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13 janvier 2009

Les photographies de Maïa Roger

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Les photographies de Maïa Roger étaient affichées depuis longtemps au mur de la grange aux livres, derrière la rue à Vaillac. Au dessus de la photocopieuse et tout près du téléphone, si bien que je pouvais les scruter plusieurs fois par jour en parlant d'autre chose. Elles faisaient partie des quelques images que j'avais fini par connaître par coeur, petit morceau de mémoire autour duquel la rêverie peut embrayer sans forcer. Chacune des mises en scène de Maïa Roger convoque le monde confus des contes, là où les animaux peuvent parler à leur tour, accrocher aussi des rideaux aux fenêtres du terrier, parler d'amour comme on parle du beau temps, allongés dans l'herbe des pentes à l'automne.

Ce sont des images qui ont le pouvoir de raconter tout en renouant avec une amitié instinctive pour les présences animales, une amitié propre à l'enfance et qui s'en ira vite, plus tard, dans l'apprentissage du monde adulte où les animaux se verront relégués à l'écart. C'est cette enfance amicale, intriguée, instinctive que Maïa Roger parvient à approcher en images, et cela provoque une fascination qui ne se défait pas, se creuse à chaque nouvelle prise de vue.

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Pour voir l'ensemble du travail de Maïa Roger, c'est ici et ça vaut la peine. En page d'accueil il est écrit STORIES puis Chapter 1- regardez les deux mains animales qui s'emparent - Chapter 2 - approchez les juments, la nuit va tomber -  Chapter 3 - c'est l'amitié de l'ours comme un apprentissage, trois chapitres et c'est tout, tout le mystère d'une narration photographique qui se déploie. Faites le tour, n'hésitez pas. Il y a de la beauté à l'état brut, c'est-à-dire l'inquiétante étrangeté qu'on a piégée en photos. Et en échange, vous nous direz si la fascination se partage ?

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09 janvier 2009

Rencontre aux Couleurs du monde

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Isabelle Blanchard est conseillère d'éducation populaire et de jeunesse dans la Loire. A la fête du livre de Saint-Etienne, qui interrogeait l'idée du bonheur en octobre, c'est elle qui est venue annoncer la bonne nouvelle à Severine : Litli soliquiétude faisait partie de la sélection du prix Couleurs du monde. Et quand elle racontait, on devinait oui combien elle avait pu défendre Litli : 8 albums avaient été choisis à partir du thème de cette année, «  D’un lieu de vie à l’autre ». On ne sait pas si Isabelle B. parle de chacun des 8 livres avec la même émotion, mais à l'écouter raconter sa rencontre avec  Litli, on réalise un peu mieux ce que le petit personnage déclenche d'attachement chez certains lecteurs, au point que des enfants s'endorment avec le livre glissé sous l'oreiller, comme un doudou dans le noir, un talisman pour éloigner les cauchemars.

Alors ce jeudi 15 janvier, nous rencontrerons des animateurs et des bibliothécaires de la Loire pour raconter l'histoire de ce livre, le premier de la collection En chemin et puis d'autres livres à venir, Les lettres qui piquent, La classe de Madame Lampion, L'avenir ou Mamie Violette, autant de livres qu'on prépare avec Catherine Leblanc ou Severine Thevenet. La rencontre aura lieu à la médiathèque de L'Horme, près de Saint-Etienne à 14h. La neige n'est pas un obstacle, rien qu'une mutation accélérée du paysage, comme un principe de dépaysement. On apportera des images, des fragments de textes et les premières double-pages, promis. Curieux d'autres regards, soucieux de l'enfance et de cette idée si précieuse à force d'être reniée par les vieux ministères : L'éducation populaire. Parce que le peuple des enfants est maintenant en chemin, on l'a vu à Athènes, dans l'attente de demain au plus vite.

22 octobre 2008

« Quatre heures ! ils ne sont pas venus goûter ! Où sont les enfants ?... »

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© Jim Goldberg, Polaroïds

« Où sont les enfants ? » Elle surgissait, essoufflée par sa quête constante de mère-chienne trop tendre, tête levée et flairant le vent. Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu'elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d'un brûlant velours de rhum et de confitures. Un grand tablier bleu la ceignait si elle avait lavé la havanaise, et quelquefois elle agitait un étendard de papier jaune craquant, le papier de la boucherie ; c'est qu'elle espérait rassembler, en même temps que ses enfants égaillés, ses chattes vagabondes, affamées de viande crue...

Au cri traditionnel s'ajoutait, sur le même ton d'urgence et de supplication, le rappel de l'heure : « Quatre heures ! ils ne sont pas venus goûter ! Où sont les enfants ?... » « Six heures et demie ! Rentreront-ils dîner ? Où sont les enfants ?... » La jolie voix, et comme je pleurerais de plaisir à l'entendre... Notre seul péché, notre méfait unique était le silence, et une sorte d'évanouissement ; miraculeux. Pour des desseins innocents, pour une liberté qu'on ne nous refusait pas, nous sautions la grille, quittions les chaussures, empruntant pour le retour une échelle inutile, le mur bas d'un voisin. Le flair subtil de la mère inquiète découvrait sur nous l'ail sauvage d'un ravin lointain ou la menthe des marais masqués d'herbe. La poche mouillée d'un des garçons cachait le caleçon qu'il avait emporté aux étangs fiévreux, et la « petite », fendue au genou, pelée au coude, saignait tranquillement sous des emplâtres de toiles d'araignée et de poivre moulu, liés d'herbes rubanées...

Colette. Où sont les enfants ? La maison de Claudine

8h32 à Millas

Scan 8h32.jpgEn collaboration avec 5 bibliothèques municipales, la Médiathèque Départementale «Claude Simon» des Pyrénées-Orientales, organise du 12 au 18 novembre 2008 une animation commune autour d'un jeune auteur, Stéphane Servant, d'une jeune photographe, Alice Sidoli, et d'une petite maison d'édition Jeunesse « Où sont les enfants ? ». Au programme : des rencontres avec les classes en bibliothèques, des rencontres tout public en bibliothèques, des dédicaces, une journée de formation, une exposition, des lectures...

Jeudi 25 Septembre, deux classes de CE2 de l'Ecole Primaire de Millas ont pu participer à un atelier photo numérique organisé par la Médiathèque de Millas et animé par Gérard Maincent du Photo Club de Millas et correspondant local à l'Indépendant. Cette séance se poursuivra par un atelier de photomontage le Mardi 14 Octobre. L'objectif : réaliser une exposition autour de l'album 8h32 qui sera présentée à la Médiathèque de Millas le Jeudi 13 Novembre à l'occasion de la rencontre des deux classes avec les auteurs Stéphane Servant et Alice Sidoli.

A lire aussi sur 24h Actus, toute l'actualité de Millas vue par Gérard Maincent, correspondant du journal L'indépendant.

17 octobre 2008

Bonheur immédiat

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Le bonheur est-il une idée neuve ?

C'est la question que pose la fête du livre de Saint-Etienne qui commence aujourd'hui. Severine est déjà là-bas, avec Mamie Violette dans les rues, comme sur la photo et j'y serai demain avec un appareil photo et un stylo, sur le stand de la librairie L'une et l'autre, ouverte à la fin de l'été par Céline Guilbaud et Marie Marcon. Beaucoup d'auteurs invités, la liste impressionne et Xavier nous dit que c'est un salon pas comme les autres, on verra. Dans la programmation, plusieurs débats ont des questions en guise de titres. Cette vieille attirance pour les points d'interrogation, elle ne s'en va pas alors je recopie les questions de Saint-etienne, elles valent la peine :

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  • “Comment poser la question du bonheur aujourd’hui ?”
  • “Le bonheur s’achète-t-il ?”
  • "Punk/New-wave, une quête à contre-courant ?”
  • “Le bonheur est-il possible à l’Est ?”
  • “Peut-on décider le bonheur d’une nation ?”
  • "Couple, famille, amis, le bonheur est-il si proche ?” (avec Aldo Naouri et David Le Breton)
  • “Dis-moi, c’est quoi le bonheur ?” (avec Charles Pépin, Patrick Estrade et Boris Cyrulnik)

A la médiathèque de Saint-Marcellin, près de Grenoble, Madeline participera à un goûter littéraire intitulé "Quoi de neuf dans la littérature jeunesse ?" C'est à 16h30 et encore une question, une vraie question à laquelle tenteront de répondre avec Madeline Lisa Bienvenu, libraire au Marque page à Saint-Marcellin, ainsi que Sandrine Boudry et Christine Couzy, responsables du Relais Assistantes maternelles pour le Pays de Saint-Marcellin.

Encore une question ? La dernière. Combien de kilomètres entre Saint-Etienne et Saint-Marcellin ?

T. 

16 octobre 2008

Dans l'atelier des roues

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© Lucien Clergue, Mannequin chez le chiffonnier, Arles, 1956. 

2008 était l'été des grandes métamorphoses. La liste a été longue des remises en question, discussions, nouvelles ébauches après trois ans d'existence et dix livres parus. L'association qui portait le projet de maison d'édition a donc été dissoute, par liquidation judiciaire et manque chronique de trésorerie, et surtout parce que des trois fondateurs il n'en restait qu'un seul à la barre, Anton continuant de piloter un projet humanitaire entre Mogadiscio, Genève et Nairobi, Michèle étant accaparée par d'autres soucis. Inventer des livres dans un hameau du Lot n'est pas non plus toujours simple quand la première graphiste est à une heure de route, que les téléphones portables ne passent qu'après la chapelle, au bout du pré et que chaque orage un peu violent vous prive d'électricité, de fax et de téléphone pendant deux ou trois jours.

Les projets de livres qu'on préparait nécessitaient sûrement une autre façon de travailler, en commençant par salarier - au moins un peu - ceux qui trimaient à Où sont les enfants ? jour après jour. Il fallait d'autres financements que nos économies et droits d'auteurs pour continuer de développer un projet qui rencontrait l'écho des lecteurs et prescripteurs, mais qui représentait aussi une charge de travail qu'aucun bénévole ne pouvait plus endosser.

L'envie d'Arles est venue peu à peu, comme une utopie à laquelle on n'osait pas vraiment croire. Parce qu'on y passait chaque été plusieurs jours, le temps de voir les dizaines d'expositions photo des Rencontres, et parce qu'on prenait conscience que chaque été, le petit monde des photographes transitait par ce morceau de camargue où il était plus simple d'organiser rendez-vous et séances de travail. Et puis la ville d'Arles avait ce projet de Maison des éditeurs dans une friche industrielle - les anciens ateliers SNCF - qui accueillerait bientôt le Parc des ateliers, sorte d'utopie culturelle dédiée à la photo, dessinée par Frank O. Gehry, portée par la Fondation LUMA et la région PACA.

Et puis soyons francs : L'envie d'Arles c'est aussi - en premier - retrouver la femme que j'aime, et puis ensuite plein d'autres très bonnes raisons qui font plus sérieux, comme travailler dans une ville où la municipalité - communiste - soutient depuis plusieurs mandats des éditeurs comme Actes Sud, Analogues, les éditions de la Nuit, Philippe Picquier ou les Fondeurs de Briques et La Fabrique Sensible, une ville où la bibliothèque de l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie permet toutes les recherches et où plusieurs structures, comme Voies off et Buena Vista exposent et soutiennent le travail de jeunes photographes. Arles maintenant, nous y avons une adresse, une nouvelle structure sous forme de SARL qui permettra d'éditer les livres en projet, tout en créant deux nouvelles collections avec la même volonté : l'alliance de la littérature et de la photographie.

T.

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L'atelier des roues. Arles, mai 2008.

15 octobre 2008

L'art de la contrebande

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Depuis samedi, deux expositions Où sont les enfants ? ont lieu à Nîmes et à Toulon. La première pour Lire en fête, à la bibliothèque jeunesse du Carré d'art de Nîmes, où sont présentées les photos de Juliette Armagnac pour Alice au pays des merveilles (photo ci-dessus). La seconde à la librairie Contrebandes, qui vient de déménager au 37 rue Paul Lendrin, à Toulon, dans un très bel espace où entre aussi le soleil. Une librairie d'images et de résistance qui présente, depuis le 8 octobre, les tirages originaux de Severine Thévenet pour Litli Soliquiétude.

117.JPGDeux villes, deux lieux où c'est le livre qu'on montre et qu'on défend - et pas n'importe quel livre - avec on peut l'imaginer derrière ces mises en avant deux passionnées, deux femmes : Mimi Paola à la barre de Contrebandes et Diane Ducret dans le navire du Carré d'art. A chaque fois des rencontres, des connivences et à chaque fois aussi d'autres chemins qu'on voudrait écouter, mieux connaître comme une vie qu'on raconte, avec en fil rouge la passion des images et des littératures qui s'inventent aujourd'hui. Les éditeurs de L'arbre vengeur le racontaient au Matricule des anges, ce sont les rencontres qui donnent au travail d'éditeur sa pulsation secrète. Sinon pourquoi l'hénaurme travail dans le ventre des livres ?

Les photographies de Litli en transit depuis la librairie Harmonia Mundi à Arles jusqu'à la librairie Contrebandes à Toulon.

LIRE EN FETE à NÎMES : Coup de projecteur sur les éditions Où sont les enfants ?

  • Du 7 au 25 octobre, Espace Jeunesse du Carré d'art : Exposition Alice au pays des merveilles. Photographies de Juliette Armagnac, jeune illustratrice ssue de l'école Estienne, réalisées pour l'album à paraître en 2009.
  • Samedi 11 octobre, 11h, auditorium du Carré d'art : Rencontre autour des éditions Où sont les enfants ? Tieri Briet, auteur et éditeur, nouvellement installé à Arles, a choisi la photographie comme langage pour s'adresser aux enfants.
  • Samedi 11 octobre, 10h à 12 h et 14h à 17 h, atelier de création artistique : Un prénom qui me ressemble, atelier animé par Juliette Armagnac. Pour les enfants à partir de 8 ans.
  • Du 17 octobre au 3 janvier 2009, salle Soleil Noir : "Un miroir le long du chemin", exposition autour de l'oeuvre de Gérard Macé, poète et photographe : livres d'artiste, livres de photographie, tirages photographiques de Gérard Macé. 

 

24 septembre 2008

Un voyage photographique

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© Alice Sidoli - Vitrine de la librairie Les trois mages, Marseille

Au début de l'été on a fait un voyage avec Alice Sidoli, un beau voyage à travers le grand sud. Une virée dans les librairies jeunesse du côté de Toulouse, Montauban, Marseille, Miramas et jusqu'à Avignon. Alice était venue jusqu'à Marseille par le train, puis on a fait la tournée en voiture, sous le soleil de juin. Ce sont les premières photos destinées au livre de chroniques de Madeline Roth, parues au fil des pages de la revue Citrouille. Des chroniques où elle raconte par l'émotion les journées d'une libraire amoureuse, passionnée de littérature jeunesse.

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© Alice Sidoli - Librairie Bull'Images, Miramas
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© Alice Sidoli - Une vie d'escargot à la librairie Le bateau livre, à Montauban
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© Alice Sidoli - A travers la vitrine de la librairie Le bateau livre, à Montauban
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© Alice Sidoli - Une lectrice de la librairie L'eau vive, à Avignon
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© Alice Sidoli - Lecture à deux, librairie L'eau vive, Avignon

19 septembre 2008

Tourne la Page à la Cité du Petit Bois

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© Alice Sidoli

Alice Sidoli a réalisé un reportage sur une bibliothèque de rue en banlieue parisienne. Je viens d'en découvrir les images mises en ligne. Ce travail, souvent mené par des bénévoles, m'a toujours fasciné : porter les livres là où manque leur présence. Pour voir l'ensemble du reportage c'est sur le site de BASOH, photographes associés.

Comme tous les mercredis après-midi, depuis deux ans, la bibliothèque de rue « Tourne la Page » s'installe au milieu de ce quartier décentré de Carrières-sur-Seine dans le 78. Deux grands tapis, des coussins multicolores et surtout des livres pour deux heures de bonheur sur le carré d'herbe de la cité.
Les enfants ont entre 4 et 13 ans. Les plus grands accompagnent les plus petits, les parents gardent un oeil aux fenêtres. Chaque enfant choisit son livre, il peut lire seul, regarder les images ou se faire lire une histoire.
Un petit groupe de copines s'est formé pour accompagner bénévolement, chaque semaine, ces enfants sur le chemin des mots, des livres et de l'imaginaire. Un moyen de défendre l'accès de tous à la culture et une manière de tisser un lien positif avec la langue. Mais aussi le bonheur de goûter ces moments intenses de lecture partagée.

16 septembre 2008

Les photographies

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© Taraf Zélie Bordela

C'est un passage. Et un apprentissage en même temps alors on continue, on continue d'inventer des livres tant qu'on pourra. C'est pendant les déménagements que les photos se perdent, écrit Duras dans La vie matérielle. Pour ma mère, la photo d'un enfant petit était sacrée. Pour revoir son enfant petit, on en passait par la photo. On le fait toujours. C'est mystérieux.

Et plus loin : Je crois  qu'au contraire de ce qu'auraient cru les gens et de ce qu'on croit encore, la photo aide à l'oubli. Elle a plutôt cette fonction dans le monde moderne. Elle écrivait ce livre en 1987, l'année où je suis allé la voir un soir, parler de l'écriture, des livres et de cette idée qu'ils sont adressés à quelqu'un, autant qu'une lettre dans une enveloppe, avec un nom écrit dessus. Les livres d'Où sont les enfants ? sont adressés aux enfants. Certains d'entre eux nous écrivent, ils disent que le livre est arrivé à destination, merci beaucoup, comme Lucien qui a huit ans. Je crois que Litli s'adressait à Lucien, et qu'en faisant le livre on ne savait pas très bien, on espérait quand même un peu. Oui. C'est difficile à avouer. On espérait juste que Lucien existe et qu'il rencontre un our le livre.

Les livres qu'on prépare, ils sont pour Juan venu d'Argentine jusqu'à Espedaillac. Maintenant que je sais je peux le dire. Ils sont pour Eliane aussi qui s'ennuie le dimanche à Limoges, pour Noé et son cousin Igor, Nasser à Beyrouth et Terek le tchétchène réfugié au village, pour eux oui, pour Gaëlle qui a cinq ans et Severo qui en a presque neuf, les yeux ouverts la nuit à Tarascon où il habite avec sa tante et Maria, sa maman sans papiers. Je parle des livres qu'on veut, ceux qu'on s'obstine à façonner. Des livres qui auraient le pouvoir de raconter un morceau du monde à Juan, à Igor & Noé parce qu'il ne voient pas pourquoi il est tellement zarbi, ce monde-là. Zarbi et palpitant (dans les photos parfois un cœur palpite, et les enfants le savent, ils regardent et ils savent). Il y a 20 livres qu'on prépare, impatients comme Noé à deux ans, 20 livres à dessiner avec à l'intérieur un cœur assez puissant.

 T.