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06 octobre 2007

Les enfants d'Helen Levitt


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  Helen Levitt - New York, 1959

    Parmi les livres que j'accumule sur la table où je travaille, je retrouve ce texte d'Hervé Guibert, qui semble répondre aux commentaires de Sophiegda.

    Paru dans le journal Le monde pour lequel il chroniquait expos et festivals photo, en 1981, il a été  réédité dans le recueil d'articles que Gallimard a publié en 1999, La photo, inéluctablement :

LES ENFANTS D'HELEN LEVITT 

    En 1940, à New York, dans les quartiers pauvres, à Harlem, dans la banlieue de Brooklyn, les enfants sont dans la rue. Ils jouent avec trois fois rien, masqués d'un morceau de papier, ils deviennent des gentlemen louches, puis ils se transforment en gangsters et en flics, ils se tuent, ils s'embrassent, ils se contorsionnent, ils se dénudent pour se doucher sous les geysers des lances à incendie, puisqu'une nouvelle loi le leur permet. Ils grimpent aux arbres comme de petits singes accrochés à la vie, ils inventent tous les drames, ils caricaturent les actions des adultes, et une femme est là pour les regarder, à distance, et pour capturer leur génie inconscient.

    En 1940, Helen Levitt a vingt-deux ans. Elle vient de découvrir la photo, à travers une exposition de Cartier-Bresson qu'elle n'a pas encore rencontré. « Mon inspiration a été Henri, raconte-t-elle. J'ai vu quelques-unes de ses photographies, dans les années trente, je ne me souviens pas où. A l'époque, je n'avais pas d'ambitions particulières, je venais d'une famille pauvre de la banlieue de Brooklyn, j'avais arrêté mes études, j'étais une drop out. D'abord, je n'ai pas compris ce que je regardais, mais j'ai réalisé l'infini des possibilités. Ses photos m'ont révélé un moyen d'être en vie. Je devais trouver mon propre chemin.

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 Helen Levitt - New York City, 1973 

    « J'ai commencé à travailler dans les quartiers pauvres, parce que là les gens vivaient leur vie dans la rue. Dans les quartiers riches, ils s'enferment dans les étages. Et, dans les quartiers d'affaires, ils courent trop vite. Je n'étais pas bonne pour le mouvement, j'étais meilleure pour les choses établies. Je m'asseyais sur les escaliers, je marchais beaucoup, seule, il y avait beaucoup à voir et beaucoup à photographier. Je n'avais pas de relations avec les gens, je restais à distance et je m'évanouissais dès que la photo était prise, vous savez comment travaille Henri.

    « Depuis, New York a beaucoup changé. Dans les années quarante, les gens ne voyaient pas l'appareil photo. Maintenant tout le monde est conscient, tout le monde possède un appareil, et c'est très difficile de prendre une photo sans se faire remarquer. Les gens vous disent : "Vous allez mettre la photo dans un magazine, vous allez m'exploiter." Dans les quartiers pauvres, à cause de la drogue, on vous prend pour un espion de la police. Les gens deviennent agressifs. Il n'y a plus que dans  les quartiers d'affaires qu'ils ne remarquent pas l'appareil, ils courent, ils n'ont le temps de rien voir.

    « Les adultes sont toujours assis ou debout. Les enfants prennent mille positions. Si j'ai eu cette attraction pour eux, ce n'est pas parce qu'ils sont mignons, comme on dit, mais parce qu'ils ne sont pas statiques. Ils ont des émotions, ils sont imaginatifs, ils jouent, et leurs relations s'inversent constamment dans le jeu, ils se masquent, ils s'assemblent par compositions.»

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Walker Evans

Children playing on the street, 1938 

    Vers la fin des années trente, Helen Levitt va trouver Walker Evans , qui a une trentaine d'années, pour lui montrer ses photographies et lui demander conseil, comme les jeunes photographes viennent maintenant la trouver. « Nous sommes devenus amis, raconte-t-elle, et j'ai passé beaucoup de temps avec lui. Il m'a appris un grand nombre de choses, mais pas spécialement en photographie, il n'était pas un professeur. L'entendre parler d'art ou de littérature à ses amis était déjà une sorte d'instruction, il ne travaillait pas beaucoup ; quand je l'ai connu, la plus grande partie de son œuvre était déjà accomplie.

    « Mais je l'ai accompagné quand il a eu l'idée de prendre des photos dans le métro. Nous étions assis l'un à côté de l'autre, et nous feignions de bavarder ; le fil du déclencheur était caché dans sa manche, il le tenait dans sa main et l'appareil pendait autour de son cou, comme une chose inactive. Maintenant, dans le métro, si vous vous asseyez en face de quelqu'un avec un appareil photo, il change aussitôt de place...»

    Aujourd'hui, Helen Levitt vit seule dans l'obscurité d'un dernier étage, pas très loin de Washington Square, dans le quartier des antiquaires. Les photos sèchent entre les pinces, prêtes à être envoyées à des collectionneurs. «Autrefois, raconte-t-elle, il n'y avait pas de marché de la photographie, et pas de pression pour ceux qui la pratiquaient. On était content quand on vendait une photo 5 dollars, mais ce n'était pas un moyen de survie.»

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Helen Levitt - New York City 

    Le chat est assoupi sur le canapé, Helen Levitt mange des graines de citrouille pour s'empêcher de fumer, elle n'aime pas parler de photographie, comme elle n'aime pas non plus les galeries de photo, dont elle a repoussé toutes les avances.

    Après de nombreuses interruptions, découragée parce qu'on lui avait volé son matériel, ou ne trouvant pas assez d'énergie pour mener de front un travail dans l'industrie cinématographique et la photographie, Helen Levitt s'est remise à prendre des photos, en couleurs, toujours des scènes de rue. Mais cette fois la couleur prend une sorte de signification émotive et humaine, et échappe au graphisme extérieur, au colorisme pur. « J'ai fait en couleurs la même chose qu'en noir et blanc, explique-t-elle, mais la couleur est plus facile. Avec elle on obtient plus de sensualité, elle donne immédiatement un matériel supplémentaire. Il y a certaines photos en couleurs que je ne prendrais pas en noir et blanc. Avec le noir et blanc, on a seulement la forme, le dessin et le sujet. »

                                                   Hervé Guibert.
 

13 juillet 2007

Sara

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Ce lien avec Sara, c'est difficile à expliquer. Comme si à travers ses livres, à travers son regard elle avait en plus ce pouvoir de veiller à ce qu'on essaye de fabriquer ici. Un peu comme les fées marraines dont parle Elzbiéta dans L'enfance de l'art, à propos de ses deux tantes. Aller montrer le nouveau livre d'Où sont les enfants? à Sara, c'est toujours un moment qu'on attend, qu'on ne veut pas manquer et qui nous servira pour travailler au prochain.

Aujourd'hui c'est l'inverse. Deux nouveaux livres de Sara sortiront en septembre, à la fin de l'été. On voudrait les avoir déjà dans les mains. On voudrait les montrer comme une trouvaille qui rassure, la promesse qu'on va continuer, dans une France qui ne pense plus qu'à gagner de l'argent, à éditer des livres qui montrent et murmurent quelque chose d'important aux enfants.

Le premier livre raconte quatre transformations tirées des Métamorphoses d'Ovide. Sara y travaille depuis longtemps, à la manière des peintres, dans la patience de la pensée qui chemine. Elle nous en parle quand on passe la saluer à Paris. Le livre est important, il paraîtra aux Editions Circonflexe et donnera lieu à une exposition à la galerie L'art à la page.

Sur son site, L'univers de Sara, elle en explique l'actualité : "Pourquoi j’ai voulu illustrer ces quelques histoires.

7d74d6aa9684c953d7acfee7b12b1084.jpgDes poils d’ours lui poussaient sur le corps, sa bouche s’allongeait. Callisto, affolée, s’aperçut que son corps se transformait. Elle devenait une bête. Elle se métamorphosait. Cela se passait dans l’Antiquité. Du moins c’était une histoire que l’on racontait. Mais depuis longtemps, personne ne croyait plus à ces sornettes.

Aujourd’hui, nos scientifiques nous apprennent à introduire des gènes de poissons dans les fraises ou nous préparent à recevoir des organes de porcs pour remplacer ceux qui sont malades.
Nous devons reconsidérer notre position : ces "sornettes" n’en sont peut-être pas et nous, ou nos descendants, risquons d’être l’objet de bouleversements étonnants.

Ce livre propose au lecteur des images de métamorphoses. Écoutons les plaintes d’Actéon, de Io, de Callisto et de Daphné. Observons les évolutions que subissent leur corps. Les histoires mythiques de l’Antiquité vont peut-être devenir une réalité."

Le deuxième livre a pour titre Enchaîné. Il est annoncé lui aussi pour septembre, aux Editions La Joie de Lire. De ce livre-là je ne sais rien et j'attends, comme un enfant j'attends d'en ouvrir la première page, je ne veux rien savoir avant, sauf cette image reproduite quelques lignes plus haut.

19 avril 2007

Que fait-on du blanc quand la neige fond ?

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© Chantal Vey - Sans titre, Real, 2002.

 

    Bien sûr on aime les points d'interrogation, comme celui qui clôt le titre de cette expo. Et ce lieu, image/imatge
( L'imprimerie, 15, rue Aristide-Briand à Orthez ) est un lieu important puisqu'on peut y découvrir des photos qu'on ne voit pas si souvent, que ce soit celles de Gilbert Garcin, d'Alain Delorme ou de Patricia Swidzinski, et qu'image/imatge réfléchit à la manière de présenter ces photos aux enfants.

Que fait-on du blanc quand la neige fond ? est la troisième exposition que proposent la Bibliothèque municipale d'Orthez et l'association image/imatge. Elle aura lieu du 18 avril au 2 juin 2007. Les oeuvres de Christian Boltanski, Pipilotti Rist et Chantal Vey s'y regroupent autour de l'univers de l'enfance. Jeux, mises en scène et facéties sont les axes que Valérie Mazouin - commissaire associée - et Emilie Flory (image/imatge) ont souhaité aborder pour cette exposition basée sur la couleur.

Comme celle des années précédentes, cette manifestation est attentive au jeune et très jeune public. Un espace de découvertes et créations est installé au sein de l'exposition, accessible aux enfants en visite, aux groupes et aux scolaires. Alors...

Ne plus jamais oublier de danser

Trois pas de côté, un de l'autre
Sautent et frappent le sol...
les pieds sur la piste se mélangent.
Boots vernis, escarpins oranges,
Robe verte, cheveux courts,
cache-cache, pomme d'api,
Ruban violet et mains accrochées
que la lumière reste encore et encore
juste le temps d'une danse et puis d'une autre...
Mirifique...