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24 février 2009

Rapid Eye Movement

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© Cécile Menendez - Rapid Eye Movement

Depuis longtemps, depuis l'exposition cet automne à Voies off je voulais parler ici des images de Cécile Menendez. Parce qu'elles racontent, dans Rapid Eye Movement, le cœur secret et silencieux de ce partage des jours entre parents et enfants, entre mari et femme. Le récit se fait à la première personne, une première personne intensive, attendrie ou bouleversée, parce que celle qui raconte en photos est aussi une maman, une femme amoureuse, l'enfant d'un père qui a pris maintenant le visage d'un grand-père. Et parce que tous ces liens, filiaux et amoureux, viennent faire trembler l'image avec la voix nouée. Alors parler de ces images est périlleux. J'ai essayé, essayé et renoncé, incapable de trouver les mots pour nommer ce qui bouleverse dans chaque présence, des mots qui ne fausseraient pas la haute intensité d'intimité que ces photos apportent à qui veut regarder.

Pour la collection Focale, Cécile Menendez a accepté de réaliser les photographies de L'avenir, un roman de Catherine Leblanc. Et pour nous ça a été tout de suite un grand bonheur, imaginer maintenant qu'il y aura ces images, intensives et intimes, pour faire face à un récit qui porte lui aussi sa charge brute d'émotion.

 

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© Cécile Menendez - En attendant la mort annoncée de mon père

 

16 février 2009

Focale

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Photographie de Lucie Pastureau pour Septième

Inventer des livres prend du temps. Parfois cela dévore les journées tout autour, et puis cela déforme jusqu'au regard. A force on lit, on dévisage, on pense l'amour et les paysages en format 14 X 20, et puis on apprend à attendre. On garde en tête le très beau texte de Jean-François Manier, de Cheyne éditeur, qu'on a même affiché sur un mur, en guise d'espoir :

« Le livre est un tel enjeu qu'il exige d'autres critères de valeur que sa seule vitesse de rotation. Et je crois même que son irremplaçable richesse tient à ses lenteurs, à ses pesanteurs. Ce sont ces contraintes qui font du livre cette liberté qui dure. Oui il faut un autre temps pour le livre: un temps pour l'écrivain face à son oeuvre, pour l'artisan face aux papiers, aux encres, un temps aussi pour le bibliothécaire en ses choix, le libraire en son commerce, comme pour le lecteur en son plaisir. »

Où sont les enfants ? réfléchit depuis deux ans à une collection de romans pour adolescents, avec des photos évidemment, puisque tel est l'enjeu, le rêve, le cap qui nous donne en vie. Pas des romans photos, non, l'appelation serait trompeuse. Peu à peu on a aussi forgé ce mot, Photolittérature. Et pour cette collection, FOCALE, des romans qui donneraient à lire et à voir l'adolescence, dans ce qu'elle a d'intense, de précieux, de fragile et d'unique.

Et puis un jour d'été on découvre le travail de
Lucie Pastureau. Et l'adolescence est là, évidente, flagrante, immensément touchante et palpable, le grain des peaux, les nuits d'hiver et les zones franches.

Lucie Pastureau fabrique depuis l'automne des images à partir du texte Septième, un roman de Madeline Roth qu'on lui a donné très vite après cette première rencontre. La démarche inverse aurait consisté à trouver le texte à partir de l'univers d'un photographe, mais ici, l'enjeu pour Où sont les enfants ? était de faire correspondre deux univers, l'un se disant par la langue et l'autre par les images, de faire qu'ils se fécondent pour assembler leurs différences en un seul livre. C'est la première image visible de Septième, l'un des deux premiers livres à paraître pour commencer la collection FOCALE.

16 janvier 2009

Deux autres photographies de Maïa Roger

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Pour le plaisir des fascinations partagées.
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Et sur le site de la Dorothy's Gallery, à Paris, où Maïa Roger participait à l'exposition Fables contemporaines, en compagnie de Katrin Vierkant et Valentine Fournier  : Maïa Roger travaille sur la fiction, sous forme de mises en scène, d'amorces de récits fantastiques, d'histoires inventées.
Son travail évoque l'univers du conte, galerie de personnages extravagants, monstrueux, drôles, mystérieux dans un décor rural où se nouent des intrigues énigmatiques.

13 janvier 2009

Les photographies de Maïa Roger

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Les photographies de Maïa Roger étaient affichées depuis longtemps au mur de la grange aux livres, derrière la rue à Vaillac. Au dessus de la photocopieuse et tout près du téléphone, si bien que je pouvais les scruter plusieurs fois par jour en parlant d'autre chose. Elles faisaient partie des quelques images que j'avais fini par connaître par coeur, petit morceau de mémoire autour duquel la rêverie peut embrayer sans forcer. Chacune des mises en scène de Maïa Roger convoque le monde confus des contes, là où les animaux peuvent parler à leur tour, accrocher aussi des rideaux aux fenêtres du terrier, parler d'amour comme on parle du beau temps, allongés dans l'herbe des pentes à l'automne.

Ce sont des images qui ont le pouvoir de raconter tout en renouant avec une amitié instinctive pour les présences animales, une amitié propre à l'enfance et qui s'en ira vite, plus tard, dans l'apprentissage du monde adulte où les animaux se verront relégués à l'écart. C'est cette enfance amicale, intriguée, instinctive que Maïa Roger parvient à approcher en images, et cela provoque une fascination qui ne se défait pas, se creuse à chaque nouvelle prise de vue.

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Pour voir l'ensemble du travail de Maïa Roger, c'est ici et ça vaut la peine. En page d'accueil il est écrit STORIES puis Chapter 1- regardez les deux mains animales qui s'emparent - Chapter 2 - approchez les juments, la nuit va tomber -  Chapter 3 - c'est l'amitié de l'ours comme un apprentissage, trois chapitres et c'est tout, tout le mystère d'une narration photographique qui se déploie. Faites le tour, n'hésitez pas. Il y a de la beauté à l'état brut, c'est-à-dire l'inquiétante étrangeté qu'on a piégée en photos. Et en échange, vous nous direz si la fascination se partage ?

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08 septembre 2008

Frail Heroines

La photo était accrochée dans la cuisine depuis juillet.

Hier c'était le dernier jour de l'exposition. On s'est perdus pour y arriver.

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Des fenêtres du Centre d'art contemporain intercommunal d'Istres, on voit les ruelles pavées et une petite fille en robe bleue princesse qui se tient très fière la main gauche sur la hanche. L'exposition Frail Heroines & Songs réunit une sélection de tirages réalisés entre 2005 et 2008 par la photographe arlésienne Caroline Chevalier.

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Des portraits de femmes, fragiles, saisies chez elles, dans la nudité d'un décor (« Cela créé une intimité, on a la sensation d'être invité, mais par effraction, on dérange une solitude ») ; ou en extérieur, comme posées là, incongrues, en décalage, témoins curieux d'un espace hors du temps où une jeune reine descend les marches d'un bassin vide. Quatre salles je crois, et dans la lumière du soleil qui enfle lorsqu'on quitte le Centre, la même et étrange impression de solitude qui suintait une nuit de juillet dernier du travail de Cécile Menendez.

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Cécile Menendez et Caroline Chevalier étaient deux des photographes exposés dans les Voies Off des Rencontres Internationales de la Photographie d'Arles cet été. On n'a pas fini de chercher à dire pourquoi leurs solitudes se rencontrent - et dépassent quelque chose. Donnent.

« C'est au "creux" même de ces instants vides (...) que se dessinent des lignes de fuite et de résistance. » (Jean-Emmanuel Denave, extrait du catalogue de Lyon, Septembre de la photographie 2008).

                            m.

 

24 juin 2008

Alice

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© Alice Sidoli / Où sont les enfants ?

Image réalisée pour l'album La chaise vide (à paraître). 

C'était il y a quelques années. Ils jouaient dehors, l'enfant et le vieil homme, attablés. Je suis entrée pour les photographier à travers la vitre. J'aimais l'idée de leur voler cette intimité, tout en m'effaçant assez pour la leur laisser. C'était aussi, je crois, une manière d'être en-dehors, mais de témoigner.

Lorsque j'ai développé la pellicule, elle m'a dit « Tu as un regard ». Il y a des phrases d'elle qui m'ont marquée. Je sais depuis qu'écrire est aussi une façon de regarder. De donner des images, de les faire naître, lorsqu'elles-ci sont si imprégnées en nous que l'on tourne parfois une heure pour trouver trois mots, les trois mots justes qui diront, précisément, ce que l'on a vu.

Alice Sidoli est photographe, et nul besoin de la connaître pour ça. Juste à regarder ses images. Mais marcher avec elle, dans les nuits d'une ville orange, en donne la certitude. Elle s'arrête à chaque coin de rue. Elle guette les détails des ombres sur les murs, elle sait les passants, les mains tendues, les lumières et les courbes, les choses dans l'air, les routes à prendre. Elle a ce que Michael Freeman, et d'autres, appellent « l'oeil du photographe. « Cette façon si particulière de déceler en chaque chose vue une image potentielle ».

m.

06 juin 2008

les photos du dimanche

ça fait des jours que je cherche les mots pour raconter une image.

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C'est une photographie d'Isabelle Vaillant publiée dans la revue Envols d'Enfance. Alors quand je ne trouve pas les mots, je cherche ailleurs, ce que les autres ont dit avant moi. Je fouille pendant des heures dans cette toile gigantesque et terrifiante qui fait parfois oublier que des livres attendent sur la table près du lit. Hier soir, j'ai renoncé. J'ai pensé : tu ne pourras pas dire, à quel point cette image te touche. J'ai éteint l'ordinateur et j'ai pris le livre tout en haut de la pile. Les déferlantes, de Claudie Gallay. J'ai compris alors pourquoi cette image d'Isabelle Vaillant m'accompagnait autant. Parce qu'elle a soudain donné pour moi un visage à la narratrice de ce livre, qui cherche dans les vagues l'enfance qui ne guérit pas.

Lange--mother%20and%20child.jpgCe soir j'ai refait le chemin des autres jours. Qui m'a menée des photographies d'Isabelle Vaillant à celles d'Hugues de Wurstemberger et même, en cherchant encore, à celles de Dorothea Lange. C'est la couverture de L'histoire de Bone, de Dorothy Allison. ça rend un peu fou, Internet. On trouve des images quand on cherche des mots. Des bavardages quand on aspire au silence.

J'ai juste quelques pages à finir et Les déferlantes me quitteront. Avec cette image, qui reste. "Il faut du temps pour comprendre, pour découvrir que l'enfance, c'était la certitude de l'immensité." (Isabelle Vaillant)

m.

 

12 mai 2008

La Marcella

 

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Marcella Barbieri est une magicienne. Cette fois ce n'est pas seulement Où sont les enfants ? qui le raconte, mais l'équipe de VillaBar pour qui elle est venue faire des images : Elle arrive avec un gros sac dont elle sort un néon pour faire une épée de la Guerre des Etoiles, une longue vue en carton, des tissus rouges, verts, bleus, qu'on peut suspendre aux murs pour transformer un bar en palais vénitien, et tout un attirail de carnaval. Poser pour elle est facile, c'est un jeu. Les acteurs se reposent sous son objectif et les non acteurs deviennent acteurs. Et les photos ressemblent à des explosions de couleurs.

Et maintenant la Marcella a un site où l'on peut voir ses photos prises la nuit : http://www.marcellabarbieri.net/nuits.html 

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10 mai 2008

Mises en scène

C'est une habitude prise depuis longtemps. Elle me garde dans un coin de chez eux les journaux. Quand je viens je repars avec. J'ai déchiré la une du Monde des livres du samedi 19 avril 2008 pour l'afficher chez moi. Je l'ai coincée dans l'étagère, elle vient cacher les livres qui dorment désormais en-dessous.

C'est une photographie d'Ellen Kooi, déjà vue ici. A la foire de Bologne, j'ai fouillé trois jours entiers, passé et repassé des dizaines de fois devant le stand de Maschietto editore qui affichait en grand le travail de Virgilio Sieni. Hansel et Gretel perdus dans la forêt des contes. Je sais qu'il y a désormais quelque chose de moi qui cherche la mise en scène. Tu m'as dit tout à l'heure c'est l'une des bordures de la photographie. Croire qu'elle est là pour figer les choses, se débattre avec l'idée du temps, du noir et blanc, batailler - s'obstiner à inscrire des lieux et des gens dans la mémoire d'un temps mort.

Les images de Virgilio Sieni, de Mireille Loup, d'Ellen Kooi sont à l'exact opposé de cela. Elles fabriquent du merveilleux en triturant le réel. L'image est comme tirée d'un songe ou d'un film qu'on n'aurait jamais vu. A priori, tout est normal - dans cette forêt, on peut se promener, mais les dimensions sont faussées, les couleurs criées et c'est dans cette brèche là que vient s'engouffrer le rêve. L'étrange. C'est dans cette faille que les livres s'inventent.

m.
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© Ellen Kooi, Bloemendaal

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© Ellen Kooi, Houtwielen Ballonnen

09 mai 2008

Alice et Juliette

L'expo des photos du livre 

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES

( en préparation et à paraître aux éditions Où sont les enfants ? en 2009 )

 est visible du 7 au 18 mai, dans le hall de la médiathèque Montauriol.

Centre Universitaire, 116 bd Montauriol 82000 MONTAUBAN

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Charivari derrière le miroir. Alice et Juliette
 
Comme un certain nombre d'artistes depuis plus d'un siècle, Juliette Armagnac a eu envie de se saisir de l'univers fantastique de Lewis Carroll et de l'éclairer de son propre imaginaire. Alice au pays des merveilles est un ovni littéraire, un maelström. Un labyrinthe. Se plonger dans l'entrelacs d'un tel texte, c'est à coup sûr s'y perdre. Pour se retrouver, disons, nu face au miroir, devant ou derrière. Les tribulations d'Alice nous renvoient sans cesse à ce qu'il y a de plus intime en nous.
 
Afin de débusquer l'invisible, Juliette Armagnac, qui est aussi illustratrice, a choisi la photographie. Ses images témoignent d'une capacité d'invention ou de réinvention du réel, du caractère fantastique du quotidien, de la puissance des rêves, de la métamorphose. Elles font cohabiter le géant et le minuscule, bousculent les échelles, les rapports.

L'exposition est, dans sa forme actuelle, le résultat d'un travail de six mois, alors que le travail est prévu pour durer deux ans. C'est du projet abouti que rendra compte en 2009 la parution d'une nouvelle édition d'Alice au pays des merveilles aux éditions Où sont les enfants ?  
 
 
Article publié dans la revue du salon du livre jeunesse de Montauban