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28 février 2009

Chronique clandestine

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Avenue de Tarascon, cela faisait des mois que les troncs des arbres étaient cerclés de peinture. Hier ils les ont coupés. Je déteste ça. Il est entré avec un bouquet de fleurs. Il avait un sourire jusqu'aux oreilles. Il regardait les doudous, son bouquet à la main, son sourire aux oreilles, et ça m'a fait rire. Elle s'appelle Oléane.


Sur les listes de réassort, j'ai vu qu'on avait vendu le livre de Deligny. J'ai regardé. J'ai vu à qui on l'avait vendu. M'étonne pas. Un jeune homme est venu demander Oliver Twist. Dans quelle édition ? Il a dit "euh... enfant".


Et puis, à midi trente, la librairie fermait pour le déjeuner. Sauf qu'il restait deux personnes dedans. Deux femmes. La mère et la fille, peut-être. L'une regardait Au pays de Titus (Claudine Galea, Goele Dewenckel, Rouergue), l'autre Litli. J'avais très très faim. Mais je ne pouvais quand même pas leur dire on ferme. Elle sont parties avec une pile de livres. Je crois que j'avais oublié les arbres morts.


A quatorze heures trente, quand la librairie a ouvert à nouveau, elles attendaient devant la vitrine. Comme deux enfants. Elles ont acheté un autre exemplaire de Litli. J'ai demandé pour qui. Deux garçons, deux frères. Elle m'a dit "on ne peut pas leur en donner un pour deux".


Avenue de la Violette, il reste encore des branches. Et des oiseaux.



m.

27 février 2009

Besoin des images

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Quand les images viennent à manquer, ou quand elles s'appauvrissent tout autour regardez mieux, il y a ce journal photographique, angelle d'un jour, ou une femme abandonne ses photos comme des lettres sur la table. Elle raconte ses rencontres où la vie s'écarquille. Aucune indication de lieu, pas de date pour indiquer d'où viennent ces visions d'humanité à l'écart, traversées de paysages face aux vieilles solitudes. Regardez, on peut s'imaginer des vies entières, fabriquer en pensée un roman à partir des indices rassemblés en image sur la table, vite, avant que la nuit ne revienne. Dans ce monde apparaissent des vieillards, des enfants s'en vont loin d'anciens jouets, des passages humains ne servent qu'aux animaux, ou alors aux seuls amis des animaux qui veulent encore provoquer la rencontre. A force de revenir à ce blog on apprend, on vérifie la certitude d'être devenus, tous, dans le vivier des images sujets photosensibles repartis en errance. Vacillant, les yeux ouverts regardez, regardez mieux.

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24 février 2009

Rapid Eye Movement

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© Cécile Menendez - Rapid Eye Movement

Depuis longtemps, depuis l'exposition cet automne à Voies off je voulais parler ici des images de Cécile Menendez. Parce qu'elles racontent, dans Rapid Eye Movement, le cœur secret et silencieux de ce partage des jours entre parents et enfants, entre mari et femme. Le récit se fait à la première personne, une première personne intensive, attendrie ou bouleversée, parce que celle qui raconte en photos est aussi une maman, une femme amoureuse, l'enfant d'un père qui a pris maintenant le visage d'un grand-père. Et parce que tous ces liens, filiaux et amoureux, viennent faire trembler l'image avec la voix nouée. Alors parler de ces images est périlleux. J'ai essayé, essayé et renoncé, incapable de trouver les mots pour nommer ce qui bouleverse dans chaque présence, des mots qui ne fausseraient pas la haute intensité d'intimité que ces photos apportent à qui veut regarder.

Pour la collection Focale, Cécile Menendez a accepté de réaliser les photographies de L'avenir, un roman de Catherine Leblanc. Et pour nous ça a été tout de suite un grand bonheur, imaginer maintenant qu'il y aura ces images, intensives et intimes, pour faire face à un récit qui porte lui aussi sa charge brute d'émotion.

 

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© Cécile Menendez - En attendant la mort annoncée de mon père

 

16 février 2009

Focale

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Photographie de Lucie Pastureau pour Septième

Inventer des livres prend du temps. Parfois cela dévore les journées tout autour, et puis cela déforme jusqu'au regard. A force on lit, on dévisage, on pense l'amour et les paysages en format 14 X 20, et puis on apprend à attendre. On garde en tête le très beau texte de Jean-François Manier, de Cheyne éditeur, qu'on a même affiché sur un mur, en guise d'espoir :

« Le livre est un tel enjeu qu'il exige d'autres critères de valeur que sa seule vitesse de rotation. Et je crois même que son irremplaçable richesse tient à ses lenteurs, à ses pesanteurs. Ce sont ces contraintes qui font du livre cette liberté qui dure. Oui il faut un autre temps pour le livre: un temps pour l'écrivain face à son oeuvre, pour l'artisan face aux papiers, aux encres, un temps aussi pour le bibliothécaire en ses choix, le libraire en son commerce, comme pour le lecteur en son plaisir. »

Où sont les enfants ? réfléchit depuis deux ans à une collection de romans pour adolescents, avec des photos évidemment, puisque tel est l'enjeu, le rêve, le cap qui nous donne en vie. Pas des romans photos, non, l'appelation serait trompeuse. Peu à peu on a aussi forgé ce mot, Photolittérature. Et pour cette collection, FOCALE, des romans qui donneraient à lire et à voir l'adolescence, dans ce qu'elle a d'intense, de précieux, de fragile et d'unique.

Et puis un jour d'été on découvre le travail de
Lucie Pastureau. Et l'adolescence est là, évidente, flagrante, immensément touchante et palpable, le grain des peaux, les nuits d'hiver et les zones franches.

Lucie Pastureau fabrique depuis l'automne des images à partir du texte Septième, un roman de Madeline Roth qu'on lui a donné très vite après cette première rencontre. La démarche inverse aurait consisté à trouver le texte à partir de l'univers d'un photographe, mais ici, l'enjeu pour Où sont les enfants ? était de faire correspondre deux univers, l'un se disant par la langue et l'autre par les images, de faire qu'ils se fécondent pour assembler leurs différences en un seul livre. C'est la première image visible de Septième, l'un des deux premiers livres à paraître pour commencer la collection FOCALE.