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24 juin 2008

Alice

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© Alice Sidoli / Où sont les enfants ?

Image réalisée pour l'album La chaise vide (à paraître). 

C'était il y a quelques années. Ils jouaient dehors, l'enfant et le vieil homme, attablés. Je suis entrée pour les photographier à travers la vitre. J'aimais l'idée de leur voler cette intimité, tout en m'effaçant assez pour la leur laisser. C'était aussi, je crois, une manière d'être en-dehors, mais de témoigner.

Lorsque j'ai développé la pellicule, elle m'a dit « Tu as un regard ». Il y a des phrases d'elle qui m'ont marquée. Je sais depuis qu'écrire est aussi une façon de regarder. De donner des images, de les faire naître, lorsqu'elles-ci sont si imprégnées en nous que l'on tourne parfois une heure pour trouver trois mots, les trois mots justes qui diront, précisément, ce que l'on a vu.

Alice Sidoli est photographe, et nul besoin de la connaître pour ça. Juste à regarder ses images. Mais marcher avec elle, dans les nuits d'une ville orange, en donne la certitude. Elle s'arrête à chaque coin de rue. Elle guette les détails des ombres sur les murs, elle sait les passants, les mains tendues, les lumières et les courbes, les choses dans l'air, les routes à prendre. Elle a ce que Michael Freeman, et d'autres, appellent « l'oeil du photographe. « Cette façon si particulière de déceler en chaque chose vue une image potentielle ».

m.

18 juin 2008

Les enfants de Lectoure

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C'est une classe de CE2, la classe du directeur de l'école Gambetta à Lectoure. Je le dis, j'ai tendance à admirer ceux qui apprennent à lire aux enfants, fonction presque sacrée dont on oublie vite l'importance à force de débats sur la bonne méthode. Mais quand en plus ces enseignants dirigent une école, et qu'ils se lancent dans un projet avec Où sont les enfants ?, il faudrait au moins inventer un nouvel ordre du mérite à la Légion d'honneur. Ce héros de la nation s'appelle Serge Jourdana, et ses élèves ont appris dans sa classe à aimer les livres, aimer pour de vrai, je l'ai vu.

Dans la tête ils ont aussi l'idée de faire un livre, un vrai livre comme ils disent. Alors il faut écrire une histoire, apprendre à fabriquer les phrases, à construire l'ossature d'un récit et puis avec Juliette Armagnac, mettre en scène les photos qui serviront d'illustrations au livre. L'idée de ce projet est venue de Marie Paule Fontano, bibliothécaire dans la même ville, au milieu des champs entre Auch et Agen. Depuis l'hiver on avance avec elle, avec son énergie à elle, on essaye d'avancer en cherchant comment écrire et imager ce livre avec 28 enfants. Et ce n'est pas simple à mener, encore moins à raconter.

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Le livre retrace la quête d'un livre disparu. Est-ce parce qu'Alberto Manguel est venu raconter sa passion des livres entre les murs de la bibliothèque ? Ou tout simplement parce que la classe participe au Prix des Incorruptibles ? C'est un livre dont les pouvoirs dépassent ceux de la littérature, et relèvent bien plutôt de la haute magie. Il faudra lutter pour retrouver ce livre, et les enfants on le sait sont des héros intrépides, prêts à affronter les pires crapules dans les rues de Lectoure.
 
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Tout à l'heure, à l'IUFM d'Auch on racontera ce travail et je n'ai pas pensé à demander aussi qu'un enfant puisse raconter. Quatre adultes entourent ce projet - un enseignant, une photographe, une bibliothécaire et un éditeur - mais les 28 enfants ont apporté leur énergie, leurs envies, leur mémoire de lecteur et leurs talents d'apprentis comédiens. Comment raconter ce que devient ce livre dans leurs pensées, et ce qu'ils en attendent ? Trop tard. Mais c'est sûrement le plus précieux, et qu'il faudra écouter. Peut-être en trainant dans la cour de récré où, le premier jour je m'en souviens, presque toutes les petites filles ne portaient que du rose.

T.B. 

06 juin 2008

les photos du dimanche

ça fait des jours que je cherche les mots pour raconter une image.

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C'est une photographie d'Isabelle Vaillant publiée dans la revue Envols d'Enfance. Alors quand je ne trouve pas les mots, je cherche ailleurs, ce que les autres ont dit avant moi. Je fouille pendant des heures dans cette toile gigantesque et terrifiante qui fait parfois oublier que des livres attendent sur la table près du lit. Hier soir, j'ai renoncé. J'ai pensé : tu ne pourras pas dire, à quel point cette image te touche. J'ai éteint l'ordinateur et j'ai pris le livre tout en haut de la pile. Les déferlantes, de Claudie Gallay. J'ai compris alors pourquoi cette image d'Isabelle Vaillant m'accompagnait autant. Parce qu'elle a soudain donné pour moi un visage à la narratrice de ce livre, qui cherche dans les vagues l'enfance qui ne guérit pas.

Lange--mother%20and%20child.jpgCe soir j'ai refait le chemin des autres jours. Qui m'a menée des photographies d'Isabelle Vaillant à celles d'Hugues de Wurstemberger et même, en cherchant encore, à celles de Dorothea Lange. C'est la couverture de L'histoire de Bone, de Dorothy Allison. ça rend un peu fou, Internet. On trouve des images quand on cherche des mots. Des bavardages quand on aspire au silence.

J'ai juste quelques pages à finir et Les déferlantes me quitteront. Avec cette image, qui reste. "Il faut du temps pour comprendre, pour découvrir que l'enfance, c'était la certitude de l'immensité." (Isabelle Vaillant)

m.

 

La première chambre noire

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© Evgen Bavcar - Veronique and the duck 

Il suffit parfois d'une image pour fasciner. Une photographie envoyée par la poste, Véronique and the duck d'Evgen Bavcar, découpée et collée dans une lettre d'enfant. D'autres fois c'est une phrase qui fascine : « À 12 ans, j'étais amoureux d'une jeune fille qui portait ses cheveux noués en une longue queue de cheval. Je me suis plongé dans sa chevelure et je n'ai depuis jamais trouvé la sortie. » Evgen Bavcar s'amuse à raconter cette histoire inventée lorsque, un peu agacé par la récurrence de la question, on lui demande comment à l'âge de 12 ans il est devenu aveugle. Une marque de l'originalité de ce personnage qui, comme pour relever le défi de son handicap, a fait de l'image sa spécialité et de la photographie son œuvre. Naturalisé français, cet artiste slovène expose un peu partout. Diplômé de philosophie, il est souvent convié à s'exprimer sur le statut de l'image. C'est en effet à ce sujet entre autres1 qu'il se consacre depuis 1976 au sein de l'Institut d'esthétique des arts contemporains (IEAC) à Paris. Mais son intégration administrative n'a pas été simple, même si, « pour les directeurs successifs de l'Institut, ma cécité n'a jamais été un problème. Et pour cause : en sciences humaines, l'acceptation que tout homme est handicapé dans son corps et dans son esprit est le point de départ de toute réflexion. » Il obtient finalement en 2001 un poste réservé d'ingénieur d'étude à l'IEAC.

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© Evgen Bavcar - Tree with swallows

Son activité de photographe artiste et son travail de chercheur sont intimement liés. « Je m'intéresse à la photographie non comme technique mais comme idée. Non à l'invention du XIXe de Niepce ou Daguerre mais à ses origines conceptuelles. Pour moi, la première chambre noire est la caverne de Platon2, explique le chercheur. Il faut distinguer le visuel, ce que voient nos yeux, du visible, ce que voit notre esprit. Le sens n'est pas donné seulement par les expériences visuelles, mais aussi par celles invisibles à l'œil. D'ailleurs la science n'aurait pas de sens, sans cela. » Cette nécessité de mettre la photographie au service de l'âme et des autres perceptions a fait dire au poète allemand Walter Aue qu'Evgen Bavcar était le quatrième inventeur de la photographie, après Niepce, Talbot et Daguerre.

Evgen B. étudie associe ses recherches sur l'image à celles que mènent des astrophysiciens tels que Peter Von-Ballmoos3, qui lui expliquait : « Nous autres astrophysiciens sommes tout aussi aveugles que toi, nous ne pouvons pas voir l'Univers, ce que nous voyons n'est qu'interprétations de ce que proposent nos techniques. En science, c'est très souvent le cas. »

Comète de Hale-BoppComment réalise-t-il ses portraits ? En évaluant les distances avec ses bras et en utilisant l'autofocus de son Leica pour la mise au point. Mais on reste surpris devant le cliché qu'il réalise en 1997 de la comète de Hale-Bopp. Il juge le résultat de ses prises de vue en les faisant décrire par sa nièce ou ses amis. Cet homme bienveillant au visage paisible, au regard bleu, au collier poivre et sel, garde un certain mystère. « J'ai été invité à Marseille comme membre du jury pour des œuvres vidéo d'artistes contemporains, on me racontait les films, explique-t-il. Un pianiste aveugle était aussi invité, poursuit-il d'un ton admiratif, on lui a demandé d'improviser sur les films muets. » Silence. « C'est cela que j'appelle l'intelligence suprême. »

Notes :

1. Il travaille aussi sur l'esthétique en philosophie, en littérature et en poésie.
2. La caverne de Platon : métaphore par laquelle Platon explique le monde concret et celui des idées.
3. Professeur d'astrophysique au Centre d'étude spatiale des rayonnements de Toulouse.


05 juin 2008

La peur du loup


 
 
 
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© Diane Ducruet - Manga photographique 

La peur du loup, c'est le titre d'un dossier de photographie.com paru au mois de mai. On y retrouve une série d'articles et de dossiers sur les quelques photographes qui ont tenté l'aventure en imaginant des livres capables de raconter d'autres histoires, à l'aide de la photographie. En voici l'édito, signé par François-Marie d'Andrimont :

« Pratiquée par tous, destinée à tous, la photo ne concerne pourtant pas tous les jeunes de 7 à 77 ans. En effet, certaines tranches d'âge sont ignorées. Où sont les enfants ? demande l'éditeur Tieri Briet. Pourquoi les albums photo destinés à la jeunesse sont-il peu nombreux ?que la photo est un langage qui ne fonctionne pas chez les plus petits..." Il comprend alors que cette théorie est née des propos tenus par Françoise Dolto sur France Inter à la findes années 70. La célèbre pédo-psychiatre qui était un prescripteur important en matière de littérature destinée à la jeunesse a dénoncé le caractère traumatisant, selon elle, des photos de Sarah Moon. Le Petit Chaperon rouge était, à cette époque, un des rares albums à utiliser la photo.
Associer photo et enfant est devenu un tabou majeur depuis quelques années. À tel point que la banale photo de classe exige des photographes d'école moultes autorisations. Début avril, lors de l'inauguration de l'exposition collective "Humain, très humain" François Hubert (Le directeur du Musée d'Aquitaine) a refusé de montrer les clichés de Christian Delecluse représentant des pères complètement nus avec leurs enfants de "peur de choquer avec les problèmes de pédophilie ou d’inceste". L'imbécile censure érigée en principe de précaution… »

Parmi les 7 000 titres qui naissent chaque année sur le marché du livre jeunesse, l’album illustré par la photographie est quasi-absent. À peine 1%. La faute aux idées reçues telles que “la photo ne convient pas aux enfants”, “la photo ne permet pas la créativité”. Force est de constater la méconnaissance de cet art, de la part des enfants mais aussi de leurs enseignants, de leurs parents... Alors au pays de la photographie, dans ce monde d’images qui nous entoure, Où sont les enfants ?
Voici le dossier que consacre Photographie.com au sujet de la photographie enfantine. Ici, nous donnons la parle aux Éditeurs, aux photographes, et à ceux qui consacrent leur temps à la transmission de leur savoir aux plus petits.
Ce sujet vous intéresse ? Vous fait réagir ? N’hésitez pas à nous faire parvenir votre sentiment sur le thème du rapport entre la photographie et les enfants à studio@photographie.com

diane475.jpg Sisyphae : un manga photographique sans éditeur
Photographies de Diane Ducruet
En 2004, lors de sa résidence d’artiste à Niort avec Joan Fontcuberta, Diane Ducruet, avait alors décidé de réaliser une "BD"/Manga photographique pour enfant/jeune ados. L’ensemble des images réalisées sur place a mis deux ans avant de prendre la forme d’une proposition mise en page par Yann Gobert, Graphiste Free-lance. Après de nombreux mails, et démarches aucun éditeur ne s’intéresse à ce projet : la relation entre photographie et enfance serait-elle si malheureuse ?
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La mer racontée aux enfants
Livres de Philip Plisson
"Il n’y a pas que le cercle des photographes intellos parisiens pour parler aux enfants. Il y a aussi dans vos provinces, des femmes et des hommes qui s’investissent pour faire rentrer la photo et la mer dans le cœur des enfants." Le célèbre et incontournable photographe de mer, Philip Plisson, nous présente ses nombreux ouvrages consacrés à la photographie de mer, dédiés aux très jeunes lecteurs.
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Livres de photographies pour enfant : François Delebecque récidive
Fort du succès rencontré par son ouvrage photographique destiné aux plus jeunes “Les animaux de la ferme”, distingué par le prix des bébés lecteurs 2008 à Nanterre le 22 mars, François Delebecque renouvelle l’expérience. Au total, traduits du français en hollandais, catalan, espagnol, suisse et allemand, pas moins de 30 000 exemplaires ont été écoulés dont la moitié à l’étranger. Des chiffres dont le photographe n’a pas a rougir quand on sait que près de 7 000 livres pour enfants, photographiques ou non, naissent chaque année.
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briet75.jpg Mais Où sont les enfants ? Pourquoi les albums jeunesse photo sont-ils si peu nombreux ?
Entretien avec Tieri Briet (co-fondateur des Éditions Où sont les enfants?)
Avant de travailler avec Où sont les enfants ?, je n’imaginais pas que la photo puisse être aussi inventive pour illustrer un texte. Elle peut, autant qu’un dessin et parfois plus, faire appel à l’imaginaire, introduire ombre et lumière entre les mots.” Ce témoignage de Catherine Leblanc, auteur du livre pour enfant Litli illustré par les photographies de Séverine Thevenet, pourrait faire taire l’idée reçue selon laquelle les enfants ne sont pas sensibles à la photographie.
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  Quand les enfants déclenchent
La photographie, un monde mystérieux
Patrick Devresse et Horric Lingenheld ont la même passion : la photographie ; la même mission : l’enseigner. Dans la même région, le Nord-Pas-de Calais, chacun à leur manière, ils interviennent auprès des plus jeunes pour leur transmettre leur savoir. Questionnés au sujet du rapport entre les enfants et la photographie, les deux passionnés se rejoignent sur de nombreux points.
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