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29 novembre 2007

Photoconte

 
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Clémentine Magiera est conteuse. Il y a longtemps que j'écoute ses histoires, et par ici, sur le causse entre lot et dordogne, les enfants l'ont souvent entendue quand elle venait raconter, la nuit, près de ces feux qu'on allumait dans l'hiver des forêts. Peu à peu pourtant, elle est devenue une conteuse un peu différente puisqu'elle dit ses histoires, maintenant, en projetant des photos sur les murs. Forcément la tentative nous intéresse à Où sont les enfants ? - On essaye de pas rater ses spectacles, même s'ils ont lieu à l'autre bout du Périgord, même si la voiture est foutue et qu'on ira en marchant dans le froid. On ira. Pour vérifier les étincelles qui naissent des photos et des contes, quand on les tient ensemble dans la pensée, devant les yeux. Oui forcément ça nous passionne de voir quelqu'un tenter ça, en direct, en présence de ceux qui écoutent et regardent.
 
Dans les spectacles de Clémentine, c'est donc cette même rencontre entre histoires et photos. La même tentative et ça dit ce qu'on dit, qu'il y a par là quand même des étincelles à dénicher, imprévues, magnifiques. Mais la rencontre a lieu loin du livre, portée par la voix d'une voyageuse au long cours, avec cet accent truculent qu'on a par ici, d'avoir entendu l'occitan dans l'enfance, avec cette langue clandestine qui lui remonte à travers tous les mots.
 
Clémentine est allée jusqu'au Groenland rencontrer les enfants de là-bas. Elle en a ramené des histoires et des photos, la matière d'un spectacle, d'un livre peut-être. Elle a ce don qu'il faut aux conteurs pour transmettre l'importance des histoires dans nos vies, et leur fragilité aussi au moment où elles passent de la bouche à l'oreille. 
 
 
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© Clémentine Magiera 
 
« petite Nord » sera à Beaumont-du-Périgord, Hostellerie de Saint-Front , en Dordogne et ça sera le samedi 8 décembre 2007, à 15 h. Bien sûr c'est un  spectacle tout public (à partir de 6 ans). Réservations au 05.53.22.30.11

C'était l'été, au Groenland... Les enfants allaient se baigner au lac tous les jours ! Et tous les jours, ils venaient près de moi, comme des oiseaux, par-dessus les cailloux du rivage dégelé ; parfois, ils dessinaient sur mes carnets en écrivant le nom de ce qu'ils figuraient. C'est comme ça que j'ai appris les mots de là-haut...

«  petite Nord » mêle histoires traditionnelles du Grand Nord, anecdotes de voyages au Groenland, images de là-haut, pour faire vivre des moments sensibles, tout près des grandes glaces qui pétillent...


16 novembre 2007

Photos pour raconter

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Joakim Eskilden - The fire in Busingatha
 
De plus en plus nous arrivent des images. Photographies venues de loin, et qui racontent d'autres vies, photos qu'on a envie de partager sans rien dire, presque rien. En voici trois, les plus frappantes, propres à embrayer sur un récit, le commencement de cette histoire que veulent les enfants tant quon peut inventer. Pourquoi ces photographies forment-elles un langage ? Difficile à expliquer. Mais je devine que ce langage parlerait aussi bien aux enfants, capable de raconter d'autres histoires que personne, à ce jour, n'aurait eu l'idée d'aller recueillir.

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Julia Peirone - Rowanberries - 2003
 
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Joakim Eskilden - Zsolt and Adrienn, Hevesaranyos

09 novembre 2007

Saint-Priest

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C'est un message pour le fan-club de Juliette Armagnac. Pour dire qu'elle sera à St Priest, au salon de la petite édition et de la jeune illustration, sur le stand d'Où sont les enfants ? avec Marion, jusqu'à dimanche. Et qu'elles participeront à une émission sur Radio Pluriel, dans le cadre du salon, avec Adeline Mégevand et Fabrice Baumann.

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Juliette Armagnac et Claude Dagail, de la Compagnie créative. Librairie Comptines, novembre 2007

Et puis la Compagnie créative y sera elle aussi, avec d'autres d'éditeurs, des artisans venus montrer leurs ouvrages, la récolte d'une année.

06d02abbef259ec7aa184e543d1cb6d4.jpgPourquoi La compagnie créative ? Parce qu'il y a trois années, lorsqu'on s'interrogeait sur la folie qu'on allait faire, en commençant à fabriquer des livres pas comme les autres, on a découvert L'arbre rouge. C'était à La maison du livre, à Rodez, pas très loin d'ici. Après de longues discussions avec Laetitia Cador, j'ai aperçu l'album de Shaun Tan. En découvrant ce livre, j'ai tout de suite pensé qu'à partir de là tout devenait possible et qu'on pouvait tenter le diable, que la littérature jeunesse était encore un espace de vraie liberté. On a eu un peu moins peur. Moins peur de faire des livres comme ceux qu'on fait. J'ai pu le raconter un jour à Claude Dagail, lors d'une rencontre avec le public au festival de littérature jeunesse de St Orens de Gameville. On n'en avait jamais parlé. Et comment dire l'admiration qu'on a pour le travail d'un autre éditeur ? C'était l'occasion. Dehors la neige bloquait les routes. J'ai raconté que l'arbre rouge avait été comme un feu vert pour Où sont les enfants ? Qu'ensuite on a fait les photos de Disparue, dans les semaines qui ont suivi, avec ce livre-là dans la tête, avec sa liberté comme un défi permanent.

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Dessin de Juliette Armagnac,
sur la porte de sa pièce à bazar, chez elle.

28 octobre 2007

" Fantasy ! C’est pas du jeu " - Une expo autour des images de l'enfant

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  Santeri Tuori - Karlotta, Videostills N°1, 2003
 
    Objet et cible privilégiée de la publicité, l’enfant est aussi fréquemment représenté par l’art contemporain, notamment en photographie et vidéo. Si les œuvres rassemblées dans cette exposition renvoient à la période de l’enfance, à son ambiguïté, à son ambivalence, aux joies et aux angoisses liées aux pulsions, les mises en scène affirmées, les manipulations numériques évidentes, ou exagérées, apparaissent comme des formes de résistances à une vision idyllique de l’enfance, aux projections des désirs des adultes et aux rôles qu’ils voudraient leur faire jouer. Le titre de l’exposition, en reprenant une expression enfantine, qui pose des limites, " C’est pas du jeu ! ", insiste sur ce phénomène, orchestré par l’artiste même.
 
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Santeri Tuori - Karlotta, Videostills N°2, 2003 
 
    Entre rêve et cauchemar, les images d’Ellen Kooi nous confrontent à d’étranges mises en scène. Dans Alphen a/d Rijn-Pad, (2002-2003) une interminable file de personnages vue de dos se dirige vers une destination énigmatique tandis qu’un petit garçon accroupi, le regard inquiet, nous fait face. Il tient dans ses mains un crapaud (élément cher aux frères Grimm ou à H. C Andersen): à la dimension historique que l’on prête facilement à cette file, aux allures d’exode, s’oppose une dimension atemporelle, mythologique, et fantastique. Si chez Ellen Kooi, le paysage fascine le spectateur par son étrangeté, chez Mireille Loup il exacerbe la vulnérabilité de l’enfant. Dans la série Esquives, une petite fille évolue à travers des paysages grandioses, sublimes qui renforcent sa solitude et sa possible mise en danger face à cette immensité.
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Santeri Tuori - Karlotta, Videostills N°1, 2003
 
    L’étrangeté traverse aussi les travaux de Loretta Lux qui utilise les codes du portrait classique (pose, décor, apprêt), le logiciel de retouche se substituant à la palette, pour construire une image idéale de l’enfant. Celui-ci n’est pas représenté en tant qu’individu, mais comme sujet déshumanisé, aussi idéalisé qu’une poupée, dont les disproportions en font un monstre fascinant. Catherine Larré, juxtapose avec audace des vêtements, des perruques à l’image d’une fillette. Dans le petit théâtre de son atelier, elle crée une situation inédite : devant l’image projetée et statique des objets sont mis en scène. De subtils décalages s’opèrent : anachronismes vestimentaires, dentelles figées inadaptées au corps en mouvement, gestes impossibles. Ces photographies à l’esthétique éthérée, quasi symbolique, ne sont pas sans rappeler l’univers gothique. L’enfant n’est plus présenté comme une " miniature d’homme ", mais comme un autre radical, un être mystérieux, parfois hostile, voire cruel, pour autant fragile et vulnérable. Les images plus épurées et réalistes d’Yveline Loiseur, dont certaines évoquent le calme froid de la peinture de Vermeer, présentent une série à travers laquelle une petite fille semble déjà touchée par les tourments de l’âge adulte.
 
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 Yveline Loiseur
 
    Avec une sobriété et une dimension psychologique équivalentes, les vidéos de Maria Marshall nous plongent dans l’enfance, entre fascination et malaise, et provoquent le sentiment d’une violence sous-jacente. Evoquer l’enfance c’est aussi convoquer une aptitude perdue. Dans ses montages vidéo qui mettent en scène des enfants autour de dessins à la craie figurant balançoire ou tourniquet, Robin Rhode restitue cette capacité qu’a l’enfant à alimenter la réalité par l’imaginaire, au point qu’ils se confondent. Bribes de fictions cinématographiques, réactivations de contes, fragments de récits entre fables et mystères, l’enfant joue ici toute sa complexité.
 
Artistes exposés :
Maider Fortuné, Mireille Loup, Ellen Kooi, Catherine Larré, Yveline Loiseur, Alessandra Sanguinetti, Santeri Tuori, Robin Rhode, Loretta Lux, Kerry Tribe, Maria Marshall, otohiko Odani, Ralph Eugène Meatyard, Shoji Ueda

Centre Photographique d’Ile-de-France
107, avenue de la République. 77340 Pontault-Combault
Tél : 01 70 05 49 80
Site: www.cpif.net/

25 septembre 2007

La ville des photographes

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© Marcella Barbieri - Sans titre, 2007

Pour avancer les livres il faut aussi des voyages. Aller-retour à Paris pour rencontrer plusieurs photographes. Premier rendez-vous tôt le matin rue du poteau, près de la mairie du XVIIIème avec Marcella Barbieri. On a trouvé un texte très proche de ses images, un texte nocturne et aussi dense qu'un poème, écrit par Cathy Dutruch pendant l'été : "Et si moi je veux la lune ?" Une histoire qui raconte aux enfants cette exigence oubliée, piétinée au milieu de ce grand refoulement autoritariste qu'on traverse : Soyons réalistes, demandons l'impossible ! La littérature jeunesse pourrait aussi devenir l'un des derniers refuges d'utopies. Des utopies concrètes pour organiser la survie d'un imaginaire encore libre, dégagé, obstiné.
 
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 © Dialogue de l'image - Autoportrait de Valentin
 
A deux rues de là habitent Christine et Léa Talabard, deux des responsables de l'association Dialogues de l'image. C'est Isabelle Dubois, stagiaire à Où sont les enfants ? cet été, qui a imaginé un livre à partir du travail fabuleux que mène l'association depuis 1991. Pour redonner confiance à des enfants ou à de jeunes exclus, elle les initie à une pratique artistique très concrète, celle de la camera oscura ou du sténopé. C'est avec cet appareil photo primitif, bricolé dans une boite en métal qu'ils vont apprendre à montrer ce qu'ils voient, eux, de la ville où ils vivent, de Marseille à Beyrouth, de Naples à Alexandrie.
 
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 © Tendance Floue - Olivier Culmann
Zéphir, Lune et Mélusine - Sunset Ranch,
Mecca, Californie, 14.IV.2007 
 
Dernier rendez-vous avec le monde de la photo à Montreuil, dans un local où viennent travailler les photographes de Tendance Floue. Le lieu ressemble à une immense salle de rédaction, en plus calme. On dirait qu'ici le travail consiste avant tout à regarder des images. Sur écrans ou planches contact, les yeux rivés. Et le regard est souvent plus juste d'avoir lieu en silence. Là aussi, à parler avec Clémentine Semeria, à consulter leurs archives on sent qu'il y a des livres à inventer. Des livres destinés aux enfants, capables de la même intensité que leurs derniers ouvrages, Made in China ou Sommes-nous ?, ce livre fabuleux qu'il faut montrer et retenir. 

16 septembre 2007

Pauline et Pierre

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  © Hugues de Wurstemberger

Pendant vingt ans, Hugues de Wurstemberger a photographié ses enfants. A rebours de l’imagerie familiale habituelle, naïve et rassurante, il a transformé l’enfance de Pauline et Pierre en un territoire privilégié de l’imagination. Une centaine de photographies en noir et blanc, format carré, constitue cette chronique familiale sans durée qui fait basculer les menus événements du quotidien dans l’univers intemporel du conte. Autour des enfants, la mouche, le caillou, le champignon, la forêt, le nuage, le chien mort et le chat vivant… à eux tous le photographe insuffle vie, maniant tour à tour magie noire et magie blanche.

L’histoire que le photographe nous laisse inventer soude les enfants et la terre. De l’un à l’autre, des formes ténues entrent en résonance Les images sont traversées par une ligne, ligne qui sillonne l’omoplate de Pauline et la petite route de montagne bordée de neige, ligne qui creuse la chair de la grand-mère et l’écorce d’un arbre, ligne que dessine le photographe au fil de ce qu’il nomme un «voyage intérieur, fragmentaire».

Les enfants partagent ainsi la fragile condition d’un petit tas de neige ou d’un rayon de soleil sur une cime. Les visages et les traces éphémères émergent de l’obscurité sous l’effet improbable d’un éclat, d’un scintillement ou d’un reflet. Inlassablement, Wurstemberger photographie l’échappée lumineuse, celle-là qui perce dans la forêt, celle-ci qui traverse l’eau du bain.

Naïri Sarkis

«Ces images sont les dix doigts de mes deux mains», a par ailleurs écrit le photographe.

«Je les connais depuis si longtemps, patine intime, qu’elles me sont devenues légendaires, le conte que je raconte».


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 © Hugues de Wurstemberger

 

Un livre a été publié en 2005 aux Editions Quo Vadis :Hugues de Wurstemberger , Pauline et Pierre
 ISBN : 2-9600394-7-5

 

15 septembre 2007

Kentucky Eyeglasses

 

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Pour commencer, on pourrait dire que Ralph Eugene Meatyard a cherché, toute sa vie de père et d'opticien, des décors pour photographier ses trois fils, Gene, Michael et Christopher. Avec eux et à partir de leurs jeux, il tentait de mettre au point des images capables de restituer ce don qu'ont les enfants pour embrayer sur une histoire inventée. Avec Madelyn, leur mère, toute la famille prenait la voiture chaque dimanche et parcourait des kilomètres à la recherche de ces lieux qu'ils transformaient, à l'aide de deux ou trois accessoires, en décor étrange pour un conte qui reste à écrire. Dans l'esprit de Ralph, père et époux, il s'agissait de préparer la petite troupe familiale au grand œuvre qu'il imaginait depuis plusieurs années. Dans son amour de la littérature, il nourrissait une passion extrême pour l'œuvre de William Carlos Williams, et plus particulièrement pour Paterson, ce poème monumental auquel l'écrivain travailla pendant plus d'une décennie, de 1945 à 1958. Construit autour de la ville ouvrière du New Jersey qui lui donne son titre, et suivant le cours métaphorique de la rivière Passaic, ce long poème visuel offre le portrait éclaté d’une ville américaine à travers son paysage immédiat, ses scènes contemporaines et ce qu'il reste de son histoire coloniale, culturelle et industrielle.
  
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Meatyard envisageait de créer un équivalent photographique du poème, une œuvre polyphonique capable, à son tour, de faire le récit d'un paysage et le portrait des hommes qui y vivaient, tout en gardant la mémoire des pionniers et des ouvriers qui l'avaient façonné. Cette ambition qu'avait Meatyard, de donner aux photographies une puissance narrative et poétique, le rapprochait peut-être de Robert Franck, puisqu'ils lisaient les mêmes écrivains. La photo était vouée à devenir un livre, une nouvelle forme littéraire pour le récit ou l'épopée, et il fallait organiser les prises de vues pour donner à chaque image la richesse que contenaient les vers de Williams, des phrases aussi directes et pleines que 
 
 L’amour sans ombres s’étend à présent
                qui ne s’éveille
                               qu’avec la montée de
   la nuit.                                                   
 
Meatyard s'arrachait les cheveux, il ne savait pas comment inventer ces photographies, mais il était persuadé qu'en observant jouer ses enfants, en devenant leur complice, il trouverait le procédé capable de mettre en scène un poème d'une dimension équivalente.

 
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 Ralph Eugene Meatyard,
Child Lying on Ground with mask, 1959

31 juillet 2007

Ici & là-bas.

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© Angelle, juillet 2007

Ici on travaille dans un trou, un trou perdu au beau milieu du causse de gramat, dans un recoin que les astronomes ont baptisé le triangle noir.

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© Angelle, juillet 2007

La nuit, la pollution lumineuse y est si faible qu'ils viennent l'été, équipés de téléscopes et d'instruments hi-tech pour observer les naines rouges, les trous noirs et les soleils qui naissent au bout du ciel.

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Lettre du Tibet - Thécle de Bardin, juillet 2006

Le jour on reçoit des images, photographies du bout du monde que ramène la factrice, ou rien que des images imprévues, pour le plaisir. Et aujourd'hui c'est le jour des images, le jour du bonheur. Au courrier il y avait une lettre venue du Tibet, où voyage Thècle de Bardin pour préparer deux de nos prochains livres. Il y avait aussi un CD dans une enveloppe rouge, avec dedans les 700 photos que Chrystelle Aguilar a réalisées pour le Jour de la Nuit sans Lune, en Bretagne. Un jour de grand bonheur, et merci beaucoup à la factrice.

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© Chrystelle Aguilar, Le jour de la nuit sans lune, 2007

30 juillet 2007

La fête à Juliette

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© Juliette & Wanny Armagnac, juillet 2007

Aujourd'hui lundi c'est la fête à Juliette. Elle passe ses journées dans les arbres à photographier Wanny, sa cousine. Elles cherchent les images, la matière et l'élan des images qui serviront à faire ce livre, Enfin seule. Juliette regarde et apprend, Wanny donne et échappe. C'est la fête à Juliette, elle reçoit les offrandes d'une enfant, attentive à ce qu'elle peut inventer avec elle, comme un jeu, et c'est en jouant qu'on trouve les images capables d'exploser. On l'a appris avec Petite brouette de survie.

L'important c'est donc de jouer au milieu des enfants. Sinon les livres ressemblent aux autres livres, ces milliers d'albums qu'on publie chaque année, écrits et dessinés par des adultes. Juliette le sait : nous on fabrique les livres avec les enfants. C'est peut-être bizarre, pas orthodoxe mais c'est une intuition qu'on avait en créant un comité de lecture d'enfants. Aujourd'hui on continue à l'instinct, au milieu des enfants qui ne sont plus seulement les comédiens des livres, mais les complices, les grands perturbateurs, petits instigateurs de l'aventure à travers dérives et bifurcations, tout l'imprévu qu'ils amènent.

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On leur donne une histoire, un texte d'auteur, un territoire. On leur donne aussi des objets, animaux, véhicules et lumières, autant qu'on pourra. Ils comprennent vite que la situation n'est pas normale, le grand bordel d'un seul coup est possible. Et puis on les laisse inventer, trafiquer, réécrire. Ce qu'ils amènent est impensable, inimaginé, toujours. C'est la matière de l'enfance. Je ne sais pas d'où ça vient. Les enfants ne pensent pas comme nous. Ils se fabriquent un petit monde avec une énergie très simple, assez rudimentaire et vite perdue dès qu'on est grand. Les machines à photos essayent de tout capter comme elles peuvent, malgré le flou, les tremblements et tous les monstres du hors-champ.

Alors Manu Causse est revenu chez Juliette, regarder ce qu'elles ramenaient, elle et Wanny, comme images impensées. C'est un écrivain, il n'a pas peur de réécrire, de reprendre son texte parce qu'en étant complices d'une enfant, on est obligés maintenant de tout réinventer. Maintenant on le sait. Tant pis pour nous. C'est une façon de travailler aux livres et de ne plus en sortir. C'est dangereux aussi, quand même un peu.

Alors Manu Causse réécrit tout. Obligé. Et tenu par l'instinct :

Je joue seul sous l'arbre.

Les méchants ne me trouveront jamais. Ils ont été emportés par une tornade. Ils ont disparu, ils se sont enfuis. Un animal qui m'aime est venu leur faire peur, leur dire d'arrêter, de me laisser tranquille. Les méchants pleurent et me demandent pardon, mais je suis loin maintenant.
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11 juillet 2007

En revenant d'Arles (la folie des photos)

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© Pascal Mirande - Icare, Guérande, Loire Atlantique, 2004.

 


C'est dans Arles, au milieu de la nuit, à moitié somnambule que j'ai compris d'un seul coup toute l'ampleur du problème : La photo rend fou. Sérieusement. Et Arles est devenue la ville de cette folie dans laquelle je marchais. Les photographes qu'on y croise sont tous des allumés de l'image, c'est impressionnant, ils vendraient leur âme, bricoleraient une vie entière pour réussir une bonne photo, la photo d'une vie, celle qu'on ne pourra contempler qu'à l'intérieur des rêves si on n'est pas foutu de venir la piéger en plein jour.

La photo rend fou et c'est une folie magnifique, qui peut vous transformer en mage halluciné ou en sdf acharné, selon ces lois mentales que la photo intègre à l'intérieur de son dédale. En deux jours et deux nuits, j'ai rencontré des fous magnifiques, des fous de l'enfance, des fous de l'origine du monde, des fous venus de l'océan des images où l'on va se noyer à minuit, et puis des fous dont les pensées se bardaient de photos hypnotiques.

Je crois qu'on n'imaginait pas pareille épidémie. Les prévisions de l'OMS étaient très en dessous du phénomène actuel : La contagion sidérante de Mireille Loup, la fièvre d'enfant de Pascal Mirande et une nouvelle pathologie d'images mentales, les photographies de Marcella Barbieri, jeune italienne venue étudier la photo à Paris. Ses photos viennent du cinéma intérieur qu'on invente en rêvant, comme si le manifeste surréaliste avait enfin trouvé son imagerie définitive. C'est venu à travers Méliès et Sarah Moon, dans une retrouvaille tremblante de la couleur au commencement. Elle n'a pas encore exposé, rien montré aux journaux, juste creusé au plus profond de l'enfance. Pas trace de ses images sur le web, pas la peine de chercher. On attend le courrier qu'elle nous envoie avec ses 17 premières photos dans l'enveloppe, on est dans l'impatience de les revoir, la petite étoile jaune dans la nuit rose et verte, l'homme à tête de cheval dont j'ai rêvé la nuit suivante. Après on vous montre, toujours dans la même impatience. Et ensuite, ensuite on fait un livre. Pour la circulation des images entre les mains des enfants.
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© Pascal Mirande, Arche refuge,
Le vent des forêts, Dompcevrin, 2000.