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25 mars 2009

Le raccomodeur de poussières

519.jpgMaryvette Balcou a publié cet hiver un roman, Le raccomodeur de poussières, aux éditions La Cheminante. Elle quittera bientôt La Réunion et la colline aux camélias pour signer son dernier livre, ainsi que ses autres ouvrages le 4 avril, à la librairie La Terrasse de Gutenberg. Une occasion de rencontre, dans une petite librairie du 12ème arrondissement où les expos, je m'en souviens pour avoir habité tout près, valent souvent le détour.

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28 février 2009

Chronique clandestine

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Avenue de Tarascon, cela faisait des mois que les troncs des arbres étaient cerclés de peinture. Hier ils les ont coupés. Je déteste ça. Il est entré avec un bouquet de fleurs. Il avait un sourire jusqu'aux oreilles. Il regardait les doudous, son bouquet à la main, son sourire aux oreilles, et ça m'a fait rire. Elle s'appelle Oléane.


Sur les listes de réassort, j'ai vu qu'on avait vendu le livre de Deligny. J'ai regardé. J'ai vu à qui on l'avait vendu. M'étonne pas. Un jeune homme est venu demander Oliver Twist. Dans quelle édition ? Il a dit "euh... enfant".


Et puis, à midi trente, la librairie fermait pour le déjeuner. Sauf qu'il restait deux personnes dedans. Deux femmes. La mère et la fille, peut-être. L'une regardait Au pays de Titus (Claudine Galea, Goele Dewenckel, Rouergue), l'autre Litli. J'avais très très faim. Mais je ne pouvais quand même pas leur dire on ferme. Elle sont parties avec une pile de livres. Je crois que j'avais oublié les arbres morts.


A quatorze heures trente, quand la librairie a ouvert à nouveau, elles attendaient devant la vitrine. Comme deux enfants. Elles ont acheté un autre exemplaire de Litli. J'ai demandé pour qui. Deux garçons, deux frères. Elle m'a dit "on ne peut pas leur en donner un pour deux".


Avenue de la Violette, il reste encore des branches. Et des oiseaux.



m.

25 novembre 2008

A la Soupe de l'Espace

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Après Contrebandes à Toulon, l'exposition des photos originales de Litli Soliquiétude est accrochée, depuis le 15 novembre, à la librairie La Soupe de l'espace, à Hyères, une toute nouvelle librairie dont c'était la première exposition.
Et Severine, qui n'a pas peur des voyages, a fait le périple depuis Bruxelles pour y dédicacer ses livres,  raconter avec ses mots et son sourire l'aventure des prises de vues en Islande, juste avant de repartir en famille pour le Japon, puis de passer par Lyon où elle animera un atelier à la librairie A titre d'aile, le 13 décembre.

24 septembre 2008

Un voyage photographique

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© Alice Sidoli - Vitrine de la librairie Les trois mages, Marseille

Au début de l'été on a fait un voyage avec Alice Sidoli, un beau voyage à travers le grand sud. Une virée dans les librairies jeunesse du côté de Toulouse, Montauban, Marseille, Miramas et jusqu'à Avignon. Alice était venue jusqu'à Marseille par le train, puis on a fait la tournée en voiture, sous le soleil de juin. Ce sont les premières photos destinées au livre de chroniques de Madeline Roth, parues au fil des pages de la revue Citrouille. Des chroniques où elle raconte par l'émotion les journées d'une libraire amoureuse, passionnée de littérature jeunesse.

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© Alice Sidoli - Librairie Bull'Images, Miramas
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© Alice Sidoli - Une vie d'escargot à la librairie Le bateau livre, à Montauban
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© Alice Sidoli - A travers la vitrine de la librairie Le bateau livre, à Montauban
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© Alice Sidoli - Une lectrice de la librairie L'eau vive, à Avignon
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© Alice Sidoli - Lecture à deux, librairie L'eau vive, Avignon

23 août 2008

Soliquiétude

Eté étrange - moisson d'images et parfois rien d'autre que les pages blanches - le silence sur lequel les mots se déposent - pour en rendre compte. Arpenter la ville d'Arles en tous sens et revenir - revenir - encore ? - aux mêmes expositions. Richard Avedon, Patrick Swirc et Tim Walker en points d'orgues. Mais on atterrit et on en reparle. D'abord on atterrit. Severine Thevenet vient de nous envoyer les photographies de Serge Gurtwith prises lors de la dédicace autour de Litli, le samedi 12 juillet dernier, à la librairie Harmonia Mundi de Arles.

Regarde, tu fais naître le monde.

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12 juillet 2008

Rencontres

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Je voudrais arriver à photographier l'invisible. Elle a dit cette phrase, je m'en souviens, au tout début de l'été dernier. Elle habitait notre maison, derrière la rue avec Yumi, avec le père de Yumi et les enfants - Taïo et Aomi - que Ryuta avait eus avant de la connaître. Nous regardions les photos qu'elle venait de prendre, l'ami Titan en SDF entouré de poussins, avec Kiga la chienne sur le seuil de la vieille cathédrale. Elle continue de photographier, d'approcher l'invisible et parfois, quand on se croise à Paris, elle me montre d'autres images. Depuis six jours on marche la nuit dans les rues d'Arles. C'était la nuit de la photo hier, des images projetées partout dans les rues. Après minuit, face aux photos de l'agence Magnum, au milieu des enfants épuisés elle a seulement dit que la photo était en train de mourir. Je n'étais pas d'accord. J'ai répondu par sms ce matin. Non, pas d'accord, la photo n'est pas encore moribonde.

Les photos de Litli sont partout dans les vitrines d'Harmonia Mundi, la librairie d'Arles. Tout à l'heure, Severine Thevenet viendra signer le livre avec d'autres photographes dont les livres paraissent chez Filigranes : Gilbert Garcin, Isabelle Vaillant, Nicolas Comment et d'autres dont le travail nous montre, sûrement, une petite part d'invisible. C'est à 16 heures, aujourd'hui samedi au 3 rue du Président Wilson, au beau milieu des Rencontres Internationales de la Photographie.

15 avril 2008

Un message pour Claire Gros

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Le lectorat face au peuple des enfants
 
Presque minuit. En remontant de Perpignan ce matin je suis passé par Toulouse prendre 800 exemplaires de Litli chez le relieur. Les livres sont rangés par cartons de 25 et les amortisseurs de la vieille Laguna touchent maintenant le sol dans les virages. Je les porterai à La Ferrière, chez Littéral demain après la banque s'il y assez de sous. 428 km aller et pareil au retour. En passant par le local d'Où sont les enfants ? il y a un message de Claire Gros sur l'écran : « Comme vous le savez sûrement, cet album a le mérite de susciter la discussion. Mon opinion est que c'est un très bel ouvrage artistique, un livre d'auteur, mais je reste sceptique sur sa capacité à rencontrer son lectorat. » C'est l'argument avec les mots pour mieux tomber des nues. Le mot lectorat déjà je n'ai jamais aimé. Lectorat comme Agrégat de lecteurs, un gros conglomérat d'enfants forcés à lire n'importe quoi avec le bon label et les bons sentiments. Je ne m'énerve pas : Le petit bonhomme suit son chemin et il suffirait qu'il rencontre un seul gamin, rien qu'un seul lecteur pour Litli, un enfant pas prévu avec les yeux silencieux dans les pages et ça suffirait au bonheur. A Saint-Vincent de Tyrosse où j'ai passé deux jours - Le livre dans la ville - j'ai rencontré deux jumeaux. Des enfants de sept ou huit ans et j'ai oublié leurs prénoms. Pas leurs yeux. L'un des deux frères portait un sweat marqué Hawk. Les deux avaient les yeux rivés au livre, le dernier de Litli, des yeux noirs et sérieux, obstinés. C'est celui-là qu'ils voulaient, le dernier Litli. Et les parents - c'est très rare alors je l'écris - les parents n'ont pas discuté le choix des enfants. Ils ont tourné les pages ensemble et dit OK. On le prend. D'habitude c'est l'inverse alors ici je l'écris. Un père, une mère et leurs jumeaux de sept ans est-ce que c'est eux le lectorat ? Claire Gros dirige le site Choisir un livre. Elle est sceptique m'écrit-elle. Est-ce que Litli a la capacité de rencontrer son lectorat ? Je réponds en expliquant, en faisant suivre les premiers articles, celui de Griffon et celui de Citrouille, celui de Gawou et d'Eliabar. Caroline me dit «Te fatigue pas c'est pas la peine.» Le livre qu'a reçu Claire Gros en service de presse, à combien d'enfants l'a-t'elle montré ? Pour de vrai. Je voudrais savoir pour de vrai la rencontre et c'est la seule question, demain je téléphone. Maintenant non c'est la nuit et la musique du Velvet, de 2pac et De La Soul en sourdine. Je charge d'autres cartons dans la voiture, des 8h32, des Amour à gogo et des Prénom Camille. L'amour pour les livres qu'on fabrique est dans le geste des cartons qu'on va caler avec tendresse au fond du coffre, la nuit. Le début du voyage pour les livres orphelins. Je pense au peuple des enfants, au poids massif des Litli à bout de bras et puis Madeline appelle : T'as-lu ce commentaire d'une maman sur le blog de Gawou ? Gawou la libraire. Bien sûr que non, plus le temps de rien lire, 4000 km sur la route en six jours. Alors je lis. Je recopie les mots d'une maman :    « belle rencontre!!
Samedi après midi je flânais dans une librairie (espace culturel du Centre Leclerc de GAP), je cherchais un livre pour mon petit garçon (et un peu pour moi aussi!!) et tout à coup je découvre "Litli": j'ai immédiatement senti un truc particulier sans même l'avoir ouvert. C'est une petite merveille de pureté, les photos sont sublimes et pour ma part ce livre fait directement appel à l'enfant qui est en moi ! Quand je l'ai offert à mon enfant (en lui demandant de me le prêter un peu quand même!!) il est immédiatement rentré dans l'histoire, il a tout observé ! pour lui LITLI rêve et quand il rêve il a plus peur d'aller voir ce qu'il ne connait pas!!et du coup ça l'aide à dormir, il met son livre sous son oreiller depuis samedi soir; mon mari a adoré aussi ,chacun le lie et se l'appropie à sa façon.Pas de doute c'est le plus beau livre pour enfant ( et pour grand !)que je n'ai jamais rencontré!je vais passer le message autour de moi...à quelques personnes qui ont une bonne capacité à faire appel à l'enfant qui est en eux! merci! »

Le message est signé kikou. Sans majuscule. C'est un message pour Claire Gros. Direct au cœur du lectorat.

04 avril 2008

Litli dans les villes

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En avril Litli ira dans les villes. Autant que ses jambes pourront le porter il ira. Avant-hier au Bouscat près de Bordeaux, hier à Bologne en Italie et demain au salon du livre jeunesse à Sucé sur Erdre, près de Nantes. Et puis Litli va aussi dans ces villes où les libraires racontent son périple, comme à Grenoble où Gaëlle, de la librairie La Dérive, raconte sa rencontre avec le petit bonhomme en chemin : " Litli, c'est un album lourd -c'est peut-être fait exprès pour qu'on ne s'envole pas en lisant le texte délicat de Catherine Leblanc?, au beau papier qui sent bon. La couverture est bien épaisse, en carton brut -serait-ce un rappel du caractère sauvage de la nature ? "  Son analyse enthousiaste du livre, on peut la lire sur le blog de Gawou la libraire et rajouter un commentaire au passage, parce qu'apprendre les rencontres de Litli avec ses premiers lecteurs, c'est pour nous forcément passionnant.

Passionnant comme les mots d'Eliabar, libraire elle aussi qui écrit sur son blog Des livres, des filles et un ou deux hippopotames "... c'est un album qui touche, là, juste là, notre âme d'enfant qui a grandi... un peu." Ces mots sont pour Severine qui a porté les images de Litli dans sa besace de saltimbanque, ces mots sont pour Catherine qui a inventé les mots du vrai voyage jusqu'aux confins. Ce sont des mots qui comptent déjà dans l'existence de Litli.

Ailleurs encore - une autre ville, un autre site - il y a les mots de môsieur J, autour de Litli et de 8h32, dans lesquels il reprend le premier entretien paru sur Ricochet. Et justement, justement Ricochet vient de mettre en ligne cet entretien plus récent, paru en novembre dans la lettre de Ricochet. Ricochet est un lieu de mémoire, un lieu où les aventures se racontent au fil des ans. Le chemin de Litli passera aussi par ce site, source d'une mémoire attentive et patiente.

29 mars 2008

L'œil de Simon

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© Simon Roguet 

« Il est pourtant difficile de faire rêver avec des photographies, écrit Simon Roguet. Bien souvent l’implacable exactitude du regard photographique heurte l’imaginaire et rend difficilement accessible ce type de projet. Avec Litli soliquiétude, Séverine Thevenet et Catherine Leblanc réussissent avec brio ce beau pari. » La suite de l'article est sur le site de M'Lire, la librairie où travaille Simon à Laval.

Simon Roguet est donc libraire, mais photographe aussi alors un jour on a parlé, je m'en souviens, la première fois à Montreuil cet automne. Ses photos aussi je m'en souviens, elles étaient dans un numéro de Citrouille l'an dernier, pour illustrer les chroniques de Madeline Roth. Des photos qui racontent et ajoutaient aux mots de Madeline une errance. Depuis ses photos on les guette, et surtout celles qui mettent en scène des albums à l'intérieur d'un décor. C'est une drôle d'idée, simple et pas du tout habituelle, de raconter encore à partir d'un livre qu'on montre autrement, qu'on montre oublié dans la vie qu'on traverse un peu vite, en regardant pas assez forcément. C'est une idée d'enfant qu'il met en ligne encore ici, sur L'œil de Simon, et qu'il faut aller voir. Parce que les idées d'enfants ne s'incarnent pas si souvent dans la vie des adultes, et que sinon la vie serait moins similaire. 

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Ceci n'est pas un éloge mais le plus précieux, je crois, c'est que Simon est aussi un libraire en colère. Quand je portais les premiers albums d'Où sont les enfants? jusqu'aux aux librairies, je rencontrais souvent la colère des libraires, une colère que j'aimais bien, que je partageais une fois sur deux en m'étonnant aussi que cette colère ne s'écrive pas. Pas assez puisque partout elle éclatait. Je ne connaissais pas encore Simon et c'est vrai, je n'avais pas repéré la route qui va jusqu'à Laval loin d'ici. Sur Livres échanges, Simon Roguet raconte ses colères. Par exemple en décembre : « Je m’imagine tout à fait dans la peau d’un lecteur du Monde, je suis le père d’un ado heureux et accompli, je lis cet article. Là évidemment, je m’affole et je lui interdis illico de lire toute cette littérature malsaine. Et je maudis mon libraire qui me l’a conseillée, et je maudis les documentalistes du CDI de mon fils, et je maudis les bibliothécaires de mon village. Tous liés, tous pareils… à promouvoir une littérature dangereuse. Ah mais non j’oubliais… je ne dois pas parler de littérature. La littérature, c’est justement la seule notion qui manque dans cet article du Monde. L’auteur ne s’est pas posée la question qui me semble pourtant au centre de ce que devrait être ce débat. Ces livres sont-ils ou non de bons romans? Sont-ils bien écrits? Où est la littérature dans tout cela? » Et là déjà la signataire de l'article. D'ailleurs tout le monde a déjà oublié son nom, tant mieux. Cette colère-là est importante. Nécessaire. Déterminante pour ce qui vient demain. Allez voir votre libraire, demandez-lui ses colères.

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© Simon Roguet 

10 décembre 2007

Survie

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Angelle - La classe de Madame Lampion 

Montreuil était comme une récolte, et difficile à raconter, j'y pense depuis cinq jours. La récolte, c'était les photographes qui la donnèrent, et leurs images racontaient plus longtemps que les livres tout autour, entassés. Des livres à perte de vue et je ne sais plus lire, je me dis.
 
On ne vient pas si souvent jusqu'en banlieue, juste au bord de Paris et c'est aussi la ville où vit Angelle. Elle a un grand classeur avec dedans la plupart des photos qui serviront pour La classe de Madame Lampion, ce livre qu'a écrit Catherine Leblanc, le premier reçu d'elle. Un livre pas simple à photographier, un livre rempli d'enfants pour lequel elle a inventorié tous ces objets un peu cassés qui font leurs univers, ceux qu'ils trimballent entre leurs poches et leurs cartables. Pourquoi ses images racontent-elles l'enfance à ce degré d'intensité ? Pourquoi ne ressemblent-elles à rien de connu ? L'air de rien, ses photographies délivrent un sentiment que les surréalistes n'avaient pas su capter, malgré cette ambition un peu désespérée qu'ils en avaient.
 
 
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Alice Sidoli - La chaise vide

J'essaye de raconter les photos qu'on a vues. Celles d'Alice Sidoli prises dans un lycée, dans une autre banlieue. Parce qu'avec RESF on veut faire un livre qui raconte l'expulsion, la dislocation des familles sans papiers. Alice a rencontré Géraldine Collet qui a écrit cette histoire, et c'est ensemble qu'elles organisent les prises de vues, le mercredi quand les classes restent vides. Alice pose les images sur la table, les étale devant moi comme une voyante avec les cartes d'un tarot. Les images disent l'avenir d'un livre qu'on veut faire. Les images disent le chemin qu'on cherche encore, à mesure qu'on relit les phrases de La chaise vide.

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© Marcella Barbieri

Puis les photos de Marcella Barbieri. 14 images + 2. Les deux dernières encore vierges, première fois qu'on regarde et c'est son monde. Elles sont nées toutes les deux d'un texte qu'on a perdu, un texte que d'autres éditeront, illustré de dessins comme on fait d'habitude. Les seize images de Marcella racontent en silence, sans aucun texte encore, un récit que j'aimerais bien débusquer. Que je débusquerai forcément si je continue à relire Julio Cortazar, Italo Calvino, Marcel Schwob et Clarice Lispector. Eugène Savitzkaya aussi. Mais je ne sais plus lire et depuis si longtemps j'ai perdu mes lunettes.

Debout derrière la table où sont nos livres, on regarde les images de Marcella. Passent Juliette Armagnac, Sara, Edith de Cornulier Lucinière et je leur montre comme on montre un trésor. Il suffirait d'un écrivain pour relier ces images et y tracer un récit. Je cherche un écrivain, je porte le deuil de Cortazar, celui de Calvino, j'emporte leurs livres pour découper dedans des phrases et les coller sous les images de Marcella.

 

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Juliette Armagnac - Enfin seule

Avant de m'en aller j'écoute encore les écrivains : Stéphane Servant, Jeanne Failevic, Lydia Devos. J'écoute la colère de Sophie Van der Linden et sa colère me parle. J'écris dans mon carnet les mots que j'oublierai demain à force d'autoroutes et de machines à café, les mots des écrivains. En revenant derrière la rue, dans l'ordinateur d'où j'écris arrivent d'autres images, celles de Juliette Armagnac pour Enfin seule. C'est là, dans ce texte-là que Manu Causse a écrit :

Je cours dans la prairie comme un indien qui chante. Les herbes me font signe et me parlent du vent. Un rayon de soleil se frotte à ma peau et mon cœur s’étend jusqu’au ciel. Je suis immense.

Il a raison. Les photos sont une preuve : dans leurs pensées les enfants sont immenses.