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05 mai 2008

Histoires de cœur


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© Susanna Majuri - Ammæli (Anniversaire) - 2007 

Susanna Majuri a accroché ses photographies dans un village entre Sarrant et Lectoure. C'est à Miradoux, loin de tout mais pas trop d'où on vit, quelque part dans le Gers et il faut se garer devant l'église, chercher dans les ruelles à 14 heures quand le soleil va cogner. Rien n'indique le lieu où sont cachées les photos, les volets sont fermés et il faut chercher un peu, s'approcher d'une halle où des enfants jouent dans l'ombre sur un sol de ciment. Deux filles et un garçon qui s'ennuient comme on s'ennuie dans les villages. La bibliothèque est fermée, pas d'autre lieu où aller alors ils laissent tomber le ballon, la trottinette et parlent à cette femme blonde qui leur demande ce qu'ils pensent des photos. Il y a sept ou huit images dans une salle nue et une mauvaise lumière qui éblouit. Eux disent que ça parle d'amour. Des filles qui se suicident pour des histoires d'amour et c'est tout.

Peut-être qu'ils en veulent plus. Plus d'images, plus d'histoires. Ils ont piqué les rampes d'accès qu'ils transforment en tremplin pour la trottinette. L'exposition porte un titre qui voudrait raconter : Histoires de cœur, ça suffit pour l'envie d'aller voir mais pas ce samedi au soleil. Personne ne vient regarder, personne ne sait que les photos semblent arrachées d'un film qu'on ne pourra pas voir, un film qui n'existe même pas, l'histoire d'une jeune femme toujours seule dont le visage est caché. Elle est perdue, errante. Et elle cherche une autre présence que les lieux dissimulent. Face à elle, au dessus du cheval il y a deux mots inscrits à la peinture rouge, HAFA LOKAO, et les enfants de Miradoux ne savent pas ce qu'en finlandais ça veut dire. Qui sait ? On ne sait pas non plus de quoi c'est l'anniversaire et tant mieux, le point d'interrogation que garde une photo qu'on a pourtant scrutée, longtemps regardée c'est la montée des sentiments dans l'image.

En Finlande ils sont plusieurs photographes à approcher ce qui tremble, difficile à montrer. Dans le catalogue d'une exposition au musée de la photo, à Helsinki, Haari Laasko écrivait : « La photographie est souvent un art des petits moments, et donc idyllique. Le mot idylle vient de eidylion, ce qui signifiait à l'origine petite image. Les idylles alors abritaient toujours une idée de petitesse en elles. Dans son étymologie enfantine, l'idylle était aussi petite qu'un enfant, l'enfance d'une image. » C'est une définition que j'ai envie d'aimer, de questionner. Que j'apprendrais par cœur si j'avais la mémoire.

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 © Susanna Majuri - Salme - 2007

Plus d'info sur l'expo : Cheminements  

15 avril 2008

Litli à Reykjavik

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© Severine Thevenet - Jardin de baby alone 

L'exposition des photos de Litli sera visible à Reykjavik, à la bibliothèque de la ville, à partir du vendredi 25 avril. Vernissage à 17h. Si le cœur vous en dit on se retrouve là-bas. Litli y sera avec Severine, un peu comme une cérémonie : retourner avec le livre dans le paysage des images. Et pour ceux qui redoutent le Grand Nord, l'expo sera aussi visible en juin à Pradines, pour les rencontres autour du livre jeunesse que la Bibliothèque Départementale du Lot y organise. En juillet, Litli sera présent à Arles, à l'occasion des Rencontres Internationales de la Photographie. Et puis ensuite Litli ne demande plus qu'à voyager, aussi loin qu'il pourra. Après l'été il est prévu qu'il aille du côté de Grenoble, puis dans les Landes et même jusqu'en Espagne.

Mais d'ici-là, Severine Thevenet participera à un atelier destiné à un public d'enfants autour de ses photos - le dimanche 27 avril -  15h à la Bibliothèque de Reykjavik. Elle interviendra également dans les écoles et, le mercredi 30 avril, à l’Alliance française pour un atelier lors du cours de français pour enfants. On racontera les rencontres, les visages, les mains qui tourneront les pages. Avec des phrases et des photos, promis, un peu comme dans les livres qu'on voudrait fabriquer.

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21 mars 2008

Des images du pays des merveilles au Bouscat

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La géographie est un apprentissage permanent. En partant au Bouscat j'imaginais me rendre dans un village aussi petit qu'ici. L'atlas dans la voiture est maintenant usé jusqu'à la trame, je n'ose plus tourner ses pages de peur qu'elles ne s'envolent. Mais c'est là, tout près de Bordeaux donc, aux murs de la médiathèque qu'est accrochée l'exposition de Juliette Armagnac. Avant d'abriter des livres le bâtiment servait de Bains-douches. La lumière du jour traverse encore le toit vers les étagères de bouquins, et l'équipe qui travaille à l'intérieur de cette lumière porte une curiosité, une gentillesse qui font aimer d'emblée l'idée de lecture publique.
 
En attendant le salon du livre jeunesse qui aura lieu du jeudi 27 au samedi 29 mars, il y a les images de Juliette. Elle y rencontrera des classes autour de l'album Prénom Camille et des photos qu'elle réalise pour Alice au pays des merveilles. Seront aussi présents au salon Mylène Baptista, Hubert Ben Kemoun, Betty Bone, Eva Kristina Mindszenti, Rachel Hausfater, Ilya Green, Sophie Dieuaide et Jean-Marie Henry. L'affiche est belle comme un printemps qui explose. Caroline Laboyrie tiendra là-bas un stand avec nos livres alors merci, merci de donner à lire des livres qui cherchent, chacun par son chemin, à donner aux enfants qui veulent regarder mieux la haute intensité qu'apportent parfois les images.
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09 février 2008

L'autre plaisir

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© Isabelle Simon

L'autre plaisir, tout aussi impur, vient des photos qu'on découvre. Des photographes nous envoient leurs images, qu'elles arrivent par la poste ou par e-mail, ces images montrent des livres possibles, des livres qu'on imagine, des livres auxquels on n'aurait pas osé rêver. Isabelle Simon, il y a longtemps qu'on a envie d'un livre avec ses photos. De temps en temps on se croise, elle a dans son sac des images auxquelles elle travaille, toujours en train d'explorer mise en scène et photo. Á St-Paul elle nous montre des collages, c'est de la contrebande, un monde à la Prévert.

 
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 © Mireille Loup
 
Quand Mireille Loup expose, elle nous envoie aussi des images. Les photos de sa dernière série, Nocturnes ou les garçons perdus seront exposées au Musée d’art moderne et musée d’art contemporain de Liège, à partir du 16 février, à l'occasion de la 6ème Biennale internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège. On les accroche au mur du local, et ses photos accompagnent les journées de travail, en attendant de devenir les pages d'un livre.
 
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  © Rozenn Quéré
 
ed3ac6ee0cf23d3702af31077c344df9.gifEt quand Rozenn Quéré écrit à Où sont les enfants ? , elle signe avec ses drôles de «schyzochromes», des photos pleines d'humour qui ont donné naissance au dernier livre du Mouton cerise

 

27 janvier 2008

Angelle d'un jour

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Presque chaque jour, Angelle met en ligne une image comme on donne de ses nouvelles. Et ses photos sont comme des lettres qu'elle envoie pour dire la vie ça va, j'explore ce que mes yeux peuvent voir, je traque la beauté là où personne ne semble la voir.
C'est sur angelle d'un jour que j'ai trouvé ce matin cette image. Et c'est un peu de la beauté dont on besoin tous les jours.

12 décembre 2007

Les reines rouges à Sainte-Livrade

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Non, Juliette ne fait pas que des photos.
Depuis gamine elle dessine, c'est ce qu'elle dit.
Ses drôles de reines rouges sont exposées à Sainte-Livrade sur Lot, capitale européenne de la culture en 2008.

06 octobre 2007

Les enfants d'Helen Levitt


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  Helen Levitt - New York, 1959

    Parmi les livres que j'accumule sur la table où je travaille, je retrouve ce texte d'Hervé Guibert, qui semble répondre aux commentaires de Sophiegda.

    Paru dans le journal Le monde pour lequel il chroniquait expos et festivals photo, en 1981, il a été  réédité dans le recueil d'articles que Gallimard a publié en 1999, La photo, inéluctablement :

LES ENFANTS D'HELEN LEVITT 

    En 1940, à New York, dans les quartiers pauvres, à Harlem, dans la banlieue de Brooklyn, les enfants sont dans la rue. Ils jouent avec trois fois rien, masqués d'un morceau de papier, ils deviennent des gentlemen louches, puis ils se transforment en gangsters et en flics, ils se tuent, ils s'embrassent, ils se contorsionnent, ils se dénudent pour se doucher sous les geysers des lances à incendie, puisqu'une nouvelle loi le leur permet. Ils grimpent aux arbres comme de petits singes accrochés à la vie, ils inventent tous les drames, ils caricaturent les actions des adultes, et une femme est là pour les regarder, à distance, et pour capturer leur génie inconscient.

    En 1940, Helen Levitt a vingt-deux ans. Elle vient de découvrir la photo, à travers une exposition de Cartier-Bresson qu'elle n'a pas encore rencontré. « Mon inspiration a été Henri, raconte-t-elle. J'ai vu quelques-unes de ses photographies, dans les années trente, je ne me souviens pas où. A l'époque, je n'avais pas d'ambitions particulières, je venais d'une famille pauvre de la banlieue de Brooklyn, j'avais arrêté mes études, j'étais une drop out. D'abord, je n'ai pas compris ce que je regardais, mais j'ai réalisé l'infini des possibilités. Ses photos m'ont révélé un moyen d'être en vie. Je devais trouver mon propre chemin.

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 Helen Levitt - New York City, 1973 

    « J'ai commencé à travailler dans les quartiers pauvres, parce que là les gens vivaient leur vie dans la rue. Dans les quartiers riches, ils s'enferment dans les étages. Et, dans les quartiers d'affaires, ils courent trop vite. Je n'étais pas bonne pour le mouvement, j'étais meilleure pour les choses établies. Je m'asseyais sur les escaliers, je marchais beaucoup, seule, il y avait beaucoup à voir et beaucoup à photographier. Je n'avais pas de relations avec les gens, je restais à distance et je m'évanouissais dès que la photo était prise, vous savez comment travaille Henri.

    « Depuis, New York a beaucoup changé. Dans les années quarante, les gens ne voyaient pas l'appareil photo. Maintenant tout le monde est conscient, tout le monde possède un appareil, et c'est très difficile de prendre une photo sans se faire remarquer. Les gens vous disent : "Vous allez mettre la photo dans un magazine, vous allez m'exploiter." Dans les quartiers pauvres, à cause de la drogue, on vous prend pour un espion de la police. Les gens deviennent agressifs. Il n'y a plus que dans  les quartiers d'affaires qu'ils ne remarquent pas l'appareil, ils courent, ils n'ont le temps de rien voir.

    « Les adultes sont toujours assis ou debout. Les enfants prennent mille positions. Si j'ai eu cette attraction pour eux, ce n'est pas parce qu'ils sont mignons, comme on dit, mais parce qu'ils ne sont pas statiques. Ils ont des émotions, ils sont imaginatifs, ils jouent, et leurs relations s'inversent constamment dans le jeu, ils se masquent, ils s'assemblent par compositions.»

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Walker Evans

Children playing on the street, 1938 

    Vers la fin des années trente, Helen Levitt va trouver Walker Evans , qui a une trentaine d'années, pour lui montrer ses photographies et lui demander conseil, comme les jeunes photographes viennent maintenant la trouver. « Nous sommes devenus amis, raconte-t-elle, et j'ai passé beaucoup de temps avec lui. Il m'a appris un grand nombre de choses, mais pas spécialement en photographie, il n'était pas un professeur. L'entendre parler d'art ou de littérature à ses amis était déjà une sorte d'instruction, il ne travaillait pas beaucoup ; quand je l'ai connu, la plus grande partie de son œuvre était déjà accomplie.

    « Mais je l'ai accompagné quand il a eu l'idée de prendre des photos dans le métro. Nous étions assis l'un à côté de l'autre, et nous feignions de bavarder ; le fil du déclencheur était caché dans sa manche, il le tenait dans sa main et l'appareil pendait autour de son cou, comme une chose inactive. Maintenant, dans le métro, si vous vous asseyez en face de quelqu'un avec un appareil photo, il change aussitôt de place...»

    Aujourd'hui, Helen Levitt vit seule dans l'obscurité d'un dernier étage, pas très loin de Washington Square, dans le quartier des antiquaires. Les photos sèchent entre les pinces, prêtes à être envoyées à des collectionneurs. «Autrefois, raconte-t-elle, il n'y avait pas de marché de la photographie, et pas de pression pour ceux qui la pratiquaient. On était content quand on vendait une photo 5 dollars, mais ce n'était pas un moyen de survie.»

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Helen Levitt - New York City 

    Le chat est assoupi sur le canapé, Helen Levitt mange des graines de citrouille pour s'empêcher de fumer, elle n'aime pas parler de photographie, comme elle n'aime pas non plus les galeries de photo, dont elle a repoussé toutes les avances.

    Après de nombreuses interruptions, découragée parce qu'on lui avait volé son matériel, ou ne trouvant pas assez d'énergie pour mener de front un travail dans l'industrie cinématographique et la photographie, Helen Levitt s'est remise à prendre des photos, en couleurs, toujours des scènes de rue. Mais cette fois la couleur prend une sorte de signification émotive et humaine, et échappe au graphisme extérieur, au colorisme pur. « J'ai fait en couleurs la même chose qu'en noir et blanc, explique-t-elle, mais la couleur est plus facile. Avec elle on obtient plus de sensualité, elle donne immédiatement un matériel supplémentaire. Il y a certaines photos en couleurs que je ne prendrais pas en noir et blanc. Avec le noir et blanc, on a seulement la forme, le dessin et le sujet. »

                                                   Hervé Guibert.
 

05 octobre 2007

La vieille dame qui photographiait les enfants

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Helen Levitt - New York, 1980 
 

Si les rues de New York étaient des jardins, Helen Levitt aurait cherché ce qu'il y avait de plus intense à travers leurs allées. Et ses photos seraient remplies de fleurs. Mais les trottoirs d'East Harlem sont aussi verts que le ponton d'un porte-avion, seuls les gamins y poussent encore et c'est dans leurs visages que passe l'intensité. Alors Helen Levitt s'approche des coins où ils vont jouer, deux marches au seuil d'un immeuble, un morceau de trottoir où ils ont dessiné à la craie, et pendant 40 ans elle va s'y obstiner, tenace, certaine d'y approcher un trésor si elle apprend à ne pas effrayer. C'est dans leurs jeux sûrement que la vie passe, et dans leurs corps qu'elle viendra se montrer, elle sait tout ça d'instinct et les photos le vérifient. Son vieil instinct de femme qui court avec les loups. Alors elle y va, à la frontière des rues. C'est là qu'elle viendra prendre toutes ses images, avec dedans les yeux braqués sur elle.

 

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Helen Levitt - New York, 1940

 

Helen Levitt. Fondation Cartier-Bresson.
2, impasse Lebouis, Paris-14e.  Jusqu'au 23 décembre.

27 septembre 2007

Les lettres qui piquent

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Les lettres qui piquent
© Severine Thevenet / Où sont les enfants ?

 
C'est un livre à venir, un livre pour l'an prochain. Un texte de Catherine Leblanc reçu l'an passé, et des photographies de Severine Thévenet prises cet été à Vaillac. Severine vient de nous envoyer une image, proche de ce qu'elle avait à l'esprit pour le livre. On la découvre ce matin, en allumant l'ordinateur. Et de toute la journée l'image  ne s'en va pas, malgré les  coups de téléphone et les devis,  malgré  l'agenda qu'on remplit à ras-bord non, l'image ne s'en va pas.

18 juillet 2007

Trois photos de Marcella Barbieri

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© Marcella Barbieri, 2007

Parmi les photographes rencontrés aux Voies off, j'ai parlé de Marcella Barbieri. Elle vient de nous envoyer les 17 images de nuit qu'elle veut montrer, images annonciatrices d'un travail à venir, d'un creusement du regard dans la nuit qu'on arpente.

L'homme à tête de cheval j'en ai rêvé plusieurs fois, je l'ai raconté aux enfants, un rêve qu'on n'oublie pas avec un fleuve de boue et le bruit des sabots sur le pavement d'un pont qui s'effrite, comme si la boue du fleuve s'était gorgée de pluies acides pour entraîner, dans sa crue, le sable du ciment mal composé.

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© Marcella Barbieri, 2007

Je crois que ces photos n'ont pas encore été vues. Ni exposées, ni publiées. Je crois qu'avec les 14 autres, elles peuvent former l'esquisse d'un livre dont il suffirait d'écrire l'histoire, avec sur la table de nuit les contes d'Andersen, et dans l'arrière-boutique les accessoires d'un théâtre italien, celui où Pinochio a failli perdre la vie.
TB

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© Marcella Barbieri, 2007