.A. : “Justement, je ne veux pas leur raconter d'histoires ! Je pars du réel, de ce qui est vraiment là sous leurs yeux, je me contente de montrer du doigt la beauté des petits détails, et au delà, celle de l'ensemble. J'essaie de fournir une sorte de “support à histoire”, un bateau sur lequel les enfants pourront s'embarquer pour aller où bon leur semblera, changer de cap à volonté, et vivre une nouvelle aventure à chaque fois qu'ils ouvriront le livre. Aujourd'hui on est de plus en plus nombreux sur notre planète, on voit notre espace vital se réduire et beaucoup d'enfants n'ont plus la chance d'avoir l'espace d'un jardin pour s'évader.

Mais en regardant le monde de plus près on s'aperçoit qu'il y a encore beaucoup de place à prendre, d'univers à explorer, d'aventures à vivre avec trois petits bouts de trois fois rien...”

Propos recueillis par Marion DUQUERROY pour Où sont les enfants ?

14 juin 2007

Prénom Camille

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C'est le 8ème bébé d'Où sont les enfants ?
A la naissance il pesait 325 grammes et mesurait 23,6 centimètres. Un enfant phénoménal, énergumène et saltimbanque. Tieri Briet en a écrit le texte pour Juliette Armagnac et le petit garçon du livre, qui s'appelle Camille dans la vraie vie, sa vie d'enfant entre Naudou, à Caniac-du-causse et Labastide-Murat où il va à l'école, sa vie de pirate aussi parce que Camille exerce depuis toujours dans la pire piraterie, quelque part entre l'île des enfants perdus de Peter Pan et l'île mystérieuse de Jules Verne.

Juliette Armagnac en a fait les photos, c'est-à-dire la poésie visuelle à l'état brut, et ça donne un livre qui s'aventure dans les terres mal explorées de l'enfance perpétuelle.

Madeline Roth est la première à en avoir parlé. C'est sur le site des librairies sorcières. On recopie ses mots :

"Il y a peut-être deux sortes d’albums. Ceux que l’on lit en diagonale, c’est-à-dire pas même une fois, et ceux que l’on relit. Plusieurs fois. Qui ne vous donnent pas tout, tout de suite. Ceux dont les lectures successives nous font avancer comme sur un chemin, à tâtons. Ceux que l’on a envie de montrer aux personnes que l’on aime pour savoir ce qu’elles y lisent, et puisent. Ceux que deux personnes ne liront jamais de la même manière, ou que même une seule personne lira plusieurs fois différemment.

Prénom Camille est de ceux-ci. A la première lecture, on prend la poésie, la musique du texte, on prend l’enfance, offerte. Et dans les lectures, nombreuses, qui suivent, on cherche. D’où vient l’émotion, et le nom des choses que le texte remue en nous. Camille est un enfant, un futur aviateur, un explorateur. Ce prénom répété presque à chaque page, c’est l’enfant qui grandit à l’intérieur du prénom qu’il porte. L’enfant qui cherche qui il est, et qui va le trouver, mais dans l’autre. Dans l’autre Camille, l’enfant du reflet, du miroir, l’enfant en écho. Parce qu’au début de chaque histoire, au commencement de chaque vie, il y a ce quelqu’un d’autre que l’on nomme et qui nous fait nous. Le début de l’identité, c’est chaque lettre d’un prénom additionnée.

Et dans les photos de Juliette Armagnac, on fouille aussi comme derrière les mots. On cherche la clé de ce qui n’est pas donné d’emblée.

Les livres qui comptent, dans une vie, on les reconnaît. Ce sont ceux dans lesquels on veut s’arrêter, comme devant un miroir, et chercher."

Madeline Roth, L'Eau Vive

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Prénom Camille, 4ème de couve