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29 mars 2008

L'œil de Simon

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© Simon Roguet 

« Il est pourtant difficile de faire rêver avec des photographies, écrit Simon Roguet. Bien souvent l’implacable exactitude du regard photographique heurte l’imaginaire et rend difficilement accessible ce type de projet. Avec Litli soliquiétude, Séverine Thevenet et Catherine Leblanc réussissent avec brio ce beau pari. » La suite de l'article est sur le site de M'Lire, la librairie où travaille Simon à Laval.

Simon Roguet est donc libraire, mais photographe aussi alors un jour on a parlé, je m'en souviens, la première fois à Montreuil cet automne. Ses photos aussi je m'en souviens, elles étaient dans un numéro de Citrouille l'an dernier, pour illustrer les chroniques de Madeline Roth. Des photos qui racontent et ajoutaient aux mots de Madeline une errance. Depuis ses photos on les guette, et surtout celles qui mettent en scène des albums à l'intérieur d'un décor. C'est une drôle d'idée, simple et pas du tout habituelle, de raconter encore à partir d'un livre qu'on montre autrement, qu'on montre oublié dans la vie qu'on traverse un peu vite, en regardant pas assez forcément. C'est une idée d'enfant qu'il met en ligne encore ici, sur L'œil de Simon, et qu'il faut aller voir. Parce que les idées d'enfants ne s'incarnent pas si souvent dans la vie des adultes, et que sinon la vie serait moins similaire. 

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Ceci n'est pas un éloge mais le plus précieux, je crois, c'est que Simon est aussi un libraire en colère. Quand je portais les premiers albums d'Où sont les enfants? jusqu'aux aux librairies, je rencontrais souvent la colère des libraires, une colère que j'aimais bien, que je partageais une fois sur deux en m'étonnant aussi que cette colère ne s'écrive pas. Pas assez puisque partout elle éclatait. Je ne connaissais pas encore Simon et c'est vrai, je n'avais pas repéré la route qui va jusqu'à Laval loin d'ici. Sur Livres échanges, Simon Roguet raconte ses colères. Par exemple en décembre : « Je m’imagine tout à fait dans la peau d’un lecteur du Monde, je suis le père d’un ado heureux et accompli, je lis cet article. Là évidemment, je m’affole et je lui interdis illico de lire toute cette littérature malsaine. Et je maudis mon libraire qui me l’a conseillée, et je maudis les documentalistes du CDI de mon fils, et je maudis les bibliothécaires de mon village. Tous liés, tous pareils… à promouvoir une littérature dangereuse. Ah mais non j’oubliais… je ne dois pas parler de littérature. La littérature, c’est justement la seule notion qui manque dans cet article du Monde. L’auteur ne s’est pas posée la question qui me semble pourtant au centre de ce que devrait être ce débat. Ces livres sont-ils ou non de bons romans? Sont-ils bien écrits? Où est la littérature dans tout cela? » Et là déjà la signataire de l'article. D'ailleurs tout le monde a déjà oublié son nom, tant mieux. Cette colère-là est importante. Nécessaire. Déterminante pour ce qui vient demain. Allez voir votre libraire, demandez-lui ses colères.

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© Simon Roguet 

21 mars 2008

Des images du pays des merveilles au Bouscat

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La géographie est un apprentissage permanent. En partant au Bouscat j'imaginais me rendre dans un village aussi petit qu'ici. L'atlas dans la voiture est maintenant usé jusqu'à la trame, je n'ose plus tourner ses pages de peur qu'elles ne s'envolent. Mais c'est là, tout près de Bordeaux donc, aux murs de la médiathèque qu'est accrochée l'exposition de Juliette Armagnac. Avant d'abriter des livres le bâtiment servait de Bains-douches. La lumière du jour traverse encore le toit vers les étagères de bouquins, et l'équipe qui travaille à l'intérieur de cette lumière porte une curiosité, une gentillesse qui font aimer d'emblée l'idée de lecture publique.
 
En attendant le salon du livre jeunesse qui aura lieu du jeudi 27 au samedi 29 mars, il y a les images de Juliette. Elle y rencontrera des classes autour de l'album Prénom Camille et des photos qu'elle réalise pour Alice au pays des merveilles. Seront aussi présents au salon Mylène Baptista, Hubert Ben Kemoun, Betty Bone, Eva Kristina Mindszenti, Rachel Hausfater, Ilya Green, Sophie Dieuaide et Jean-Marie Henry. L'affiche est belle comme un printemps qui explose. Caroline Laboyrie tiendra là-bas un stand avec nos livres alors merci, merci de donner à lire des livres qui cherchent, chacun par son chemin, à donner aux enfants qui veulent regarder mieux la haute intensité qu'apportent parfois les images.
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10 mars 2008

Le mot «petit» en islandais

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Litli est le dixième livre d'Où sont les enfants ?. La dixième aventure. Avec ce drôle de mot, soliquiétude, qui mélange la solitude à la quiétude, le silence à la sérénité. Litli veut dire « petit », en islandais. C'est un petit bonhomme, dans une ville en noir et blanc, qui « marche toujours sur les mêmes lignes ». Mais il y a la couleur, ailleurs, sur les murs de la chambre et bientôt sous ses pas. « Si tu regardes longtemps, même une pierre finit par s'ouvrir ».

Un livre – un beau livre – c'est un voyage. On laisse les villes, et les pavés, et l'habitude et on « fait naître le monde », ailleurs. Les mots de Catherine Leblanc s'effacent lorsqu'il n'y a rien à dire de plus que ces géants dans le paysage. La dernière image montre Litli dans une chambre en couleur. La photo au mur est en noir et blanc. Entre la première et la dernière image, Litli a trouvé. Ce que l'on ne trouve peut-être que dans l'ailleurs et la solitude, ce que l'on ne trouve peut-être qu'en dehors de soi. L'invisible ?
 
Madeline Roth 
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  Les formes remontent du fond des âges

06 mars 2008

Dans la langue des enfants

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Catherine Leblanc écrit des récits, des poèmes dans la langue des enfants. La simplicité se conquiert, elle n'est pas donnée d'emblée m'écrivait-elle tout à l'heure. Et je sais qu'elle a raison. La simplicité est un travail périlleux pour les écrivains, une façon de retirer ses vêtements et d'avancer nu dans une foule qui s'est parée de vêtements séduisants. Face à la langue technicienne des journaux, face aux langues de séduction et de camouflage qu'on parle tous les jours, l'écrivain véritable est celui qui continue de parler et d'écrire à voix nue.
 
Dans tous ses livres Catherine continue ce travail élémentaire, primordial, elle y parle à voix nue. La simplicité dont elle parle, d'accord avec elle, elle se conquiert page après page, mais je sais qu'elle existe et scintille depuis longtemps à l'intérieur de son écriture. C'est elle aussi que je cherche chaque fois que je reviens lire ses textes. Et parce que c'est le printemps des poètes, Catherine signera ses livres à La Luciole, la librairie Sorcière qu'on trouve à Angers, rue des Poëliers. J'y suis allé hier porter Litli, curieux aussi de découvrir une librairie jeunesse où je n'avais pas encore mis les pieds.
 
Sur la vitrine était affiché un poème de Catherine, le texte d'un album qui vient de paraître aux éditions Sarbacane : Viens, on va chercher un poème. Le titre à lui seul est déjà une trouvaille, une révolution qu'on pourrait commencer aujourd'hui pour changer vite, c'est urgent, la vie des enfants qui n'en peuvent plus de ces vies qu'on leur donne. Imaginez : Allez venez les enfants, aujourd'hui c'est pas pareil, aujourd'hui on va chercher un poème ! Et la vie change, celle des enfants, celle des parents, la vie des gens.
 
Dans la vitrine de la Luciole sont affichées des phrases comme « Il n'est pas facile à trouver, perdu dans la foule.» ou encore « Est-ce que c'est un poème qui boitille en parlant tout seul ? Pourquoi pas ?» J'y suis allé. Les phrases je les ai vues et la rue des poeliers n'était déjà plus une rue marchande comme les autres, il y avait de la poésie en travers, les mots de quelqu'un qui écrit à voix nue.
 
Allez-y voir, lire et relire. Vous verrez. C'est devenu un phénomène dans le boucan obligatoire, face à la surenchère des discours énervés : quelqu'un qui écrit à voix nue.
 
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27 février 2008

Les enfants sont des prisonniers politiques

 

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Robin Rhode, Marongrong, 2002, Digital animation
  © R. Rhode & galerie Perry Rubenstein, New York

Derniers humains à n'avoir pas encore le droit de vote, comme autrefois les femmes et les esclaves, comme aujourd'hui certains condamnés, les enfants d'ici et maintenant subissent un système qui a longtemps prétendu préparer leur avenir, alors qu'il n'est plus question désormais que de le saccager au plus vite. Les lois du commerce s'étendent aujourd'hui jusqu'aux écoles, jusqu'au creuset des vies familiales, encore renforcées par une logique de contrôle systématique (fichier "Base-élèves") et la volonté de faire porter aux enfants tout le poids d'une mort industrielle, dernière avancée d'un totalitarisme bio-politique qui ravagera les possibilités d'une pensée inventive propre à l'enfance, joueuse et capable encore d'échapper, de donner naissance à d'autres formes de vivre-ensemble.
 
Il n'y a donc plus de cabanes dans les arbres, plus trace d'aucun refuge pour des enfants-pirates qui rêveraient d'échapper. Alors parions que les livres pourraient devenir cabanes et radeaux imaginaires pour chercher une issue, dégager un chemin. Parions que les livres soient devenus les derniers radeaux possibles pour relier les enfants d'aujourd'hui à ce qui s'invente ailleurs, ultime résistance aux nouvelles formes de dictatures commerciales et biopolitiques.
 
Rue du monde a voulu créer des livres pour un enfant citoyen. Le projet était sûrement nécessaire, et c'est un consensus aujourd'hui que de penser qu'en devenant citoyen, l'enfant construira mieux son avenir, une idée à laquelle nous voudrions pouvoir continuer de croire. Mais en dix ans le monde a tourné, et l'on ne devient plus citoyen quand auparavant on fait de vous une proie, un prisonnier politique incapable de se défendre, incapable de se révolter et d'apprendre à penser. A nos yeux aujourd'hui, il est urgent de créer des livres pour des enfants pirates.
 
En 1720, le pirate Bellamy déclarait à l'ouverture de son procès : « Ils nous condamnent, ces crapules, alors que la seule différence entre eux et nous, c’est qu’ils volent les pauvres grâce à la loi, et que nous pillons les riches armés de notre seul courage. » Les pirates d'aujourd'hui ont d'autres visages mais des convictions similaires, qu'ils soient réfugiés dans les forêts du Chiapas ou qu'ils deviennent faucheurs volontaires, qu'ils pratiquent le "terrorisme poétique" ou le "sabotage artistique", qu'ils œuvrent au sein des black blocs ou embarquent sur le Steve Irwin de Sea Shepherd pour dérouter les flottes baleinières, peu importe, il s'agit de raconter aux enfants, d'indiquer envers et contre tous les consensus que le totalitarisme marchand n'a pas encore cadenassé complètement l'horizon.
 
Les enfants sont des prisonniers politiques ? Les utopies pirates leur apprendront peut-être à échapper à une enfance devenue partout carcérale. 
 

23 février 2008

Litli, soliquiétude

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L'histoire de Litli remonte à 2001.

Inspirée au départ par mes études d'ethnologie, avec un intérêt particulier pour le chamanisme, le sacré et la mythologie nordique, ainsi qu'un travail en parallèle avec la plasticienne Midori Sakurai sur la trace de lumière, je décidai de créer ces formes invisibles à l'œil nu dans les décors naturels d'Islande, puis de faire un livre d'artiste sur ce thème.

Après un an de recherche, je pouvais enfin réaliser ce projet (soutenu par Hertz, Défi jeunes paris et Icelandair).
Par contre, peu de temps avant de partir, c’est mon assistant photo qui devint invisible et je me retrouvais à partir seule. Pendant un mois, ce fût une rencontre magique avec la couleur, la matière, la nature et je faisais en photo tout ce que je détestais faire avant : du paysage et de la couleur.

Je me retrouvais seule dans la nature a chercher l'invisible, sans artifices ni mise en scène.

De ce premier voyage ressortit une première série de paysages intitulée Soliquiétude.
Le début de l'histoire de Litli commençait là : je voulais faire un livre avec ces images et raconter, partager cette aventure personnelle dans la nature, ma vision de l'invisible.
Après plusieurs tentatives d'associations à d'autres dessinateurs, graphistes ou auteurs, je compris que Litli était une aventure personnelle et que pour la partager, il fallait d'abord aller au bout de celle-ci…  Seule.
En tant que photographe et marionnettiste, il était évident qu’il me manquait un personnage pour raconter mon histoire. Je trouvais Litli par hasard, dans un vide grenier près de Lyon, je l’adoptais immédiatement puis l'habillais pour le grand voyage. En trouvant le moyen de repartir en Islande (comme cuisinière et guide touristique pendant 5 semaines), je pouvais retourner au milieu de ces paysages qui me manquaient et m'inspiraient tant pour réaliser mon projet.

A mon retour, j’ai fait les images noir et blanc de Litli à Paris et à Lyon.
Litli raconte cette rencontre avec la nature, avec soi, avec l'autre. Litli raconte le passage, la transition, la naissance ou la renaissance. Pour moi l’Islande à été comme un voyage initiatique, tout ce que je détestais en photo est devenu alors un plaisir, photographier en couleur des paysages « vides».

e03b792c97c1bf6583069784fe4863f5.jpgEnsuite, il y eut la rencontre et les commentaires de quelques éditeurs, jusqu'à Où sont les enfants ? qui ont ouvert les bras à Litli et l’ont adopté tel qu’il était.
Alors Litli se lisait seul, sans texte, car c’est dans le silence que j’avais fait ce voyage.
 Seuls les mots de Catherine Leblanc ont su faire leur place : Ils ouvraient de nouvelles portes dans mes images et dans l histoire. Et quand j’ai découvert, pour la première fois, la phrase «  Y-a t'il de l air entre les pavés ? », je redécouvrais mon image. Cette phrase, écrite par Catherine Leblanc, m’emmena encore ailleurs et poussa mon imagination, j’avais envie de faire la suite de Litli, d’écrire à nouveau.

Litli est un livre sauvage, instinctif et sincère…

Severine Thevenet

Merci à toi Sève. 

09 février 2008

L'autre plaisir

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© Isabelle Simon

L'autre plaisir, tout aussi impur, vient des photos qu'on découvre. Des photographes nous envoient leurs images, qu'elles arrivent par la poste ou par e-mail, ces images montrent des livres possibles, des livres qu'on imagine, des livres auxquels on n'aurait pas osé rêver. Isabelle Simon, il y a longtemps qu'on a envie d'un livre avec ses photos. De temps en temps on se croise, elle a dans son sac des images auxquelles elle travaille, toujours en train d'explorer mise en scène et photo. Á St-Paul elle nous montre des collages, c'est de la contrebande, un monde à la Prévert.

 
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 © Mireille Loup
 
Quand Mireille Loup expose, elle nous envoie aussi des images. Les photos de sa dernière série, Nocturnes ou les garçons perdus seront exposées au Musée d’art moderne et musée d’art contemporain de Liège, à partir du 16 février, à l'occasion de la 6ème Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège. On les accroche au mur du local, et ses photos accompagnent les journées de travail, en attendant de devenir les pages d'un livre.
 
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  © Rozenn Quéré
 
ed3ac6ee0cf23d3702af31077c344df9.gifEt quand Rozenn Quéré écrit à Où sont les enfants ? , elle signe avec ses drôles de «schyzochromes», des photos pleines d'humour qui ont donné naissance au dernier livre du Mouton cerise

 

05 février 2008

« Où sont, où sont les enfants ?... »

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« Les enfants ! Où sont les enfants ? »

Où ? nulle part. L'appel traversait le jardin, heurtait le grand mur de la remise à foin, et revenait, en écho très faible et comme épuisé : « Hou... enfants... » Nulle part. Ma mère renversait la tête vers les nuées, comme si elle eût attendu qu'un vol d'enfants ailés s'abattît. Au bout d'un moment, elle jetait le même cri, puis se lassait d'interroger le ciel, cassait de l'ongle le grelot sec d'un pavot, grattait un rosier emperlé de pucerons verts, cachait dans sa poche les premières noix, hochait le front en songeant aux enfants disparus, et rentrait.
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« Où sont les enfants ? » Elle surgissait, essouflée par sa quête constante de mère chienne trop tendre, tête levée et flairant le vent. Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu'elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d'un brûlant velours de rhum et de confitures. Un grand tablier bleu la ceignait, si elle avait lavé la havanaise, et quelquefois elle agitait un étendard de papier jaune craquant, le papier de la boucherie ; c'est qu'elle espérait rassembler, en même temps que ses enfants égaillés, ses chattes vagabondes, affamées de viande crue...

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- Demain, je vous enferme ! Tous, vous entendez, tous !
Demain... Demain l'aîné, glissant sur le toit d'ardoise où il installait un réservoir d'eau, se cassait la clavicule et demeurait muet, courtois, en demi-syncope, au pied du mur, attendant qu'on vînt l'y ramasser. Demain, le cadet recevait sans mot dire, en plein front, une échelle de six mètres, et rapportait avec modestie un oeuf violacé entre les deux yeux...
- Où sont les enfants ?
Deux reposent. Les autres jour par jour vieillissent. S'il est un lieu où l'on attend après la vie, celle qui nous attendit tremble encore, à cause des deux vivants. Pour l'aînée de nous tous elle a du moins fini de regarder le noir de la vitre, le soir : « Ah ! je sens que cette enfant n'est pas heureuse... Ah ! je sens qu'elle souffre... »
Pour l'aîné des garçons elle n'écoute plus, palpitante, le roulement d'un cabriolet de médecin sur la neige, dans la nuit, ni le pas de la jument grise. Mais je sais que pour les deux qui restent elle erre et quête encore, invisible, tourmentée de n'être pas assez tutélaire : « Où sont, où sont les enfants ?... »

Colette, La Maison de Claudine, 1922.
Photos, marionnette de Severine Thevenet

29 janvier 2008

Le désir de prodige

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Page 3 du catalogue.
Photo de Severine Thevenet. 

28 janvier 2008

Naissance de Litli Soliquiétude

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Litli Soliquiétude, l'album de Severine Thevenet et Catherine Leblanc vient d'être imprimé, plié et cousu à l'imprimerie Lussaud, à Fontenay-Le-Comte en Vendée. Demain matin, il fera le voyage en camion jusqu'à Toulouse pour recevoir une couverture. Plus que quelques jours, promis, avant de pouvoir le feuilleter en librairie. Et puis on vient tout juste de mettre quelques pages en ligne pour les plus impatients, à commencer par Severine dont c'est le tout premier livre.