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28 avril 2008

Colères du présent : Maryvette Balcou à Arras

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Maryvette Balcou vit et travaille à La Réunion, mais c'est aussi une voyageuse infatigable. Elle sera à Arras, au salon du livre d'expression populaire et de critique sociale qui aura lieu au quartier des arts, toute la journée du 1er mai. Parce que l'expression littéraire et la critique sociale alimentent d'autres luttes qui se mènent aujourd'hui... Maryvette écrit souvent dans le mouvement de la colère, et tisse pour les enfants des textes qui vont d'Arras au Sénégal en passant par le Mali, tout en résonnant du côté de l'Océan Indien, entre Madagascar et la Réunion. Des textes aux prises avec les réalités sociales de ces pays où les enfants doivent comprendre vite, aussi vite qu'ils grandissent à l'intérieur d'un monde qui n'épargne pas leur regard.

Au matin du 29 avril, Maryvette Balcou animera à Arras une conférence-débat intitulée : « Explorer les problématiques sociales dans la littérature pour la jeunesse. » De 9h30 à 12h, salle de spectacle de l'hôtel de Guines, rue des jongleurs. Plus de renseignements en appelant Colères du présent au 03 21 15 35 87.

26 janvier 2008

Fiction étrange

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Bernard Faucon a arrêté de prendre des photos en 1995. Il n'est pas mort, il a décidé d'arrêter mais ses images ne s'oublient pas. J'ai retrouvé ces phrases de lui dans une interview qu'avait faite Hervé Guibert pour Le Monde, en 1981, à l'occasion de la sortie de son premier livre, Les grandes vacances :

« Je nourris mes images d'une expérience de l'enfance à laquelle je reviens toujours : chaque fois que je me mets en condition de penser à une image, chaque fois que je veux la préciser, j'ai recours à une expérience primitive. Pour moi, c'est une garantie d'authenticité. Cette expérience rassemble des moments, pas très nombreux, qui se recoupent très bien, où j'ai eu conscience de vivre quelque chose d'unique, et que je me suis promis à l'époque de ne jamais oublier, avec insistance. Ces expériences ont un décor : certains paysages, certains mouvements à l'intérieur de ce paysage où je marche, où je cours, où je vole quelquefois. » 

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 « Je me vois sortant de ma chambre, à une heure du crépuscule, et je dois parcourir une distance qui me sépare de la maison familiale, ou de l'endroit où je vais prendre mon repas. Je sors toujours d'un endroit où je suis protégé et je cours vers autre chose. Je passe d'un lieu intime à un lieu de mise en commun. Alors le paysage m'envahit, j'éprouve le crépuscule et les courants du vent. J'ai toujours besoin de confronter mes influences à ces sensations premières. »

« De plus en plus, les mots qui me viennent pour parler de photo sont des termes qui font appel au surnaturel, transfiguration, miracle, éblouissement. Ça n'a pas de connotation religieuse, c'est l'idée du décrochage, du changement de plan. Á partir d'un certain moment, tu ne peux pas rester lié à l'enfance sans aboutir à l'égoïsme. La seule chose qui peut te sauver d'un arrêt du temps, d'un centrement sur soi, d'une pétrification de tous les centres d'intérêt, est une certaine folie, non pas une folie destructrice, non pas une folie d'en bas, mais une folie d'en haut, une extrapolation de soi-même au lieu d'un arrêt sur soi. Comme si à un moment donné, au lieu de chercher l'enfance derrière soi, il fallait la chercher devant soi. C'est probablement pourquoi, de plus en plus, les enfants disparaissent de mes photos. Dans ma dernière photo, il n'y a plus qu'un enfant en très gros plan, et flou, comme une référence obligatoire : il est en train de disparaître du cadre. Cette disparition mettra du temps. J'imagine de nombreuses récidives...»

L'EXPERIENCE PREMIERE

Entretien avec Bernard Faucon. Le Monde, 1981. Réédité dans La photo, inéluctablement. Recueil d'articles sur la photographie. Hervé Guibert. Gallimard, 1999.

25 janvier 2008

La venue des images

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Cette image je l'ai reçue hier de Madeline. Inconnue, visage d'enfant qui sait et interroge et quand l'image arrive jusqu'à l'écran où je travaille, j'écoute qu'on me parle d'enfant sorcier, du lien à interroger entre la pensée des enfants et celles que déploient les chamanes.

Alors a lieu l'incarnation, et aussitôt l'image devient le visage de l'enfant sorcier. Ce matin je veux savoir d'où vient l'image reçue, je pose la question à m. au téléphone. C'est un recadrage d'une photo de Sabine Weiss, prise en 1950, « L'enfant à la bougie». Ma mère avait l'âge sûrement de cet enfant en 1950 et je calcule, j'imagine la vie de l'enfant photographié, ce que faisait Deligny à l'époque face à d'autres enfants en prise, eux, avec une sorcelerie mentale qui foudroie et écarte.
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Je crois à la nécessité des images pour penser ce que l'enfant nous apprend. Hier encore j'ai reçu ce message qui me trouble. D'habitude Juliette Armagnac m'envoie les images qu'elle invente. Je les reçois comme des cadeaux, somptueux & capables de bouleverser. Elle sait l'attente dans laquelle je veux vivre, l'attente d'images comme les siennes où, souvent, j'apprends quelque chose de ce bloc obscur de l'enfance. Hier elle m'écrit ce message à propos d'une affiche : 8fac5816f181daf23a1e346737e537a6.jpg« Je viens de voir la nouvelle affiche sur le blog, et je l'avais déjà vue sur le site de TAXIE. Autant la première affiche est magique, toute en imagination et en douceur, autant celle-ci est, de mon point de vue terriblement ambigüe...
En fait, non, je ne la trouve pas ambigüe du tout, les sens sont flagrants : coup de flash sur un enfant torse nu, culotte apparente, grosse trace de rouge à lèvre sur le ventre et des yeux voyeurs partout sur le corps...
J'aime bien l'idée de dessiner sur le corps, des yeux et de l'envie de mordre la vie à pleine dent...
Mais c'est une bouche de grande personne, et les yeux ont l'air angoissés... On dirait qu'on dit : "Nous on regarde dans la culotte des enfants..."
Je sais ton désir de prendre des risques, de briser les taboos, mais là, le message que je reçois va à l'encontre de la liberté des enfants... Je ne sais pas dans quelle mesure je peux donner mon opinion sur les visuels d'Où dont les enfants ?, mais je préfère être franche, celui là m'a fait franchement peur...»
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Dans un texte à propos du Voyage au bout de la nuit et des illustrations de Tardi, Laurie Viala invente la notion d' «outre-texte». C'est une idée que je fais tourner depuis quelques jours : « Le genre merveilleux ne s'évanouit que ponctuellement dans le texte célinien, mais il est partout en sommeil et se manifeste par intermittence. Il n'est pas innocent que Ferdinand dans Mort à Crédit soit incapable d'écrire La légende du Roi Krogold, car c'est peut-être à ce moment que l'illustrateur peut et doit prendre le relais. Ce domaine de l'outre-texte appartient aux adaptateurs, au premier rang desquels le lecteur. Cet « autre monde » à la fois légendaire et mythique reste indicible pour l'auteur. Il ne peut que signaler son existence, donner quelques fugaces impressions, mais les mots ne peuvent le contenir ».

Depuis je bute face à la question qui demeure : les photographes peuvent-ils, peuvent-elles capturer cet « autre monde », travailler sur le terrain de l' outre-texte ? Et qui apportera la réponse jusque ici ?

13 novembre 2007

L'œil du cheval, l'obstination d'un enfant

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Parfois ce sont des lettres d'enfants qu'on reçoit. Pas souvent, mais on ne les oublie pas. Quelquepart dans la grande étagère avec les livres, il y a une boite où on les garde. Vendredi, c'était la lettre de trois sœurs à Paris, et leur adresse portait un nom de rue qu'il y a longtemps j'empruntais tous les jours, pas loin du métro Chateau Rouge. Les petites filles n'écrivent pas leur âge, elles parlent de Petite brouette de survie qu'elles ont lu à l'école, et du voyage qu'elles voudraient faire jusqu'en afrique, dans cette Guinée où sont nés leurs parents. Avec la lettre elles envoient une photo d'elles, où l'on peut voir la plus jeune souffler sur ses bougies d'anniversaire. J'en compte sept en bas de l'image, mais le cadre de la photo ne montre pas le gâteau en entier. Ces enfants n'ont pas d'âge, elles ont seulement envie d'imaginer un voyage vers l'afrique, le long de l'océan qu'elles ne connaissent que par images à la télé, à travers les récits qu'en ont fait leurs parents. La lettre est assez longue et explique le principe du voyage : Leur oncle vient de mourir, il leur a laissé son seul cheval en héritage. Et les fillettes ont décidé de le ramener jusqu'à Barbès.
 
Le mot d'une enseignante accompagne la lettre des enfants. Elle dit que ce n'est pas un conte, mais l'idée fixe de trois enfants qui n'en démordront pas, malgré ce que répondent les adultes à propos des frontières, des paperasses et des lois qui empêchent. Les gamines comptent leurs sous, le nombre de kilomètres qu'il faudra faire. Elles ne parlent pas d'autre chose que du cheval à ramener. Alors elles veulent savoir si l'enfant de Petite brouette a bien fait le voyage jusqu'à la mer. S'il l'a fait alors elles le feront, je peux comprendre cette logique. Elle appartient à l'enfance. Et pour répondre à leur lettre j'ai cherché mes mots tout dimanche : Faisons un livre. Un livre capable de raconter la première vision du cheval, le voyage jusqu'à lui, la traversée des frontières. 
 
Dans une histoire qu'on vient de recevoir, l'histoire de Géraldine Collet il y a cette phrase : "Un voyage commence toujours par le rêve qu'on en fait." Cette phrase, pour répondre aux trois petites filles, j'ai eu envie de la voler. Et depuis longtemps je guette ce moment-là, le jour où nos livres naîtront eux aussi de l'obstination d'un enfant.