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10 mars 2008

Le mot «petit» en islandais

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Litli est le dixième livre d'Où sont les enfants ?. La dixième aventure. Avec ce drôle de mot, soliquiétude, qui mélange la solitude à la quiétude, le silence à la sérénité. Litli veut dire « petit », en islandais. C'est un petit bonhomme, dans une ville en noir et blanc, qui « marche toujours sur les mêmes lignes ». Mais il y a la couleur, ailleurs, sur les murs de la chambre et bientôt sous ses pas. « Si tu regardes longtemps, même une pierre finit par s'ouvrir ».

Un livre – un beau livre – c'est un voyage. On laisse les villes, et les pavés, et l'habitude et on « fait naître le monde », ailleurs. Les mots de Catherine Leblanc s'effacent lorsqu'il n'y a rien à dire de plus que ces géants dans le paysage. La dernière image montre Litli dans une chambre en couleur. La photo au mur est en noir et blanc. Entre la première et la dernière image, Litli a trouvé. Ce que l'on ne trouve peut-être que dans l'ailleurs et la solitude, ce que l'on ne trouve peut-être qu'en dehors de soi. L'invisible ?
 
Madeline Roth 
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  Les formes remontent du fond des âges

06 mars 2008

Dans la langue des enfants

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Catherine Leblanc écrit des récits, des poèmes dans la langue des enfants. La simplicité se conquiert, elle n'est pas donnée d'emblée m'écrivait-elle tout à l'heure. Et je sais qu'elle a raison. La simplicité est un travail périlleux pour les écrivains, une façon de retirer ses vêtements et d'avancer nu dans une foule qui s'est parée de vêtements séduisants. Face à la langue technicienne des journaux, face aux langues de séduction et de camouflage qu'on parle tous les jours, l'écrivain véritable est celui qui continue de parler et d'écrire à voix nue.
 
Dans tous ses livres Catherine continue ce travail élémentaire, primordial, elle y parle à voix nue. La simplicité dont elle parle, d'accord avec elle, elle se conquiert page après page, mais je sais qu'elle existe et scintille depuis longtemps à l'intérieur de son écriture. C'est elle aussi que je cherche chaque fois que je reviens lire ses textes. Et parce que c'est le printemps des poètes, Catherine signera ses livres à La Luciole, la librairie Sorcière qu'on trouve à Angers, rue des Poëliers. J'y suis allé hier porter Litli, curieux aussi de découvrir une librairie jeunesse où je n'avais pas encore mis les pieds.
 
Sur la vitrine était affiché un poème de Catherine, le texte d'un album qui vient de paraître aux éditions Sarbacane : Viens, on va chercher un poème. Le titre à lui seul est déjà une trouvaille, une révolution qu'on pourrait commencer aujourd'hui pour changer vite, c'est urgent, la vie des enfants qui n'en peuvent plus de ces vies qu'on leur donne. Imaginez : Allez venez les enfants, aujourd'hui c'est pas pareil, aujourd'hui on va chercher un poème ! Et la vie change, celle des enfants, celle des parents, la vie des gens.
 
Dans la vitrine de la Luciole sont affichées des phrases comme « Il n'est pas facile à trouver, perdu dans la foule.» ou encore « Est-ce que c'est un poème qui boitille en parlant tout seul ? Pourquoi pas ?» J'y suis allé. Les phrases je les ai vues et la rue des poeliers n'était déjà plus une rue marchande comme les autres, il y avait de la poésie en travers, les mots de quelqu'un qui écrit à voix nue.
 
Allez-y voir, lire et relire. Vous verrez. C'est devenu un phénomène dans le boucan obligatoire, face à la surenchère des discours énervés : quelqu'un qui écrit à voix nue.
 
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23 février 2008

Litli, soliquiétude

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L'histoire de Litli remonte à 2001.

Inspirée au départ par mes études d'ethnologie, avec un intérêt particulier pour le chamanisme, le sacré et la mythologie nordique, ainsi qu'un travail en parallèle avec la plasticienne Midori Sakurai sur la trace de lumière, je décidai de créer ces formes invisibles à l'œil nu dans les décors naturels d'Islande, puis de faire un livre d'artiste sur ce thème.

Après un an de recherche, je pouvais enfin réaliser ce projet (soutenu par Hertz, Défi jeunes paris et Icelandair).
Par contre, peu de temps avant de partir, c’est mon assistant photo qui devint invisible et je me retrouvais à partir seule. Pendant un mois, ce fût une rencontre magique avec la couleur, la matière, la nature et je faisais en photo tout ce que je détestais faire avant : du paysage et de la couleur.

Je me retrouvais seule dans la nature a chercher l'invisible, sans artifices ni mise en scène.

De ce premier voyage ressortit une première série de paysages intitulée Soliquiétude.
Le début de l'histoire de Litli commençait là : je voulais faire un livre avec ces images et raconter, partager cette aventure personnelle dans la nature, ma vision de l'invisible.
Après plusieurs tentatives d'associations à d'autres dessinateurs, graphistes ou auteurs, je compris que Litli était une aventure personnelle et que pour la partager, il fallait d'abord aller au bout de celle-ci…  Seule.
En tant que photographe et marionnettiste, il était évident qu’il me manquait un personnage pour raconter mon histoire. Je trouvais Litli par hasard, dans un vide grenier près de Lyon, je l’adoptais immédiatement puis l'habillais pour le grand voyage. En trouvant le moyen de repartir en Islande (comme cuisinière et guide touristique pendant 5 semaines), je pouvais retourner au milieu de ces paysages qui me manquaient et m'inspiraient tant pour réaliser mon projet.

A mon retour, j’ai fait les images noir et blanc de Litli à Paris et à Lyon.
Litli raconte cette rencontre avec la nature, avec soi, avec l'autre. Litli raconte le passage, la transition, la naissance ou la renaissance. Pour moi l’Islande à été comme un voyage initiatique, tout ce que je détestais en photo est devenu alors un plaisir, photographier en couleur des paysages « vides».

e03b792c97c1bf6583069784fe4863f5.jpgEnsuite, il y eut la rencontre et les commentaires de quelques éditeurs, jusqu'à Où sont les enfants ? qui ont ouvert les bras à Litli et l’ont adopté tel qu’il était.
Alors Litli se lisait seul, sans texte, car c’est dans le silence que j’avais fait ce voyage.
 Seuls les mots de Catherine Leblanc ont su faire leur place : Ils ouvraient de nouvelles portes dans mes images et dans l histoire. Et quand j’ai découvert, pour la première fois, la phrase «  Y-a t'il de l air entre les pavés ? », je redécouvrais mon image. Cette phrase, écrite par Catherine Leblanc, m’emmena encore ailleurs et poussa mon imagination, j’avais envie de faire la suite de Litli, d’écrire à nouveau.

Litli est un livre sauvage, instinctif et sincère…

Severine Thevenet

Merci à toi Sève. 

09 février 2008

L'autre plaisir

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© Isabelle Simon

L'autre plaisir, tout aussi impur, vient des photos qu'on découvre. Des photographes nous envoient leurs images, qu'elles arrivent par la poste ou par e-mail, ces images montrent des livres possibles, des livres qu'on imagine, des livres auxquels on n'aurait pas osé rêver. Isabelle Simon, il y a longtemps qu'on a envie d'un livre avec ses photos. De temps en temps on se croise, elle a dans son sac des images auxquelles elle travaille, toujours en train d'explorer mise en scène et photo. Á St-Paul elle nous montre des collages, c'est de la contrebande, un monde à la Prévert.

 
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 © Mireille Loup
 
Quand Mireille Loup expose, elle nous envoie aussi des images. Les photos de sa dernière série, Nocturnes ou les garçons perdus seront exposées au Musée d’art moderne et musée d’art contemporain de Liège, à partir du 16 février, à l'occasion de la 6ème Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège. On les accroche au mur du local, et ses photos accompagnent les journées de travail, en attendant de devenir les pages d'un livre.
 
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  © Rozenn Quéré
 
ed3ac6ee0cf23d3702af31077c344df9.gifEt quand Rozenn Quéré écrit à Où sont les enfants ? , elle signe avec ses drôles de «schyzochromes», des photos pleines d'humour qui ont donné naissance au dernier livre du Mouton cerise

 

05 février 2008

« Où sont, où sont les enfants ?... »

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« Les enfants ! Où sont les enfants ? »

Où ? nulle part. L'appel traversait le jardin, heurtait le grand mur de la remise à foin, et revenait, en écho très faible et comme épuisé : « Hou... enfants... » Nulle part. Ma mère renversait la tête vers les nuées, comme si elle eût attendu qu'un vol d'enfants ailés s'abattît. Au bout d'un moment, elle jetait le même cri, puis se lassait d'interroger le ciel, cassait de l'ongle le grelot sec d'un pavot, grattait un rosier emperlé de pucerons verts, cachait dans sa poche les premières noix, hochait le front en songeant aux enfants disparus, et rentrait.
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« Où sont les enfants ? » Elle surgissait, essouflée par sa quête constante de mère chienne trop tendre, tête levée et flairant le vent. Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu'elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d'un brûlant velours de rhum et de confitures. Un grand tablier bleu la ceignait, si elle avait lavé la havanaise, et quelquefois elle agitait un étendard de papier jaune craquant, le papier de la boucherie ; c'est qu'elle espérait rassembler, en même temps que ses enfants égaillés, ses chattes vagabondes, affamées de viande crue...

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- Demain, je vous enferme ! Tous, vous entendez, tous !
Demain... Demain l'aîné, glissant sur le toit d'ardoise où il installait un réservoir d'eau, se cassait la clavicule et demeurait muet, courtois, en demi-syncope, au pied du mur, attendant qu'on vînt l'y ramasser. Demain, le cadet recevait sans mot dire, en plein front, une échelle de six mètres, et rapportait avec modestie un oeuf violacé entre les deux yeux...
- Où sont les enfants ?
Deux reposent. Les autres jour par jour vieillissent. S'il est un lieu où l'on attend après la vie, celle qui nous attendit tremble encore, à cause des deux vivants. Pour l'aînée de nous tous elle a du moins fini de regarder le noir de la vitre, le soir : « Ah ! je sens que cette enfant n'est pas heureuse... Ah ! je sens qu'elle souffre... »
Pour l'aîné des garçons elle n'écoute plus, palpitante, le roulement d'un cabriolet de médecin sur la neige, dans la nuit, ni le pas de la jument grise. Mais je sais que pour les deux qui restent elle erre et quête encore, invisible, tourmentée de n'être pas assez tutélaire : « Où sont, où sont les enfants ?... »

Colette, La Maison de Claudine, 1922.
Photos, marionnette de Severine Thevenet

29 janvier 2008

Le désir de prodige

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Page 3 du catalogue.
Photo de Severine Thevenet. 

27 janvier 2008

Angelle d'un jour

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Presque chaque jour, Angelle met en ligne une image comme on donne de ses nouvelles. Et ses photos sont comme des lettres qu'elle envoie pour dire la vie ça va, j'explore ce que mes yeux peuvent voir, je traque la beauté là où personne ne semble la voir.
C'est sur angelle d'un jour que j'ai trouvé ce matin cette image. Et c'est un peu de la beauté dont on besoin tous les jours.

26 janvier 2008

Fiction étrange

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Bernard Faucon a arrêté de prendre des photos en 1995. Il n'est pas mort, il a décidé d'arrêter mais ses images ne s'oublient pas. J'ai retrouvé ces phrases de lui dans une interview qu'avait faite Hervé Guibert pour Le Monde, en 1981, à l'occasion de la sortie de son premier livre, Les grandes vacances :

« Je nourris mes images d'une expérience de l'enfance à laquelle je reviens toujours : chaque fois que je me mets en condition de penser à une image, chaque fois que je veux la préciser, j'ai recours à une expérience primitive. Pour moi, c'est une garantie d'authenticité. Cette expérience rassemble des moments, pas très nombreux, qui se recoupent très bien, où j'ai eu conscience de vivre quelque chose d'unique, et que je me suis promis à l'époque de ne jamais oublier, avec insistance. Ces expériences ont un décor : certains paysages, certains mouvements à l'intérieur de ce paysage où je marche, où je cours, où je vole quelquefois. » 

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 « Je me vois sortant de ma chambre, à une heure du crépuscule, et je dois parcourir une distance qui me sépare de la maison familiale, ou de l'endroit où je vais prendre mon repas. Je sors toujours d'un endroit où je suis protégé et je cours vers autre chose. Je passe d'un lieu intime à un lieu de mise en commun. Alors le paysage m'envahit, j'éprouve le crépuscule et les courants du vent. J'ai toujours besoin de confronter mes influences à ces sensations premières. »

« De plus en plus, les mots qui me viennent pour parler de photo sont des termes qui font appel au surnaturel, transfiguration, miracle, éblouissement. Ça n'a pas de connotation religieuse, c'est l'idée du décrochage, du changement de plan. Á partir d'un certain moment, tu ne peux pas rester lié à l'enfance sans aboutir à l'égoïsme. La seule chose qui peut te sauver d'un arrêt du temps, d'un centrement sur soi, d'une pétrification de tous les centres d'intérêt, est une certaine folie, non pas une folie destructrice, non pas une folie d'en bas, mais une folie d'en haut, une extrapolation de soi-même au lieu d'un arrêt sur soi. Comme si à un moment donné, au lieu de chercher l'enfance derrière soi, il fallait la chercher devant soi. C'est probablement pourquoi, de plus en plus, les enfants disparaissent de mes photos. Dans ma dernière photo, il n'y a plus qu'un enfant en très gros plan, et flou, comme une référence obligatoire : il est en train de disparaître du cadre. Cette disparition mettra du temps. J'imagine de nombreuses récidives...»

L'EXPERIENCE PREMIERE

Entretien avec Bernard Faucon. Le Monde, 1981. Réédité dans La photo, inéluctablement. Recueil d'articles sur la photographie. Hervé Guibert. Gallimard, 1999.

25 janvier 2008

La venue des images

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Cette image je l'ai reçue hier de Madeline. Inconnue, visage d'enfant qui sait et interroge et quand l'image arrive jusqu'à l'écran où je travaille, j'écoute qu'on me parle d'enfant sorcier, du lien à interroger entre la pensée des enfants et celles que déploient les chamanes.

Alors a lieu l'incarnation, et aussitôt l'image devient le visage de l'enfant sorcier. Ce matin je veux savoir d'où vient l'image reçue, je pose la question à m. au téléphone. C'est un recadrage d'une photo de Sabine Weiss, prise en 1950, « L'enfant à la bougie». Ma mère avait l'âge sûrement de cet enfant en 1950 et je calcule, j'imagine la vie de l'enfant photographié, ce que faisait Deligny à l'époque face à d'autres enfants en prise, eux, avec une sorcelerie mentale qui foudroie et écarte.
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Je crois à la nécessité des images pour penser ce que l'enfant nous apprend. Hier encore j'ai reçu ce message qui me trouble. D'habitude Juliette Armagnac m'envoie les images qu'elle invente. Je les reçois comme des cadeaux, somptueux & capables de bouleverser. Elle sait l'attente dans laquelle je veux vivre, l'attente d'images comme les siennes où, souvent, j'apprends quelque chose de ce bloc obscur de l'enfance. Hier elle m'écrit ce message à propos d'une affiche : 8fac5816f181daf23a1e346737e537a6.jpg« Je viens de voir la nouvelle affiche sur le blog, et je l'avais déjà vue sur le site de TAXIE. Autant la première affiche est magique, toute en imagination et en douceur, autant celle-ci est, de mon point de vue terriblement ambigüe...
En fait, non, je ne la trouve pas ambigüe du tout, les sens sont flagrants : coup de flash sur un enfant torse nu, culotte apparente, grosse trace de rouge à lèvre sur le ventre et des yeux voyeurs partout sur le corps...
J'aime bien l'idée de dessiner sur le corps, des yeux et de l'envie de mordre la vie à pleine dent...
Mais c'est une bouche de grande personne, et les yeux ont l'air angoissés... On dirait qu'on dit : "Nous on regarde dans la culotte des enfants..."
Je sais ton désir de prendre des risques, de briser les taboos, mais là, le message que je reçois va à l'encontre de la liberté des enfants... Je ne sais pas dans quelle mesure je peux donner mon opinion sur les visuels d'Où dont les enfants ?, mais je préfère être franche, celui là m'a fait franchement peur...»
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Dans un texte à propos du Voyage au bout de la nuit et des illustrations de Tardi, Laurie Viala invente la notion d' «outre-texte». C'est une idée que je fais tourner depuis quelques jours : « Le genre merveilleux ne s'évanouit que ponctuellement dans le texte célinien, mais il est partout en sommeil et se manifeste par intermittence. Il n'est pas innocent que Ferdinand dans Mort à Crédit soit incapable d'écrire La légende du Roi Krogold, car c'est peut-être à ce moment que l'illustrateur peut et doit prendre le relais. Ce domaine de l'outre-texte appartient aux adaptateurs, au premier rang desquels le lecteur. Cet « autre monde » à la fois légendaire et mythique reste indicible pour l'auteur. Il ne peut que signaler son existence, donner quelques fugaces impressions, mais les mots ne peuvent le contenir ».

Depuis je bute face à la question qui demeure : les photographes peuvent-ils, peuvent-elles capturer cet « autre monde », travailler sur le terrain de l' outre-texte ? Et qui apportera la réponse jusque ici ?

22 janvier 2008

Une autre affiche

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