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05 janvier 2010

2010 on y va

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Pas doués pour les voeux. Alors on pique son grand soleil à Tilby, un photographe et bricoleur d'images qu'on aime beaucoup. Merci à lui. Et son site, pour voir encore un peu de poésie c'est par ici :
http://www.tilby.fr/photographies.html

Suite à l'image il y avait ces mots qu'on aime aussi. On vous les donne, pour que la poésie directe puisse circuler en direct :

"Quelle est la définition d'un acte poétique?
Il doit être beau, imprégné d'une qualité onirique, faire abstraction de toute justification, créer une autre réalité au coeur même de la réalité ordinaire.
Il permet de transcender un autre plan, ouvre la porte d'une nouvelle dimension, atteint une valeur purificatrice. (...)
Il devrait permettre de manifester avec bonté et beauté les énergies créatrices normalement réprimées ou latentes en nous."

Alejandro Jodorowsky

22 octobre 2008

« Quatre heures ! ils ne sont pas venus goûter ! Où sont les enfants ?... »

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© Jim Goldberg, Polaroïds

« Où sont les enfants ? » Elle surgissait, essoufflée par sa quête constante de mère-chienne trop tendre, tête levée et flairant le vent. Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu'elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d'un brûlant velours de rhum et de confitures. Un grand tablier bleu la ceignait si elle avait lavé la havanaise, et quelquefois elle agitait un étendard de papier jaune craquant, le papier de la boucherie ; c'est qu'elle espérait rassembler, en même temps que ses enfants égaillés, ses chattes vagabondes, affamées de viande crue...

Au cri traditionnel s'ajoutait, sur le même ton d'urgence et de supplication, le rappel de l'heure : « Quatre heures ! ils ne sont pas venus goûter ! Où sont les enfants ?... » « Six heures et demie ! Rentreront-ils dîner ? Où sont les enfants ?... » La jolie voix, et comme je pleurerais de plaisir à l'entendre... Notre seul péché, notre méfait unique était le silence, et une sorte d'évanouissement ; miraculeux. Pour des desseins innocents, pour une liberté qu'on ne nous refusait pas, nous sautions la grille, quittions les chaussures, empruntant pour le retour une échelle inutile, le mur bas d'un voisin. Le flair subtil de la mère inquiète découvrait sur nous l'ail sauvage d'un ravin lointain ou la menthe des marais masqués d'herbe. La poche mouillée d'un des garçons cachait le caleçon qu'il avait emporté aux étangs fiévreux, et la « petite », fendue au genou, pelée au coude, saignait tranquillement sous des emplâtres de toiles d'araignée et de poivre moulu, liés d'herbes rubanées...

Colette. Où sont les enfants ? La maison de Claudine

08 juin 2007

Pour ceux qui sont loin

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Pour ceux qui vivent trop loin d'Agen, quelques photos de Juliette Armagnac pour Alice au Pays des merveilles.

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Promis, on ramènera d'autres images.

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08 février 2007

Les bruits de guerre

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Aujourd'hui, de nouveaux bruits de bottes au Liban.
Au Liban les enfants ne votent pas.
En Israël non plus les enfants ne votent pas, en France non plus et nulle part ailleurs.
Si les enfants votaient, ils empêcheraient la volonté de guerre au pouvoir. En donnant le droit de vote aux enfants, plutôt que d'en faire des soldats ou des victimes, nous entendrions une autre pensée à propos de ce monde. Les guerres tuent aussi les chiens, les dauphins, les orvets et les corneilles. Les enfants le savent, pas les adultes. Et je repense à ce poème de Catherine Leblanc, paru dans Le monde n'est jamais fini (Edts de la renarde rouge, 2005)

Les bruits de guerre

Les bruits de guerre
Ecrasent le cœur
Les enfants aux yeux trop grands
Ne bougent plus

Leur maison n'est pas si solide
Leurs parents non plus

Qu'avons nous fait ?

Ils nous regardent
Sans comprendre
Les bruits de guerre
Tuent les paroles

Ils ne grandiront pas
Seule la terreur
Continuera

Catherine Leblanc.
Le monde n'est jamais fini

Si les enfants pouvaient voter, ils éliraient un poète, une poète à la présidence.
A l'école, ils arrêteraient d'apprendre les poèmes de poètes morts pour réfléchir, avec les poètes vivants, au monde où ils veulent vivre.

15 mai 2006

Amour à gogo, suite...

Ils posent les poissons sur le gril, ils font sortir les rêves de la terre. A cet endroit, des peuples ont perdu leurs puits, d'autres ont divagué derrière les oiseaux. Nous avons déterré des rêves et des pommes de terre, cueilli des poissons vivants ; nous avons dévoré d'innombrables mystères, et bien plus encore de fontaines. Et avant que la pyramide ne s'éloigne de nous, nous ne prenons garde de la terre qui s'est déjà envolée loin de nos yeux.

Abbas Beydoun.
Poème traduit de l'arabe par Anne-Marie Luginbuhl et Khaled Falah.

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A Beyrouth, Abbas Beydoun écrit poèmes et articles. Dans "Lettres à la jeunesse", paru en 2003 pour le Printemps des poètes, il écrivait : "On s'empresse de vous lancer sur le marché du travail et de la production, sur le marché des rivalités, des nationalismes et des fanatismes. On vous dit que vous devez tuer votre langue, parler une langue qui n'a la peau de personne, qui ne ressemble à personne ; dire les mots que connaît l'ordinateur. La pire des choses dans la mondialisation, c'est cette langue impersonnelle que proposent les pires de ses missionnaires. On n'a jamais vu personne vivre en dehors de sa langue et ils veulent expérimenter cela avec vous. Résistez. "

22 mars 2006

Un enfant dans l'été



C'est l'été, la carafe
Est pleine de soleil
De petites clartés
Passent dans ta gorge

C'est l'été
Tu dors dans un lit de sable
Tu m'éclabousses
Avec le ciel

Mon bel enfant noir, c'est l'été

Tu ne veux plus de chaussures enfermées
L'air tremble sur la route
Mais toi, tu marches dans le feu

Catherine Leblanc
Des étoiles sur les genoux
Le dé bleu, 2000

C'est le premier poème du recueil. Plus on le lit et plus on y découvre des matériaux, mots, éclats de phrases pour réfléchir à ce que traversent les enfants dans leur vie différente. Le poids du soleil dans leurs yeux face aux phrases des adultes, celles que les télés, les radios dans les voitures déversent à l'intérieur de leurs oreilles où tous les mots provoquent dérives et interrogations.

09 janvier 2006

L'amourier & Sitartmag

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Le jardin de l'éditeur

A lire sur Sitarmag, un site passionnant qui parle de littérature jeunesse, de littérature tout court avec une liberté et une intelligence pas si fréquentes. Un site à arpenter pour peu qu'on soit curieux d'autres regards :

"Jean Princivalle, fondateur des éditions de l’Amourier, propose un bel objet-livre pour célébrer les dix ans de la maison : une exploration paisible d’un jardin hybride, à la fois son potager et son catalogue d’auteurs… Le jardin à proprement parler s’incarne à travers une série de photographies qui représentent les fruits de son labeur (le thym, le piment, l’olive, l’aubergine ou la fraise – des natures mortes en gros plan) tandis que l’autre s’étale en regard de ces clichés : des textes signés par plus de soixante-dix écrivains, qui disent ce que leur évoquent le jardin et les récoltes de Jean Princivalle. Les herbes, les fruits et les légumes, tout autant que les écrits de François Bon, Olympia Alberti, René Pons, Claudine Galea, Jean-Luc Coudray,Bai Chuan, Tieri Briet, Michel Butor (et on en passe) aiguisent nos appétits. Une osmose parfaite se dégage de cette réalisation et l’on souhaite à l’Amourier et à ses amis d’autres fertiles récoltes. "
Blandine Longre
http://www.sitartmag.com/xbookbreves.htm

05 janvier 2006

Leurs cris et leurs tatouages

La question Où sont les enfants ? qui sert de nom a notre maison d'édition appartient aussi à plusieurs domaines de la littérature. Si c'est le titre du premier chapitre d'un roman de Colette (où elle raconte la liberté en action d'enfants frères et sœurs), c'est aussi le titre d'un bon polar italien et encore, en espagnol (Donde estàn los ninos ?) le nom d'une association qui travaille à retrouver les enfants disparus d'Argentine. Mais c'est aussi, et surtout, le titre d'un poème de Catherine Leblanc, poème dont nous avons recopié un extrait en exergue de "Petite brouette de survie". Quand Catherine Leblanc nous a envoyé ce poème, puis quand elle a accepté que nous le placions au commencement d'une histoire, nous avons pris ce texte comme un cadeau. Ou plus exactement comme un don.

Les dons sont devenus une denrée rare. Il semble que les poètes soient parmi les derniers adeptes d'un tel geste. Catherine Leblanc est une poète de l'enfance. Ce qui veut dire qu'elle a ce pouvoir de capter l'étrange enfance et de la donner à résonner au creux de l'écrit. Et ce don d'un poème, au tout début de l'aventure Où sont les enfants ?, nous avait apporté une énergie et une gratitude que nous voulons garder pour ce qui vient.

Où sont les enfants ?
Dans les rues
A marcher dans les feuilles, à brûler
Des feux rouges
A essayer d'user les murs
Avec leurs mains, leurs cris et leurs tatouages

Dans l'espace
Ils commencent un monde

Où sont les enfants ?
Ils sont loin devant

Catherine Leblanc
Des étoiles sur les genoux (Edts Le dé bleu)

22 décembre 2005

Où sont les parents ?

La capitale de mon pays est inondée de soleil, mais au sol, il fait nuit.
Les ombres des grands adolescents détruits hantent les rues
Et des milliers de minuscules pieds nus s’agitent pour leur échapper.
Papa que je n’ai pas, dis-moi…
Dans quels quartiers se cachent les hommes qui protègent leurs petits ?
Où sont les rayons de lumière que je croyais à jamais enfouis
Dans les cœurs des garçons devenus grands ?

La capitale de mon pays regorge d’enfants sorciers.
Leur chair parsemée de trous et de plaies laisse entrevoir
Les images de ceux qu’ils sont supposés avoir empoisonné.
Maman que je n’ai pas, dis-moi…
Dans quelles avenues rencontre-t-on les femmes qui n'accusent pas leurs chérubins ?
Où sont les mots de réconfort que je croyais à jamais écrits
Sur les lèvres des fillettes devenues grandes ?

La capitale de mon pays regorge aussi d’enfants soldats.
Leurs bras sont convertis en mitraillettes
Et leurs yeux en billes de plomb.
Grand frère que je n’ai pas, dis-moi…
Dans quelles rues se dissimulent les parents qui n’envoient pas leurs fils au front ?
Où sont les sourires de paix que je croyais à jamais inscrits
Sur les visages des enfants devenus grands ?

La capitale de mon pays regorge aussi de magasins riches.
Pourtant, chaque jour, des milliers de petits doigts fins
S’agitent pour un seul et même bout de pain.
Petite sœur que je n’ai pas, dis-moi…
Dans quels souterrains trouve-t-on les mamans qui allaitent leurs poupons ?
Où sont les bonbons de miel que je croyais à jamais cachés
Dans les poches des garnements devenus grands ?

La capitale de mon pays regorge aussi d’immeubles très hauts.
La pluie qui ruisselle sur les toits des cages de béton
épargne des centaines de chiens, de chats, et parfois même de jolis rats.
Grand-mère que je n’ai pas, dis-moi…
Dans quels ascenseurs des parents câlinent-ils autant les nourrissons que les chatons ?
À quel étage se trouve la niche de coton
Où j’aimerais tant dormir une fois, avant de devenir trop grand ?

La capitale de mon pays fourmille aussi d’enfants vivants.
Des gamins charmants, qui veulent rire, chanter, jouer,
Et ne pas souffrir, ni mourir dans l’indifférence.
Grand-père que je n’ai pas, dis-moi…
Quels pavés faudra-t-il faire valser
Pour que le monde entier entende les cris de leur silence ?
Grand-père que je n’ai pas, dis-moi tout simplement…
Où sont mes parents ?
Que font donc les enfants, quand ils deviennent grands ?

Maryvette BALCOU, novembre 2005

21 décembre 2005

Soudain




Plus rien ne bouge
Pas un souffle, pas un soupir
Le chat dort sur la chaise rouge
Son lait figé comme de la crème
Attend

Soudain
Les enfants crient dans le jardin
Et un ballon vient rebondir
Dans mon poème

Catherine Leblanc
Extrait du recueil "Le monde n'est jamais fini"