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22 octobre 2008

« Quatre heures ! ils ne sont pas venus goûter ! Où sont les enfants ?... »

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© Jim Goldberg, Polaroïds

« Où sont les enfants ? » Elle surgissait, essoufflée par sa quête constante de mère-chienne trop tendre, tête levée et flairant le vent. Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu'elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d'un brûlant velours de rhum et de confitures. Un grand tablier bleu la ceignait si elle avait lavé la havanaise, et quelquefois elle agitait un étendard de papier jaune craquant, le papier de la boucherie ; c'est qu'elle espérait rassembler, en même temps que ses enfants égaillés, ses chattes vagabondes, affamées de viande crue...

Au cri traditionnel s'ajoutait, sur le même ton d'urgence et de supplication, le rappel de l'heure : « Quatre heures ! ils ne sont pas venus goûter ! Où sont les enfants ?... » « Six heures et demie ! Rentreront-ils dîner ? Où sont les enfants ?... » La jolie voix, et comme je pleurerais de plaisir à l'entendre... Notre seul péché, notre méfait unique était le silence, et une sorte d'évanouissement ; miraculeux. Pour des desseins innocents, pour une liberté qu'on ne nous refusait pas, nous sautions la grille, quittions les chaussures, empruntant pour le retour une échelle inutile, le mur bas d'un voisin. Le flair subtil de la mère inquiète découvrait sur nous l'ail sauvage d'un ravin lointain ou la menthe des marais masqués d'herbe. La poche mouillée d'un des garçons cachait le caleçon qu'il avait emporté aux étangs fiévreux, et la « petite », fendue au genou, pelée au coude, saignait tranquillement sous des emplâtres de toiles d'araignée et de poivre moulu, liés d'herbes rubanées...

Colette. Où sont les enfants ? La maison de Claudine

8h32 à Millas

Scan 8h32.jpgEn collaboration avec 5 bibliothèques municipales, la Médiathèque Départementale «Claude Simon» des Pyrénées-Orientales, organise du 12 au 18 novembre 2008 une animation commune autour d'un jeune auteur, Stéphane Servant, d'une jeune photographe, Alice Sidoli, et d'une petite maison d'édition Jeunesse « Où sont les enfants ? ». Au programme : des rencontres avec les classes en bibliothèques, des rencontres tout public en bibliothèques, des dédicaces, une journée de formation, une exposition, des lectures...

Jeudi 25 Septembre, deux classes de CE2 de l'Ecole Primaire de Millas ont pu participer à un atelier photo numérique organisé par la Médiathèque de Millas et animé par Gérard Maincent du Photo Club de Millas et correspondant local à l'Indépendant. Cette séance se poursuivra par un atelier de photomontage le Mardi 14 Octobre. L'objectif : réaliser une exposition autour de l'album 8h32 qui sera présentée à la Médiathèque de Millas le Jeudi 13 Novembre à l'occasion de la rencontre des deux classes avec les auteurs Stéphane Servant et Alice Sidoli.

A lire aussi sur 24h Actus, toute l'actualité de Millas vue par Gérard Maincent, correspondant du journal L'indépendant.

19 septembre 2008

Tourne la Page à la Cité du Petit Bois

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© Alice Sidoli

Alice Sidoli a réalisé un reportage sur une bibliothèque de rue en banlieue parisienne. Je viens d'en découvrir les images mises en ligne. Ce travail, souvent mené par des bénévoles, m'a toujours fasciné : porter les livres là où manque leur présence. Pour voir l'ensemble du reportage c'est sur le site de BASOH, photographes associés.

Comme tous les mercredis après-midi, depuis deux ans, la bibliothèque de rue « Tourne la Page » s'installe au milieu de ce quartier décentré de Carrières-sur-Seine dans le 78. Deux grands tapis, des coussins multicolores et surtout des livres pour deux heures de bonheur sur le carré d'herbe de la cité.
Les enfants ont entre 4 et 13 ans. Les plus grands accompagnent les plus petits, les parents gardent un oeil aux fenêtres. Chaque enfant choisit son livre, il peut lire seul, regarder les images ou se faire lire une histoire.
Un petit groupe de copines s'est formé pour accompagner bénévolement, chaque semaine, ces enfants sur le chemin des mots, des livres et de l'imaginaire. Un moyen de défendre l'accès de tous à la culture et une manière de tisser un lien positif avec la langue. Mais aussi le bonheur de goûter ces moments intenses de lecture partagée.

19 décembre 2007

Les secrets de Stéphane Servant

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Stéphane Servant face à la classe CE2-CM1 

A Labastide-Murat il y a une école, deux classes maternelles et quatre élémentaires. C'est une école loin des villes, loin des théâtres et des cinémas, où les enseignants doivent inventer des stratagèmes pour que créateurs et enfants puissent se rencontrer malgré tout. Et ce n'est pas simple. Depuis mars il y a aussi une bibliothèque dans le village, une vraie bibliothèque avec des livres qui donnent envie aux enfants. Quand Marie de Hillerin est arrivée de la banlieue parisienne pour animer la bibliothèque, elle a décidé de travailler à ces rencontres. Un conteur est venu en novembre, et puis Stéphane Servant ce vendredi. En parlant avec les enfants, j'ai réalisé que c'était la première fois qu'un auteur venait à l'école. Pour eux c'était important, de parler avec un monsieur qui écrit des livres. Les élèves de Maternelle avaient travaillé sur Le machin, les CP sur Le cœur d'Alice et les plus grands sur 8 h 32. Ce que personne ne savait, c'est que pour Stéphane aussi c'était une "première fois". Premier dialogue avec des classes d'enfants lecteurs qui, bien sûr, avaient 10 000 questions à lui poser. Ce dialogue il le redoutait un peu, même si son expérience d'éducateur spécialisé et de conteur lui permettait de trouver les mots qui parlent aux enfants. 
 
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La rencontre était donc importante pour chacun, et les explications sur son travail d'auteur se voulaient aussi sincères que possible. Comment viennent les idées ? Et pourquoi c'est difficile de vivre avec quelqu'un qui écrit ? Stéphane répondait sans tricher, avec l'envie d'expliquer tout, d'être vraiment entendu sans simplifier ce qui devait être dit. L'envie de donner des mots importants aussi, des mots qui résonnent. Comme ces secrets qu'il a donnés aux CP, au milieu de l'après-midi. Des secrets qu'on ne peut pas rapporter ici, bien sûr, de vrais secrets qu'il a partagés avec les enfants, à propos de la façon dont naissaient les histoires qu'il invente. 
 
Alors on a apris que ce lieu, cette bibliothèque dans un village au bord du causse, c'était un endroit où pouvaient se dire des choses importantes. Un lieu avec une âme. 

18 septembre 2007

Pas facile

 

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Mais pour sortir, impossible :
il faudrait savoir où est la porte d'entrée.
“C'est par où la sortie ?“ 

 

"Une photographie est un secret qui parle d'un secret, racontait Diane Arbus, plus elle vous en dit, moins vous en savez."

Je me demande s'il faut garder le secret sur les livres qu'on prépare. En montrer les photos ou pas. Les livres restent longtemps dans l'atelier, ventre ouvert, le temps qu'il faut pour trouver l'équation qui les rendra vivants. De temps en temps quand même, on va à la rencontre de ceux dont le métier est de lire, comme hier à la librairie Tire-Lire. Avec Stéphane Servant on y a présenté la maquette de Plastik, un livre en noir et blanc qu'il a imaginé avec Alice Sidoli. Curieuses, les bibliothécaires tournaient les pages sans rien dire. Ou presque. On a raconté un peu l'origine du livre, la complicité maintenant établie entre l'auteur et la photographe, la volonté de prolonger la recherche entamée pour 8h32. On a parlé de "Tu existes encore", l'album de Thierry Lenain avec des photos de Patricia Baud, du petit chaperon rouge de Sarah Moon et Michèle Sarlangue a rajouté qu'on éditait des livres pas faciles. Alors ce mot nous suit. S'ils ne sont pas faciles, nos livres, est-ce d'aller chercher d'autres images pour raconter des histoires aux enfants ? Les bibliothécaires n'ont pas répondu, silencieuses. Maintenant, c'est à vous que je pose la question.

 
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© Ellen Kooi
Siblini - Rim, 2006 

03 septembre 2007

Retour à Lectoure, ville photographique

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    Le voyage à Lectoure n'est pas seulement un rendez-vous de travail. J'ai passé du temps par ici, voici sept ou huit ans, à photographier les ruelles du centre ville pour y trouver les décors d'un film, celui d'André Téchiné ou de Serge Moatti, je ne sais plus. Vie d'avant à préparer les tournages. Je connais ces maisons et le chien qui vient dormir au soleil, je l'ai déjà vu couché face à la pente, en travers de la rue. Quand j'y retourne ce matin c'est pour rencontrer Marie-Paule Fontano, la responsable de le bibliothèque qui vient de découvrir nos livres à Sarrant. Elle veut monter un projet de récit photographique avec l'école Gambetta, en exposer les images dans les deux salles de la bibliothèque, inventer un livre avec les enfants, face à face avec un photographe et un auteur.
 
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    L'été 2006, j'étais revenu avec Ana & Alejandro à Lectoure, pour voir avec eux les vidéos de Charles Pennequin à la Cerisaie. Monsieur Charles, le deuxième après Baudelaire. Je peux rouler des heures pour entendre Pennequin improviser n'importe où ses poèmes délabrés, sa poésie pour les nuls face à un dictaphone ou une vieille caméra, capable d'inventer une poésie directe, mal foutue mais vitale avec des bouts de ficelle dans la voix. Des textes comme ça : "Oui l’homme est né. Oui il a décidé de naître et oui il pense. Il pense que c’est mieux  on est nu et qu’on naît. Oui il pense que la vie nue, la vie à naître c’est à nu. Et la nudité gagne comme il dit. Elle gagne du terrain sur les planches, et sur les planches l’homme pense à la voix nue. Oui il y pense, il pense que sa voix est nue et son corps gagne, il est gagné. Le gain du corps c’est sa nudité oui, il pense ça.(...)" Ana avait aimé et retenu un texte de Pennequin qu'elle récitait sur le chemin du retour, contaminée en riant au volant, parce que la poésie aussi c'était contagieux. Avec son accent mexicain, dans sa bouche à elle Pennequin devenait brutal et immédiat, la meilleure rengaine aussi pour aller dans l'été au hasard, à la recherche d'une rivière où nager.

    Aujourd'hui c'est avec Juliette Armagnac qu'on  retourne à Lectoure. Mireille Loup exposait là cet été, c'est bon signe. Je passe prendre Juliette à Agen dans la maison des chats, derrière le cimetière en pente, au bord des prés. C'est lundi très tôt et les boulangeries sont fermées, les expos terminées depuis longtemps, décrochées. Marie-Paule F. entrouvre les volets de la bibliothèque et nous sert un café, répond au téléphone, vérifie l'accrochage des photos de Julien Roumette pour demain, elle est sur tous les fronts, elle sait que pour garder une bibliothèque en vie il faudra y aller, engager sa vie pour les livres, et qu'ils soient lus. il y a La chambre claire sur la table où l'on travaille, et derrière tous les livres de Jean-Loup Trassard bien rangés avec les portraits de Dieuzaide, les têtes d'Hervé Guibert & Bernard Faucon, des trouvailles éditées au Temps qu'il fait, à Cognac pas si loin.
 
    Alors on parle pour imaginer. Comment faire un livre qui soit une aventure avec les enfants de l'école ? Comment expliquer ça aux enseignants qu'on verra tout àl'heure, à l'ombre d'un marronnier pour le repas ? Et parce qu'on fouille quand elle répond au téléphone, on trouve un livre un peu bricolé avec les photos d'un enfant pirate qui boit du rhum au café du quartier. "Rum, Rom, Rum" il demande au comptoir et les clients derrière lui, moyenne d'âge entre 5 et 8 ans, rigolent autant qu'ils peuvent face au guignol. Dans l'atelier qu'elle a créé pour les enfants de Lectoure, Marie-Paule F. utilise la photo pour raconter des histoires et fabriquer un livre. C'est pour ça, ça valait bien le voyage. Elle a promis de nous envoyer le livre. On a promis de revenir en faire un autre avec elle. Vite, et de s'écrire avant, pour avancer.