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27 janvier 2008

Angelle d'un jour

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Presque chaque jour, Angelle met en ligne une image comme on donne de ses nouvelles. Et ses photos sont comme des lettres qu'elle envoie pour dire la vie ça va, j'explore ce que mes yeux peuvent voir, je traque la beauté là où personne ne semble la voir.
C'est sur angelle d'un jour que j'ai trouvé ce matin cette image. Et c'est un peu de la beauté dont on besoin tous les jours.

26 janvier 2008

Fiction étrange

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Bernard Faucon a arrêté de prendre des photos en 1995. Il n'est pas mort, il a décidé d'arrêter mais ses images ne s'oublient pas. J'ai retrouvé ces phrases de lui dans une interview qu'avait faite Hervé Guibert pour Le Monde, en 1981, à l'occasion de la sortie de son premier livre, Les grandes vacances :

« Je nourris mes images d'une expérience de l'enfance à laquelle je reviens toujours : chaque fois que je me mets en condition de penser à une image, chaque fois que je veux la préciser, j'ai recours à une expérience primitive. Pour moi, c'est une garantie d'authenticité. Cette expérience rassemble des moments, pas très nombreux, qui se recoupent très bien, où j'ai eu conscience de vivre quelque chose d'unique, et que je me suis promis à l'époque de ne jamais oublier, avec insistance. Ces expériences ont un décor : certains paysages, certains mouvements à l'intérieur de ce paysage où je marche, où je cours, où je vole quelquefois. » 

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 « Je me vois sortant de ma chambre, à une heure du crépuscule, et je dois parcourir une distance qui me sépare de la maison familiale, ou de l'endroit où je vais prendre mon repas. Je sors toujours d'un endroit où je suis protégé et je cours vers autre chose. Je passe d'un lieu intime à un lieu de mise en commun. Alors le paysage m'envahit, j'éprouve le crépuscule et les courants du vent. J'ai toujours besoin de confronter mes influences à ces sensations premières. »

« De plus en plus, les mots qui me viennent pour parler de photo sont des termes qui font appel au surnaturel, transfiguration, miracle, éblouissement. Ça n'a pas de connotation religieuse, c'est l'idée du décrochage, du changement de plan. Á partir d'un certain moment, tu ne peux pas rester lié à l'enfance sans aboutir à l'égoïsme. La seule chose qui peut te sauver d'un arrêt du temps, d'un centrement sur soi, d'une pétrification de tous les centres d'intérêt, est une certaine folie, non pas une folie destructrice, non pas une folie d'en bas, mais une folie d'en haut, une extrapolation de soi-même au lieu d'un arrêt sur soi. Comme si à un moment donné, au lieu de chercher l'enfance derrière soi, il fallait la chercher devant soi. C'est probablement pourquoi, de plus en plus, les enfants disparaissent de mes photos. Dans ma dernière photo, il n'y a plus qu'un enfant en très gros plan, et flou, comme une référence obligatoire : il est en train de disparaître du cadre. Cette disparition mettra du temps. J'imagine de nombreuses récidives...»

L'EXPERIENCE PREMIERE

Entretien avec Bernard Faucon. Le Monde, 1981. Réédité dans La photo, inéluctablement. Recueil d'articles sur la photographie. Hervé Guibert. Gallimard, 1999.

25 janvier 2008

La venue des images

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Cette image je l'ai reçue hier de Madeline. Inconnue, visage d'enfant qui sait et interroge et quand l'image arrive jusqu'à l'écran où je travaille, j'écoute qu'on me parle d'enfant sorcier, du lien à interroger entre la pensée des enfants et celles que déploient les chamanes.

Alors a lieu l'incarnation, et aussitôt l'image devient le visage de l'enfant sorcier. Ce matin je veux savoir d'où vient l'image reçue, je pose la question à m. au téléphone. C'est un recadrage d'une photo de Sabine Weiss, prise en 1950, « L'enfant à la bougie». Ma mère avait l'âge sûrement de cet enfant en 1950 et je calcule, j'imagine la vie de l'enfant photographié, ce que faisait Deligny à l'époque face à d'autres enfants en prise, eux, avec une sorcelerie mentale qui foudroie et écarte.
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Je crois à la nécessité des images pour penser ce que l'enfant nous apprend. Hier encore j'ai reçu ce message qui me trouble. D'habitude Juliette Armagnac m'envoie les images qu'elle invente. Je les reçois comme des cadeaux, somptueux & capables de bouleverser. Elle sait l'attente dans laquelle je veux vivre, l'attente d'images comme les siennes où, souvent, j'apprends quelque chose de ce bloc obscur de l'enfance. Hier elle m'écrit ce message à propos d'une affiche : 8fac5816f181daf23a1e346737e537a6.jpg« Je viens de voir la nouvelle affiche sur le blog, et je l'avais déjà vue sur le site de TAXIE. Autant la première affiche est magique, toute en imagination et en douceur, autant celle-ci est, de mon point de vue terriblement ambigüe...
En fait, non, je ne la trouve pas ambigüe du tout, les sens sont flagrants : coup de flash sur un enfant torse nu, culotte apparente, grosse trace de rouge à lèvre sur le ventre et des yeux voyeurs partout sur le corps...
J'aime bien l'idée de dessiner sur le corps, des yeux et de l'envie de mordre la vie à pleine dent...
Mais c'est une bouche de grande personne, et les yeux ont l'air angoissés... On dirait qu'on dit : "Nous on regarde dans la culotte des enfants..."
Je sais ton désir de prendre des risques, de briser les taboos, mais là, le message que je reçois va à l'encontre de la liberté des enfants... Je ne sais pas dans quelle mesure je peux donner mon opinion sur les visuels d'Où dont les enfants ?, mais je préfère être franche, celui là m'a fait franchement peur...»
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Dans un texte à propos du Voyage au bout de la nuit et des illustrations de Tardi, Laurie Viala invente la notion d' «outre-texte». C'est une idée que je fais tourner depuis quelques jours : « Le genre merveilleux ne s'évanouit que ponctuellement dans le texte célinien, mais il est partout en sommeil et se manifeste par intermittence. Il n'est pas innocent que Ferdinand dans Mort à Crédit soit incapable d'écrire La légende du Roi Krogold, car c'est peut-être à ce moment que l'illustrateur peut et doit prendre le relais. Ce domaine de l'outre-texte appartient aux adaptateurs, au premier rang desquels le lecteur. Cet « autre monde » à la fois légendaire et mythique reste indicible pour l'auteur. Il ne peut que signaler son existence, donner quelques fugaces impressions, mais les mots ne peuvent le contenir ».

Depuis je bute face à la question qui demeure : les photographes peuvent-ils, peuvent-elles capturer cet « autre monde », travailler sur le terrain de l' outre-texte ? Et qui apportera la réponse jusque ici ?

22 janvier 2008

Une autre affiche

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21 janvier 2008

Une affiche pour la nuit

 

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C'est une affiche pour poser la question : Où sont les enfants ? 

Une image et une question pour afficher dans les villes, les villages où on va montrer les livres. Créée par TAXIE, studio de création graphique, c'est la seconde affiche d'une série de trois.

20 janvier 2008

Où sont les enfants ?, page 3

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Impossible de résister. Le poème de Catherine Leblanc avec l'image de Mireille Loup. C'est la page 3 du catalogue.

09 janvier 2008

Apprendre à attendre

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Quand Venexiana Atlantica nous invite au grand banquet annuel des fantômes, le 20 janvier à 18h30, elle écrit «Cher Tieri Briet, chers enfants d'Où sont les enfants ?»

Quand les enfants d'Où sont les enfants ? s'emparent de l'appareil photo, ils prennent des airs de pirates égarés loin des mers. Ils voudraient faire peur aux oiseaux et aux chiens, conspirer face à la lune loin des adultes. Ils voudraient apprendre à attendre, à prendre le beau et à le raconter.

Et quand Marmande raconte ce que veut dire éditer, il a raison d'insister : « Qu'est-ce qu'un éditeur ? Ou, plus juste, qu'est-ce qu'éditer ? Aimer, partager, plonger, choisir, se faire peur sans avoir peur, n'avoir pas peur de l'argent. Etre ensemble, croire, insister, résister, être aimés ensemble, Christian et Dominique Bourgois, par exemple.»

C'est tout ce qu'on vous souhaite, à vous comme à nous : Aimer, partager, plonger, choisir, se faire peur sans avoir peur, n'avoir pas peur de l'argent. Etre ensemble, croire, insister, résister, être aimés ensemble. Aventurer aussi. A vous comme à nous. 

05 janvier 2008

Comptes de fées

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"Cendrillon attend que les éditeurs français osent publier de vrais livres pour enfants… et que les parents arrêtent de n’acheter que “Petit Ours Brun”! Magda n'a pas l'habitude de mâcher ses mots. Et elle écrit, à propos de littérature jeunesse, un texte qui va à l'essentiel :  "Je trouve que l’édition pour enfants s’est aseptisée à mort, que tous ces bouquins où l’on conte les bêtises javellisées d’enfants propres sur eux me font bailler d’ennui… Relisons les contes de Grimm ou les contes traditionnels asiatiques. Ogres, sorcières, monstres, poisson aux mille dents… jeunes vierges qui ne veulent pas quitter la maison de leur père, princes qui doivent affronter mille obstacles pour enlever la princesse… les enfants ne sont pas traumatisés par ces histoires. Elles sont le reflet de leur imaginaire et de leur inconscient. Elles sont réellement adaptées à leurs envies de lecture, de rêve, et elles leur permettent de vivre leur perversité sans avoir à l’expier."

Pour lire la suite, c'est sur Ce que tu lis

26 décembre 2007

Le sens du lieu

 

Les photographies de détails qui figurent ci-contre ont été prises par Anabell Guerrero dans le centre pour réfugiés et émigrants de Sangatte, près de Calais et du tunnel sous la Manche. Ce centre a été récemment fermé sur ordre des gouvernements français et britannique. Il abritait plusieurs centaines de personnes, qui espéraient pour bon nombre d’entre elles pouvoir gagner le Royaume-Uni. L’homme qui figure sur les photographies – Anabell Guerrero souhaite ne pas révéler son nom – vient de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre).

Mois après mois, des millions de personnes quittent leur pays. Elles partent parce qu’il n’y a rien là-bas, sauf tout ce qu’elles ont, et qui ne suffit pas pour nourrir leurs enfants. Naguère, cela suffisait. Cette pauvreté est le fait du nouveau capitalisme.

Au terme d’un long et terrible voyage, après avoir connu la bassesse dont les autres sont capables, après en être arrivés à croire en leur propre courage incomparable et obstiné, les émigrants se retrouvent à attendre dans quelque centre de transit étranger, et tout ce qu’il leur reste de leur continent d’origine c’est eux-mêmes : leurs mains, leurs yeux, leurs pieds, leurs épaules, leur corps, ce qu’ils portent et ce qu’ils rabattent sur leur visage la nuit pour dormir, faute de toit.

Les images d’Anabell Guerrero nous aident à comprendre que les doigts d’un homme peuvent être tout ce qu’il reste d’un lopin de terre labourée, ses paumes ce qu’il reste du lit d’une rivière, et que ses yeux renferment une réunion de famille à laquelle il ne peut se joindre. Portrait d’un continent émigrant.

John Berger - Dix dépêches sur le sens du lieu. Août 2005.

24 décembre 2007

Trois images de Johan Simen

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Johan Simen - Evidence of Things Unseen, 2000
Plusieurs photographes, à commencer par Sarah Moon et jusqu'à Severine Thevenet aujourd'hui, semblent partager cette idée qu'en regardant longtemps un enfant peut distinguer ce que nous, adultes avec des yeux d'adultes, sommes devenus incapables de voir.

 
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Johan Simen - Evidence of Things Unseen, 2000
Et cette idée me parle, je crois qu'elle ne me quitte plus et en présence d'un enfant, je passe de plus en plus de temps à guetter ce que fixe face à lui son regard immobile. La pupille ne semble pas devoir régler sa vision sur les objets qui l'entourent, mais scrute au contraire l'espace entre les choses, occupée à creuser le vide au devant pour y trouver matière à nourrir les pensées qui en naissent.
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Johan Simen - Evidence of Things Unseen, 2000

Et ce regard perdu, fixé trop longtemps sur le vide, semble gêner nombre d'adultes qui l'associent d'emblée, dans leurs remontrances et leurs plaintes, aux pensées dangereuses, nocives pour son avenir, d'un gamin occupé à rêver.