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21 janvier 2009

De la naissance à toujours

Il y avait de la neige sur les pentes du Ventoux. On a traversé L'argentelle et la Combe-Tourmente - et à l'arrivée, c'était presque Beaubourg. La médiathèque de L'Horme domine la vallée comme une cabane perchée dans des arbres de fer, et si l'on vient la nuit, il paraît que les panneaux de sortie brillent au-dehors, au cas où les livres voudraient s'enfuir.

On venait porter Litli et marcher encore dans ses pas, creuser un peu plus le voyage de ce bout d'homme pour le prix Couleurs du monde. Il y avait une pile de livres sur les tables, et tu faisais ce geste d'ouvrir et de les poser debouts, face aux autres. Et puis tes premiers mots c'était le sésame qui ouvrait toutes les portes de tous les livres du monde. Parce que tu as parlé d'amour. Celui qui transforme des rêves en livres. Tu as raconté la naissance de Litli, les heures à imaginer, les mots à découper, l'idée qui vient à la fin d'une journée, les allers-retours de l'imprimeur au relieur, les enfants qui dorment avec sous l'oreiller.

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Il y avait tant de regards que je ne savais pas où regarder. Tant de questions dans les silences jusqu'aux mots hésitants qui demandent "c'est un livre pour quel âge ?". C'est ma question favorite. Quelqu'un a très bien répondu pour toi. Elle a dit "pour moi Litli c'est de la naissance à toujours". Je n'avais pas de carnet blanc où poser à la hâte tous les mots que j'avais pris au vol, mais cette phrase-là je l'ai retenue. Merci bien. On s'en resservira.

On n'arrivait pas à partir. Tu avais les dix livres empilés dans tes bras. Dix questions - ils sont là.
Sur la route du retour, un pendule aux yeux noirs tournait sur toi qui dort. La radio débattait des utopies. Le meilleur des mondes impossibles. Un peu plus tôt, quelqu'un avait remarqué que des dix livres édités, Litli était le seul sans photographies d'enfant dedans. Elle avait les cheveux courts, Le Parapluie Vert et ça t'apprendra à vivre dans son sac. Elle a dit mais si. Mais si. Y'a un enfant dans Litli.

m.

16 janvier 2009

Deux autres photographies de Maïa Roger

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Pour le plaisir des fascinations partagées.
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Et sur le site de la Dorothy's Gallery, à Paris, où Maïa Roger participait à l'exposition Fables contemporaines, en compagnie de Katrin Vierkant et Valentine Fournier  : Maïa Roger travaille sur la fiction, sous forme de mises en scène, d'amorces de récits fantastiques, d'histoires inventées.
Son travail évoque l'univers du conte, galerie de personnages extravagants, monstrueux, drôles, mystérieux dans un décor rural où se nouent des intrigues énigmatiques.

13 janvier 2009

Les photographies de Maïa Roger

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Les photographies de Maïa Roger étaient affichées depuis longtemps au mur de la grange aux livres, derrière la rue à Vaillac. Au dessus de la photocopieuse et tout près du téléphone, si bien que je pouvais les scruter plusieurs fois par jour en parlant d'autre chose. Elles faisaient partie des quelques images que j'avais fini par connaître par coeur, petit morceau de mémoire autour duquel la rêverie peut embrayer sans forcer. Chacune des mises en scène de Maïa Roger convoque le monde confus des contes, là où les animaux peuvent parler à leur tour, accrocher aussi des rideaux aux fenêtres du terrier, parler d'amour comme on parle du beau temps, allongés dans l'herbe des pentes à l'automne.

Ce sont des images qui ont le pouvoir de raconter tout en renouant avec une amitié instinctive pour les présences animales, une amitié propre à l'enfance et qui s'en ira vite, plus tard, dans l'apprentissage du monde adulte où les animaux se verront relégués à l'écart. C'est cette enfance amicale, intriguée, instinctive que Maïa Roger parvient à approcher en images, et cela provoque une fascination qui ne se défait pas, se creuse à chaque nouvelle prise de vue.

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Pour voir l'ensemble du travail de Maïa Roger, c'est ici et ça vaut la peine. En page d'accueil il est écrit STORIES puis Chapter 1- regardez les deux mains animales qui s'emparent - Chapter 2 - approchez les juments, la nuit va tomber -  Chapter 3 - c'est l'amitié de l'ours comme un apprentissage, trois chapitres et c'est tout, tout le mystère d'une narration photographique qui se déploie. Faites le tour, n'hésitez pas. Il y a de la beauté à l'état brut, c'est-à-dire l'inquiétante étrangeté qu'on a piégée en photos. Et en échange, vous nous direz si la fascination se partage ?

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09 janvier 2009

Rencontre aux Couleurs du monde

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Isabelle Blanchard est conseillère d'éducation populaire et de jeunesse dans la Loire. A la fête du livre de Saint-Etienne, qui interrogeait l'idée du bonheur en octobre, c'est elle qui est venue annoncer la bonne nouvelle à Severine : Litli soliquiétude faisait partie de la sélection du prix Couleurs du monde. Et quand elle racontait, on devinait oui combien elle avait pu défendre Litli : 8 albums avaient été choisis à partir du thème de cette année, «  D’un lieu de vie à l’autre ». On ne sait pas si Isabelle B. parle de chacun des 8 livres avec la même émotion, mais à l'écouter raconter sa rencontre avec  Litli, on réalise un peu mieux ce que le petit personnage déclenche d'attachement chez certains lecteurs, au point que des enfants s'endorment avec le livre glissé sous l'oreiller, comme un doudou dans le noir, un talisman pour éloigner les cauchemars.

Alors ce jeudi 15 janvier, nous rencontrerons des animateurs et des bibliothécaires de la Loire pour raconter l'histoire de ce livre, le premier de la collection En chemin et puis d'autres livres à venir, Les lettres qui piquent, La classe de Madame Lampion, L'avenir ou Mamie Violette, autant de livres qu'on prépare avec Catherine Leblanc ou Severine Thevenet. La rencontre aura lieu à la médiathèque de L'Horme, près de Saint-Etienne à 14h. La neige n'est pas un obstacle, rien qu'une mutation accélérée du paysage, comme un principe de dépaysement. On apportera des images, des fragments de textes et les premières double-pages, promis. Curieux d'autres regards, soucieux de l'enfance et de cette idée si précieuse à force d'être reniée par les vieux ministères : L'éducation populaire. Parce que le peuple des enfants est maintenant en chemin, on l'a vu à Athènes, dans l'attente de demain au plus vite.

06 janvier 2009

L'échelle et l'olivier

Le 3 janvier, on a reçu d'une amie cette image, bricolée à partir d'une photographie de Severine Thevenet. Le 3 janvier, on lisait les mots suivants dans un livre recouvert du bleu du ciel.

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"Ce que je croyais impossible arrive, ce que j'avais prévu n'arrive pas. Ceux que je croyais immuables ne sont plus là. Les sirènes ont regagné les hauts-fonds. Les pirates dérivent sur leurs bateaux fantômes.

(...) Je porte un poème comme un enfant qui n'est pas né. Il attend sans paroles mais en mouvement. Il remue le jour lentement et j'ignore qui il est.

Je ne veux pas te parler de grandes choses, je veux te parler seulement de ce qui est presque invisible. Des respirations, des instants dont la lumière brille secrètement sans jamais se corrompre. Le soleil miroite à la surface des vagues. Les enfants courent sur la plage. Leurs rires, leurs voix, leurs appels traversent l'air. On entend l'eau, l'espace et le temps infini qui se déploient dans leurs cris.

Cela nous fait vivre, même si on l'ignore."

(Catherine Leblanc, Fragments de bleu, Oslo éditions)

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Alors voilà les voeux qu'on envoie cette année, des étoiles, des échelles, des enfants et de l'invisible. Tout ça dans des livres, ouverts.

m.