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17 novembre 2009

La nuit, les livres, la connaissance de l'impossible qu'on avait à huit ans

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La nuit les livres reprennent ce pouvoir qu'ils perdent le jour aux yeux des adultes. La nuit la puissance leur revient, ils redeviennent talismans entre les mains des enfants. A nouveau ils peuvent répandre - La rivière à l'envers - l'ancien appel des forêts primitives où va le lecteur pour se perdre. A nouveau l'amitié animale dans leurs yeux juste avant le sommeil - Chien bleu, Crin Blanc -

Je n'oublie pas ce petit garçon dont la maman nous a écrit : son fils avait deux ans, il glissait Litli soliquiétude sous son oreiller pour faire venir le bonhomme dans son rêve.

Dans La vie matérielle, Duras me parle à l'oreille de cette enfance presque nue face aux livres. Et morte elle a gardé cette voix éraillée de vieille femme prête à rire, elle veut me murmurer des horreurs qui font peur, des horreurs que j'essaie seulement d'écouter les yeux fermés, juste avant que le sommeil ne revienne : « C'est vrai, je confirme ce que je disais à Veinstein, il ne s'agit pas de souffrance mais de la confirmation d'un désespoir initial, d'enfance presque, on pourrait dire, juste, comme si tout à coup on retrouvait la connaissance de l'impossible qu'on avait à huit ans, devant les choses, les gens, devant la mer, la vie, devant la limitation de son propre corps, devant les arbres de la forêt auxquels on ne pouvait pas accéder sans risquer de se tuer, devant les départs sur les paquebots de ligne comme pour toujours, toujours, devant la mère qui pleure le père mort dans un chagrin que l'on sait enfantin et qui cependant peut nous l'enlever. » (Duras. Les forêts de Racine. La vie Matérielle, P.O.L., 1987)

La nuit c'est la force des livres, puisque après les avoir refermés près du lit ils reviennent. A travers veille et sommeil, ils envahissent le peu de mémoire qui restait, les yeux qu'on garde ouverts dans le noir, la rivière à l'envers dont les mots continuent.

T.

06 février 2008

Finding the Way Home

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© Brenda Ann Kenneally

 

On dit pur plaisir mais je sais bien que le plaisir est impur. Dans le travail qu'on fait la recherche du plaisir est une espèce de contrebande et à force on l'apprend : qu'en vérité le plaisir est dilué au milieu des emmerdes, comme des minutes qu'on partira voler dans sa journée de forçat.

Avant-hier j'ai crevé. La voiture était chargée, lourde de livres et des encadrements d'une expo. La route pour revenir de Saint-Paul-les-Trois Châteaux est longue et fabuleuse, une traversée des Cévennes jusqu'au Larzac. C'est à la ligne de partage des eaux que j'ai crevé et il neigeait, le col est à 700 mètres d'altitude, il neigeait et pour changer la roue, je devais vider mon coffre rempli de livres. Impossible sous la neige, les cartons auraient pris l'eau et c'est un truc qui me rend fou, les livres qu'on salope dans les intempéries, rien que l'inondation du local les grands jours de tempête ça me rend fou.
 

 
Pas rentrer à la maison mais attendre. Assis dans la voiture sous la neige, au milieu du trajet et j'ai lu. Dans mon sac d'éditeur j'avais deux textes. Celui de Mireille Loup pour Les nocturnes, celui de Gwendoline Raisson aussi avec un titre qui met de bonne humeur, Deux poules égalent combien ? Alors je vous le dis j'ai lu, tous les feuillets posés sur le volant et je me suis dit c'est ça, le grand plaisir est dans les histoires qu'on reçoit. La chance c'est qu'Où sont les enfants ? en reçoive de plus en plus, le plaisir est dans la promesse de lecture quand les enveloppes arrivent, un manuscrit dedans. Des enveloppes lourdes avec l'adresse à la main, toujours, superstition d'écrivain, et l'annoncement qui pousse à faire des livres, à partager quand ça devient du bonheur.
 
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Portable coupé, pas de radio pour amplifier encore un peu le silence de neige et j'ai lu. Les mots du conte de Mireille Loup « Ton petit soleil ne permettra pas qu'il fasse jour, présuma Nicéphore». Et puis les mots pour rire d'enfant de Gwendoline Raisson « Les 26 lettres de l’alphabet égalent… Des tonnes de mots doux égalent… Un baiser d’amoureux égale…». Tous leurs mots dans la voiture et j'en oublie la roue crevée, l'heure qui tourne moins vite et les messages qui s'accumulent sur le répondeur d'Où sont les enfants ?, les rendez-vous qu'il faudra tout à l'heure annuler.

Non, juste une heure de lecture au milieu de nulle part, la contrebande du grand bonheur qu'on a volé au temps des agendas et l'incapacité, presque totale, impardonnée, d'apprendre à remercier pour la joie de lire qu'on reçoit.

09 mars 2007

Tu existes encore

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© Patricia Baud - Terril, 2001. (photographie extraite du film "On arrive, préparez le futur !")

"Tu existes encore", c'est un album de Thierry Lenain paru chez Syros en 2005. Un poème illustré de photographies Noir et Blanc de Patricia Baud, un livre courageux pour parler de la mort sans rien éluder. A Où sont les enfants ?, on considérait ce livre comme une preuve absolue, s'il en fallait encore une, que la photo était capable de raconter la vie aux enfants, la vie et la mort, et de les raconter autrement. Comme l'écrit Thierry Lenain "Mais voilà, il ne s'en vendait plus assez, nettoyage du stock, et Tu Existes encore n'existe plus… " En découvrant cette info, j'ai repensé à cette volonté de faire exister les livres qui est à l'origine de tout travail d'édition. Comment expliquer cette décision, de retirer un livre aussi important, aussi différent, à partir du chiffre des ventes ? Comme beaucoup des albums de Thierry Lenain, ce livre est un détonateur d'émotions, et le faire disparaître de la circulation ressemble à un acte malveillant, comme s'il s'agissait de remplacer ces livres de haute densité par des ouvrages plus inoffensifs, plus aseptisés, et de participer ainsi à l'anesthésie programmée des enfants qui veulent encore lire.

medium_T.Lenain.2.jpg"Tu existes encore"était l'un des coups de cœur du site Ricochet. Ce livre, nous aurions pu le publier tant nous l'avions aimé. Voici ce qu'en écrivait Pascale Pineau pour Ricochet :  "Comment parler de la mort ? Thème douloureux que cet album aborde de façon directe dès les premières pages : « Tu es mort / mais tu existes encore ». Le propos est clair. Les photographies en noir et blanc de Patricia Baud évoquent un univers où tout glisse, se fane et se brise. La disparition est inéluctable mais rien ne disparaît vraiment. Emouvants, les clichés qui accompagnent le poème de Thierry Lenain donnent vie à une voix silencieuse qui délivre un message d’espoir. Images floues pour dire les visages qui disparaissent, face à demi cachée pour indiquer l’existence d’un monde secret et aussi présence de mains qui se touchent , montrent l’avenir et la continuité. Des mains jeunes prises dans une situation qui exprime surtout l’amitié et le partage. Côté texte qui appuie et éclaire les images, il y a un leitmotiv qui place la vie au-dessus de la mort. Le narrateur est anonyme, le disparu aussi, peu importe. Là ne réside pas l’essentiel. Langage de la lumière, des ombres et des reflets pour évoquer l’invisible secret de l’existence. Un beau livre marqué par la grisaille de la réalité, qui a la couleur de la mémoire et la magie des promesses."

Alors comment faire pour empêcher qu'un livre disparaisse?
Le rééditer ? Chiche !

09 février 2007

Mauvais rêve

Connaissez-vous la collection Autres Mondes chez Mango ?
Des romans S.F. pour ados, traitant de thèmes plutôt passionnants.
Denis Guiot dirige cette collection, et vient d'adresser la lettre suivante à ses auteurs comme à ses amis. Spécialiste de la S.F. pour la jeunesse,Denis Guiot a d'abord dirigé la collection Vertige Science-Fiction pour Hachette Jeunesse, avant de travailler pour Mango, qui appartient aujourd'hui à Fleurus. Ce qui se passe ici est la parfaite illustration de ce pouvoir que prennent les actionnaires au sein des maisons d'édition dont ils investissent le capital. Pas même besoin d'une décision au sein du Conseil d'Administration, puisque les responsables éditoriaux baissent l'échine avant même qu'on ne leur demande.

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Couverture de Mauvais rêve,
un roman de Christian Léourier édité chez Mango




Communiqué aux amis d' "Autres Mondes"

(Le jour où Charlie Hebdo passe en jugement pour les caricatures de Mahomet, le télescopage ne manque pas de sens.)

"Bonjour la tribu "Autres Mondes".
La belle aventure est en train de se terminer.
Christophe Savouré, responsable éditorial de Fleurus et Mango Jeunesse m'a téléphoné pour m'annoncer qu'il refusait de publier le prochain roman de Nathalie Le Gendre "Les Orphelins de Naja" (la parution était prévue pour mai).
La raison : le roman de Nathalie dénonçait certaines pratiques pédophiles au sein d'une Eglise du futur sur une planète nouvellement colonisée. Et Christophe Savouré a été très clair : il ne veut pas d'emmerdes avec les actionnaires.
C'est vrai que dans une collection publiée par Fleurus, ça ferait désordre...
Vous comprenez bien qu'il ne m'est plus possible de travailler dans une maison d'édition qui pratique la censure. C'est toute l'orientation de la collection, son esprit qui sont ainsi remis en cause.
Je me refuse à ce qu'"Autres Mondes" soit dénaturé.
Donc voilà.
Je tenais à ce que vous en soyez le plus rapidement informés
Bises à tous

Denis Guiot
PS : bien entendu, on se tient au courant de "la suite des évènements"

24 décembre 2006

PLASTICK

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©Alice Sidoli

"On va où par là ?
Je sais pas, je m'en fous, on y va !"
(Stéphane Servant)

Ebauche d'un album à venir. Premières images aperçues et bribes d'un texte qu'on n'a pas encore lu. Mais déjà cette intuition qu'on peut vérifier. En imaginant un duo pour un premier album, - un texte de Stéphane Servant et des photos d'Alice Sidoli - on ne pouvait prédire que l'aventure continuerait, qu'il y aurait l'envie par la suite d'autres livres. Ces premières images en apportent la preuve, et pour nous c'est précieux. L'alchimie fonctionne. Images et mots qui résonnent.

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© Alice Sidoli

Est-ce qu'on invente quelque chose en travaillant comme ça ?
"Je sais pas, je m'en fous, on y va !"

23 octobre 2006

Les Zenfants de Zazie

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Laure et moi avions rendez-vous avec les enfants de Zazie ce samedi, à la bibliothèque de Souillac. Nous voulions leur montrer la maquette du livre avant de l'expédier chez l'imprimeur, et puis leur offrir Amour à gogo ainsi qu'un petit album de photos-souvenirs des quelques jours passés ensemble cet été, avec Magali et Marie-Magdeleine. Les parents et les petits frères et sœurs étaient venus eux aussi, curieux, attentifs quand la maman de Paikan a lu à voix haute la nouvelle version du texte de Thierry Lenain. Bien sûr, Oriane a mis un moment à s'habituer à cette chevelure couleur du ciel, mais tous les yeux sont restés rivés un moment aux images de Magali. On l'a dit, c'est un livre acidulé et espiègle. Les enfants sont d'accord. Un livre qui leur ressemble. T.B.

08 mai 2006

Travail de nuit

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La vitrine d'Où sont les enfants ? quand la nuit va tomber.
On ferme boutique à bientôt 23h, sans avoir pris le temps de manger.
L'expo est bouclée et partira demain en camion.
Laure a travaillé comme une acharnée ces 3 jours.
D'autres sont venus prêter main forte. Merci à eux, à elles.
Le village est désert et l'orage s'éloigne maintenant vers le nord.

19 avril 2006

Amour à gogo !

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Histoire d’un album

Comme toutes les histoires d’amour, “Amour à Gogo !” a une préhistoire un peu longue et tortueuse. Et bien avant de devenir ce livre qui doit sortir en 2006 aux Editions Où sont les enfants ?, le texte a d'abord émergé d’un atelier d’écriture mené par Maryvette Balcou, en avril 2003, au salon du livre de Pointe-à-Pitre. “Une dizaine d’heures consacrées à travailler, ensemble, autour du thème de l’amour”, m'a-t-elle écrit l'autre jour.

C’est la troisième version de ce texte, patiemment réécrite par Maryvette à St Denis de la Réunion, que nous avons reçue à Où sont les enfants? en janvier 2005. Nous avions déjà décidé de faire un premier livre avec Maryvette, et son écriture nous avait donné envie de lire d’autres histoires, toutes ses histoires, celles publiées déjà aux Editions de l'Océan, mais surtout celles qui restaient inédites. “Amour à Gogo !” parlait d’amour et justement, nous avions très envie de photographier une histoire d’amour pour les enfants.

Alors comment expliquer ce qui, dans les récits de Maryvette Balcou, apporte une réalité à la fois étrangère et familière, tout en colportant à tous les coups une charge d'émotion inhabituelle en littérature jeunesse? Ce n’est pas simple mais en lisant, les gamins l’éprouvent et le disent. Ceux qui participent à notre comité de lecture d’enfants l’écrivent dans une de leurs fiches : “On dirait un voyage, un voyage pour apprendre quelque chose de difficile à expliquer”, criait le plus jeune de nos lecteurs, celui qui était aussi le plus excité.

Dans une petite structure comme la nôtre, les livres ont besoin de chance pour exister. De chance et de rencontres. Et ce livre-là n’en a pas manqué. Pour inventer un livre pareil, il nous fallait d'abord un photographe. Un œil ! C'est primordial un œil pour faire un livre rempli d'images. Et dans ces petits villages du causse, au milieu du Lot et des forêts où nous travaillons, les photographes ne se bousculent pas au portillon. Dans les villes bien sûr les photographes sont plus nombreux. Mais pour cette histoire il nous fallait un photographe tout terrain, du genre barroudeur qui n’a pas peur des enfants. Par chance, nous en connaissions une. Une photographe qui non seulement sait parler aux enfants, mais qui en plus n’a pas peur d’aller grimper, au milieu de la nuit, en haut des fourches d’un tracteur pour obtenir l’image qu’elle s’imagine.

Chrystelle Aguilar est une photographe obstinée. C’est elle qui a réalisé toutes les photos de La nef des fous, et je me souviens qu'il y en avait plusieurs milliers. C’est encore elle qui a imaginé toutes les images d’Histoire à dormir debout, et je vous donne ma parole que ce n’était pas une mince affaire. Chrystelle avance un peu à la manière de certains cinéastes avec qui j'ai pu travailler. Avec patience et détermination bien sûr, mais surtout avec cette tendresse assez rare pour les personnages qu’il s’agit de faire jouer. Il faut aimer les gens, et les gamins encore plus. C'est elle qui le dit : "la plus grande difficulté réside dans le fait qu’il est très important que les enfants prennent autant de plaisir que nous à ce travail." Chrystelle sait qu’il faut parler longtemps aux gamins, écouter ce qu’ils racontent, ce qu'ils imaginent eux aussi avant d’aller mettre son œil à elle dans l’objectif. Nous avions envie de lui donner encore cette histoire, de réfléchir avec elle à la façon dont nous pourrions en inventer une à une les images.

La chance est survenue après. Et parce que Maryvette habite la Réunion. Une chance dont nous avions besoin. Parce que nous venions de publier "Histoire à dormir debout", Où sont les enfants? a été invité au premier Salon du livre jeunesse, qui se tenait en octobre 2005 à la Réunion. C'était un beau voyage et l'occasion, pour Chrystelle, de réaliser les prises de vues sur une de ces îles où "Amour à Gogo" avait été écrit et réécrit, entre les Antilles et La Réunion. Une chance à ne pas laisser passer. Et comme l'écrit Thierry Lenain, "un salon n'est pas seulement un lieu pour paraître ou vendre, mais aussi un lieu de rencontres qui peut déboucher sur la création."


Encore une fois, comme pour les livres déjà parus, il a fallu que la petite troupe d'Où sont les enfants? se transforme en équipe de tournage. Avant notre venue, Maryvette avait mené tambour battant les repérages des décors et assuré le casting. Chrystelle serait au cadre, à la lumière et à la direction d'acteurs. Michèle Leydet assurerait le dérushage et la post-production sur un ordinateur qui rendait l'âme tandis que de mon côté, je devais m'occuper de la régie, des transports tout en apprenant mon rôle de figurant alors que j'essayais aussi de faire l'accessoiriste de plateau. Ce jeu de rôles multi-casquettes a quelque chose d'épuisant. Il me rappelle les court-métrages fauchés auxquels j'ai pu participer. C'est une économie de bouts de ficelles, un savant mélange d'acharnement et de bonne volonté pour engendrer parfois quelques images qui en valent la peine, qui justifient toute l'aventure et l'épuisement qu'elle laisse en nous longtemps après.

Les séances de prises de vues avaient été préparées, autant que possible, à partir du story-board dessiné par Chrystelle. Nous devions mettre en scène douze images en quatre jours, en tenant compte des mauvais coups de la météo tropicale, des kilomètres et des embouteillages qui séparaient les décors les uns des autres.

Mais la magie de cette aventure est venue d'un enfant. Matiss a 4 ans, c'est l'enfant qui raconte toute l'histoire dans le livre. " Et Matiss a posé beaucoup de questions. Il était important pour lui de comprendre ce que vivait le petit garçon de l’histoire, quelle était sa souffrance et quelle serait la porte de sortie,", raconte Chrystelle. Autour de lui, dans la vraie vie se tenait une famille magnifique : des parents, des oncles, des cousins et des grands parents qui non seulement ont incarné tous les personnages de notre histoire, mais ont su apporter une amitié et un dévouement qui ont nourri chacune de nos images.

La famille Nourly n'est pas une famille comme les autres. Pour commencer c'est une famille créole et métisse, dans toute la puissance qu'Edouard Glissant donne à ces deux notions. Mais c'est aussi une petite tribu où se pratique une solidarité permanente, une joie de vivre à toute épreuve, le goût des retrouvailles au quotidien, de la musique et du chant pour sceller l'amitié. Et je crois que notre livre, les douze images de notre livre et cette histoire d'amour se sont trouvées emportées par cette hospitalité, ce goût du bonheur et cet amour très tendre et solidaire qui les lie. Je crois que notre livre s'en est trouvé irradié, comme si son titre, "Amour à gogo", avait prédestiné à cette intensité.

Pourtant, dans les mois qui suivirent, une épreuve imprévue devait venir entraver la mise en pages du livre. Le texte était écrit depuis longtemps, toutes les images étaient à l'intérieur de l'ordinateur mais c'est Michèle qui devait tomber malade en novembre, épuisée et malade au point de ne plus pouvoir assurer la conception graphique du livre, comme elle l'avait fait avec tant d'invention pour nos quatre premiers albums. Ce coup dur a mis en danger toute l'aventure. Pas seulement ce cinquième livre mais le projet même d'Où sont les enfants?, que nous avions toujours imaginé comme une aventure collective.

Aujourd'hui, avec ce cinquième livre l'aventure continue : une aventure de bouts de ficelle et un bazar de saltimbanques. Une "aventure humaine", comme répétait sans cesse Michèle pour provoquer le sort à chaque épreuve, une aventure qui garde encore la trace de sa folie, de toute la passion qu'elle avait pour continuer à inventer d'autres livres. Alors bien sûr ce livre lui est dédié, dédié à la mémoire de l'aventureuse.

Derrière la rue,
avril 2006.

08 mars 2006

SILENCE : ICI ON LIT

Silence : ici on lit.
Ici, on traverse le plaisir de lire, en silence ou en musique, loin des téléphones et des écrans.

Au commencement, l'ambition était d'aller lire sous un chêne au fond du jardin, là où commence la forêt.
"Lira bien qui lira le dernier" écrivait Hubert Nyssen, le fondateur d'Actes Sud. C'est le secret, ces quelques heures volées dans une journée trop rapide, pour aller lire un par un tous les textes reçus.
Depuis la publication des premiers livres, en mai 2005, nous avons reçu quelques centaines de textes.
Et c'est quelque chose de troublant, ces textes qui arrivent, ces textes qui se donnent en poursuivant leur quête.

La première chose était de les lire, tous, avant de décider s'ils correspondaient à notre projet. Difficile de suivre le rythme.
Mais nous avons reçu des pépites. Le premier texte à nous avoir ému, époustouflé, coupé le souffle tout en provoquant quelques larmes est venu de la Réunion. Ecrit par Maryvette Balcou, auteur jeunesse et romancière, chercheuse en éducation à la santé, ce texte intitulé "Histoire à dormir debout", nous l'avons pris comme un cadeau. Nous l'avons fait lire à la dizaine d'enfants qui constituaient notre premier comité de lecture. Et là, je m'en souviens, nous avons vu leurs yeux pétiller. Pour eux aussi c'était une trouvaille.

Depuis le livre est paru, un second du même auteur doit paraître au printemps, "Amour à Gogo", et nous venons de recevoir un troisième texte d'elle avec ce titre magnifique, "Le jour de la nuit sans lune". Pour nous, ce cheminement est une aventure et un apprentissage, celui du métier d'éditeur que nous découvrons jour après jour.

En février, nous avons enfin pris le temps de créer un comité de lecture, un vrai, un truc de grandes personnes. Il fallait bien répondre à la dizaine de gamins qui continuaient de lire, patiemment, les quelques textes dans lesquels nous croyions deviner un album possible. Alors nous avons fait appel à une poignée de personnes, amis ou inconnus, qui avaient manifesté leur intérêt pour le projet Où sont les enfants ? Aujourd'hui ils lisent, et forcément c'est précieux ce travail.

Comme au concert on présente les musiciens, il faut qu'on vous présente ceux qui lisent à Où sont les enfants ?
Nous on est fiers d'avancer maintenant avec eux. Reconnaissants aussi tant leur regard est précieux.
Bien sûr les femmes sont en majorité. Cela semble une règle en littérature jeunesse. Une règle idiote mais c'est aussi inéluctable qu'une statistique.

- Michel ROULET, en plus d'être instit, marié à une instit et père de trois garçons est le directeur de l'école élémentaire de Labastide-Murat. Vous imaginez : une école de village, celle où vont nos enfants et ceux qu'on a en ateliers. Presque une école de rêve s'il n'y avait tous ces ministres, petits bouffons médiatiques qui s'évertuent à transformer l'école en antichambre du cauchemar libéral-totalitaire.

- Ensuite il y a Pierre BERTRAND. Je ne sais pas si vous connaissez Pierre Bertrand, le génial inventeur de Cornebidouille. C'est un album paru à l'Ecole des Loisirs, un de leurs best-sellers parait-il et c'est tant mieux. Mais avant d'être un album c'était une histoire, une histoire à conter. Parce qu'avant d'être auteur, Pierre était conteur. Il l'est encore d'ailleurs, pour le bonheur des gamins. Parce que je l'ai vu plus d'une fois, l'ami Pierre, raconter Cornebidouille dans une école ou dans un festival. Et je peux vous dire que c'est l'émeute dans la salle. Les gamins hurlent de rire, tapent des pieds, explosent de joie et en redemandent encore et encore. C'est que voyez-vous Pierre est un conteur rabelaisien, un conteur de la truculence, un baratineur de l'hénaurme comme écrivait Flaubert.

- Catherine LEBLANC, à nos yeux, c'est d'abord l'auteur du poème "Où sont les enfants ?"... Elle vit et travaille à Angers, où elle partage son temps entre son travail de psychologue et l'écriture qu'elle explore sous différentes formes : romans, poèmes, nouvelles.Elle a publié, entre autres, "Un jour, ma vie s'est arrêtée" (La Martinière jeunesse, 2004),"Rencontres" (Soc et Foc, 2003), "La chanson de Simon" (éditions Grandir, 2003), "La cavale" (éditions Grandir, 2003), et "Des étoiles sur les genoux", poèmes (éditions le dé Bleu, 2000). Parmi les livres à paraître, il y en a un aux Edts Où sont les enfants ?, intitulé "La classe de Mme Lampion". Il sera illustré de photographies de Laurence Leblanc.

- Sylvie GUILLOU est bibliothécaire jeunesse à la médiathèque de Guinguamp. La rencontre a eu lieu cette année au Salon de Montreuil. Une vraie discussion qu'on a voulu continuer autrement, par des échanges autour de ce qui s'écrit aujourd'hui à destination des enfants.

- Maryvette BALCOU est difficile à présenter tant ses activités sont nombreuses. Pour nous, c'est avant tout quelqu'un qui écrit, pour les enfants, des textes différents. La plupart ont été publiés chez Océan Editions, un éditeur de La Réunion où elle vit et travaille. Nous avons publié d'elle un premier livre d'elle en septembre 2005, et le prochain, "Amour à Gogo", paraîtra au mois de mai. Elle dirige la collection Tropicante chez Océan Editions, et est aussi checheuse en éducation à la santé, domaine dans lequel elle publie sous le nom de Maryvette Debussche. Elle vient par ailleurs de réaliser un film, "Musiques de vies", un long-métrage forcément hors du commun...

- Sandrine BOURGUIGNON est avant tout scénariste, pour la télévision comme pour le cinéma. Elle est aussi lectrice, pour M6 et TF1, des projets de dessins animés que développent ces deux chaînes. Installée dans le Lot où elle anime différents ateliers d'écriture, c'est elle qui dirige et coordonne le comité de lecture d'Où sont les enfants, après avoir animé l'an dernier, avec Tieri Briet et au sein d'Où sont les enfants ?, un atelier d'écriture destiné aux enfants des villages par ici.

- Chrystelle AGUILAR est avant tout photographe et cinéaste. Elle vit et travaille de l'autre côté du Lot, dans une forêt à presque une heure d'ici, tout près de ce village à haute densité artistique où sévissent l'Oboubambulle et le Groupe Z, avec qui nous avons collaboré sur plusieurs projets. Non seulement Chrystelle est la première photographe avec qui nous ayions travaillé, mais c'est aussi avec elle que nous avons imaginé le plus d'albums, à commencer par celui dont nous sommes allés faire les images à La Réunion, en octobre 2005. Son regard de photographe sur les textes nous est donc précieux, c'est celui d'une complice.

Quant à Marie-Magdeleine DIENIS, elle est professeur de français au collège de Souillac, dans le Lot. Elle est aussi mère de quatre enfants, tous bien obligés de lire nos albums et de les apprendre par cœur, puis d'en faire la pub à l'intérieur de leurs écoles !


 

16 février 2006

Récit des origines



Notre marchand de journaux lit les journaux qu'il tente de vendre, et c'est pour ça qu'on l'aime. C'est lui qui nous a montré l'article de Village magazine sur Où sont les enfants ? C'est un article qu'on aime bien parce qu'il fait le récit des origines. Alors on le recopie ici. Histoire de savoir comment tout ce bazar a commencé....

C’est dans la « Grange aux livres », à l’écart d’un village du Lot où il n’y a ni librairie, ni bibliothèque que sont nées les éditions « Où sont les enfants ? ». Dans cet endroit, les enfants du village viennent s’initier à la lecture. À l’été 99, une dizaine d’entre eux décide d’écrire et de tourner un film. Ils demandent de l’aide, les bonnes volontés du village sont mobilisées… et les enfants écrivent les scènes, font tourner leurs parents et amis, jusqu’à la projection du film à la fin de l’été.

Deux associations sont alors créées, « Où sont les enfants » et « Tête de Môme », qui fonctionnent comme une bibliothèque de rue au milieu du désert rural, deux autres films d’enfants sont produits, et des ateliers de lecture et d’écriture organisés. C’est suite à ces expériences enrichissantes que naissent les éditions « Où sont les enfants ? » fin 2004. Le projet éditorial en est simple : inventer des albums fiction jeunesse, sortes de romans photo, uniquement illustrés par la photographie, proposer des images d’une intensité qui s’accorde à la culture des enfants d’aujourd’hui. Les trois fondateurs d’« Où sont les enfants » ont des parcours atypiques et frontaliers. Si Michèle Leydet vient du graphisme de presse et de la photographie publicitaire, Antonin Quetal est un conteur-voyageur au long cours et Tieri Briet, un artiste plasticien autant qu’un scénariste pour la télévision et le cinéma. À partir d’histoires originales, il s’agit de mettre en œuvre les prises de vues, un peu à la manière d’un tournage, en repérant les décors et en distribuant les rôles principaux aux enfants. C’est donc aussi une autre façon de concevoir des livres jeunesse. La jeune société revendique son implantation rurale comme un atout qui lui permet une liberté d’action pour la constitution des décors, ainsi que de forts échanges avec la population locale. Un agriculteur a par exemple prêté son champ afin qu’une favela y soit reconstituée. Autre particularité : un comité de lecture composé d’enfants de 5 à 11 ans est mobilisé pour chaque nouvel ouvrage. Totalement indépendante, la maison d’éditions démarche elle-même diffuseurs et libraires afin d’assurer la diffusion de ses publications, professant à qui veut l’entendre que puisque « les enfants regardent le monde, offrons leur des livres qui ne baissent pas les yeux… ». 

Quatre ouvrages viennent de paraître aux éditions « Où sont les enfants ? » : Disparue, d’Antonin Quetal et Béatrice Utrilla, La Nef des fous, de L’Oboubambulle et du Groupe Z, Petite Brouette de survie, de Tieri Briet et Alejandro Martinez, Histoire à dormir debout, de Maryvette Balcou et Chrystelle Aguilar.