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16 mars 2007

Les garçons perdus

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© Mireille Loup - Nocturnes ou les garçons perdus 2006-2007

    Nocturnes ou les garçons perdus est un travail photographique qui s’inscrit dans le prolongement de la dernière série de Mireille Loup, Esquives. Il propose des échappées nocturnes dans l’univers fantasmagorique de l’enfance. Deux « garçons perdus » vêtus de pyjamas voyagent la nuit dans un « Pays de Nulle Part ». Les ambiances nocturnes ressemblent davantage à des décors qu’à des paysages naturels : lumière et couleurs irréelles viennent participer à l’imaginaire, simulant pour certaines images un décor en carton-pâte de mises en scènes théâtrales.

Pour réaliser ces photomontages, Mireille Loup s’est inspirée de l’œuvre de James Matthew Barrie, Peter Pan. Dans ce conte qui fut d’abord une pièce de théâtre, les garçons perdus sont des enfants tombés de leur berceau. Si au bout de sept jours ils ne sont pas réclamés par leurs mères, ils atterrissent au « Pays de Nulle Part ». Pas de Capitaine Crochet cependant, ni de crocodile dans cette série photographique.

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Plutôt que de faire une illustration du conte, Mireille Loup a préféré reprendre les sources d’inspiration premières de l’écrivain : le décès accidentel et traumatisant d’un frère âgé de treize ans alors que James était petit garçon, décès qui a rendu sa mère inconsolable. Pour plaire à celle-ci, pour se faire aimer d’elle, James portait les vêtements de son frère aîné. Et dans sa douleur, sa mère croyait reconnaître le défunt plutôt que James. Celui-ci enviait à regret cet aîné qui n’aura jamais grandi et qui obtint plus de reconnaissance de sa mère par son absence que James par sa présence. Ainsi est né Peter Pan, un mélange entre James lui-même et ce frère perdu, un enfant qui refuse de grandir et qui fut d’abord un garçon oublié par sa mère, « elle referma la fenêtre sur lui ».

On ne s’étonnera pas alors que l’œuvre de James Matthew Barrie ait fait écho au travail de Mireille Loup, puisque l’absence et l’isolement sont des thèmes chers à la photographe. Dans son roman photographique Esquives (2002-2005), Emilie a perdu sa sœur aînée lorsque celle-ci est âgée de treize ans, et les images montrent une enfant esseulée dans des paysages majestueux.

Au travers de l’œuvre de Peter Pan, jamais James Matthew Barrie ne fait étalage de cette souffrance. Elle est évoquée pour se transcender en une fantasmagorie.

Mireille Loup fait état de cette même pudeur dans la série Nocturnes ou les garçons perdus. On y voit deux garçons, l’un petit, l’autre pré-adolescent. L’aîné accompagne le plus jeune : il l’attend, le protège, mais il n’est pas le protagoniste principal. Souvent il est en retrait, dans l’ombre, de dos ou capuche sur la tête. Parfois, il est absent de l’image, laissant seul le plus jeune. L’artiste montre les choses sans les nommer. Elle laisse de côté les abandons visibles, les souffrances évidentes, et nous invite à une promenade dans l’univers de contes. Elle nous parle des rêves d’enfants, de leur poésie et nous rapporte un peu de notre enfance oubliée.

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