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25 janvier 2008

La venue des images

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Cette image je l'ai reçue hier de Madeline. Inconnue, visage d'enfant qui sait et interroge et quand l'image arrive jusqu'à l'écran où je travaille, j'écoute qu'on me parle d'enfant sorcier, du lien à interroger entre la pensée des enfants et celles que déploient les chamanes.

Alors a lieu l'incarnation, et aussitôt l'image devient le visage de l'enfant sorcier. Ce matin je veux savoir d'où vient l'image reçue, je pose la question à m. au téléphone. C'est un recadrage d'une photo de Sabine Weiss, prise en 1950, « L'enfant à la bougie». Ma mère avait l'âge sûrement de cet enfant en 1950 et je calcule, j'imagine la vie de l'enfant photographié, ce que faisait Deligny à l'époque face à d'autres enfants en prise, eux, avec une sorcelerie mentale qui foudroie et écarte.
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Je crois à la nécessité des images pour penser ce que l'enfant nous apprend. Hier encore j'ai reçu ce message qui me trouble. D'habitude Juliette Armagnac m'envoie les images qu'elle invente. Je les reçois comme des cadeaux, somptueux & capables de bouleverser. Elle sait l'attente dans laquelle je veux vivre, l'attente d'images comme les siennes où, souvent, j'apprends quelque chose de ce bloc obscur de l'enfance. Hier elle m'écrit ce message à propos d'une affiche : 8fac5816f181daf23a1e346737e537a6.jpg« Je viens de voir la nouvelle affiche sur le blog, et je l'avais déjà vue sur le site de TAXIE. Autant la première affiche est magique, toute en imagination et en douceur, autant celle-ci est, de mon point de vue terriblement ambigüe...
En fait, non, je ne la trouve pas ambigüe du tout, les sens sont flagrants : coup de flash sur un enfant torse nu, culotte apparente, grosse trace de rouge à lèvre sur le ventre et des yeux voyeurs partout sur le corps...
J'aime bien l'idée de dessiner sur le corps, des yeux et de l'envie de mordre la vie à pleine dent...
Mais c'est une bouche de grande personne, et les yeux ont l'air angoissés... On dirait qu'on dit : "Nous on regarde dans la culotte des enfants..."
Je sais ton désir de prendre des risques, de briser les taboos, mais là, le message que je reçois va à l'encontre de la liberté des enfants... Je ne sais pas dans quelle mesure je peux donner mon opinion sur les visuels d'Où dont les enfants ?, mais je préfère être franche, celui là m'a fait franchement peur...»
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Dans un texte à propos du Voyage au bout de la nuit et des illustrations de Tardi, Laurie Viala invente la notion d' «outre-texte». C'est une idée que je fais tourner depuis quelques jours : « Le genre merveilleux ne s'évanouit que ponctuellement dans le texte célinien, mais il est partout en sommeil et se manifeste par intermittence. Il n'est pas innocent que Ferdinand dans Mort à Crédit soit incapable d'écrire La légende du Roi Krogold, car c'est peut-être à ce moment que l'illustrateur peut et doit prendre le relais. Ce domaine de l'outre-texte appartient aux adaptateurs, au premier rang desquels le lecteur. Cet « autre monde » à la fois légendaire et mythique reste indicible pour l'auteur. Il ne peut que signaler son existence, donner quelques fugaces impressions, mais les mots ne peuvent le contenir ».

Depuis je bute face à la question qui demeure : les photographes peuvent-ils, peuvent-elles capturer cet « autre monde », travailler sur le terrain de l' outre-texte ? Et qui apportera la réponse jusque ici ?

Commentaires

En ce qui concerne les réflexions de Juliette sur les affiches, je ne sais pas si je suis d'accord avec elle mais puisque le débat est ouvert, je donne mon avis !
Je ne sais pas ce que veulent dire ces images. Ni si elles sont dérangeantes ou non. Juste que pour moi, elles ne posent pas la question qu'elles sont sensées poser. Mais peut-être que le but est que chacun ait envie de se poser ses propres questions à partir de l'image. Peut-être qu'en posant votre question : "Où sont les enfants ?", vous demandez à chacun de poser sa propre question. Peut-être que ça sert à ça, une image. Non pas questionner les gens, mais faire en sorte qu'ils nous questionnent, qu'ils questionnent le monde.
En tout cas, moi, si j'avais dû faire cette campagne d'affichage, j'aurais aimé montrer des photos sans enfants. Des photos dans des endroits où on s'attend à voir des enfants (sur une balançoire, dans une classe...) mais où les enfants ne sont pas là. Du coup, la question : Où sont les enfants ? posée sur une image dont les enfants ont fugué, aurait, je crois, vraiment interpellé celui qui regarde la photo. Parce que les enfants sont partis. Ils ne sont pas où on les attendait, dans les cases où on les avait mis. Ils sont ailleurs. Dans les albums d'Où sont les enfants ?, peut-être...

Écrit par : Sandrine | 25 janvier 2008

J'ai tourné les pages, un jour, d'un book de photographe qui recensait les photos de lieux désertés par les enfants. Une photographe lyonnaise dont le travail inquiète, j'ai oublié son nom, j'oublie souvent les noms. Tobogans vides la nuit dans une lumière orange, balançoires sans aucun corps aux alentours. Images de désolation, un monde sans enfants est une image irrespirable de l'avenir. Comme la chanson d'Oxmo Puccino, un enfant seul : t'es comme une bougie qu'on a oublié d'éteindre dans une pièce vide.

Écrit par : Tieri | 25 janvier 2008

Mon frère scandait la chanson d'Oxmo Puccino dans la maison il y a quelques années.

Ces photos ne me dérangent pas, je trouve ça drôle de se barbouiller le corps, et je ne trouve pas forcément choquant d'embrasser son enfant sur le ventre.
Pourtant, le débat entamé par Juliette et poursuivi par Sandrine a vraiment lieu d'être.
Les enfants sont à la merci des adultes. Que les adultes qui les entourent soient intégristes catholiques ou bobos libertaires, c'est toujours au moins en partie une violence que d'être à la merci des autres.
Un corps d'enfant ne peut pas être un terrain de jeu pour un adulte, quel que soit le jeu. Un corps d'enfant ne peut être un emblème de liberté pour d'autres. Et si brider un enfant, l'empêcher d'avoir des contacts physiques est dur, le sexualiser est encore plus dur à mon avis, puisque c'est une instrumentalisation, une manipulation de l'enfant.
Je n'avais pas vu l'affiche comme Juliette, mais une vraie question se pose aux éditeurs et aux auteurs jeunesse, d'Où sont les enfants et d'ailleurs : c'est qu'à trop vouloir libérer & exprimer l'enfance, l'enfance n'est plus qu'un prétexte - c'est soi même qu'on veut libérer. De quoi ? De sa propre enfance ratée ? De la frustration d'avoir perdu son enfance ?

Les adultes ne peuvent que s'imaginer ce que sont les enfants, mais personne ne peut parler à la place des autres. Je crois que même Où sont les enfants fait comme ça : déformer les enfants selon la (belle) vision qu'on a d'eux.

Mais quand on éveille notre propre enfance, elle est là.
Pour moi, le livre le plus magique d'Où sont les enfants est Petite brouette de survie. Je l'offre aux gens, je le relis très souvent, parce que c'est un enfant qui l'a écrit, peu importe l'âge de cet enfant. C'est un cerveau ouvert sur l'imaginaire, qui voit le monde comme dans un rêve, qui a écrit ce livre.

Écrit par : Atlantica | 25 janvier 2008

j'osais pas...
j'osais pas dire ce que cette affiche-là, me laissait comme première impression...
j'osais pas parce que j'ai beaucoup aimé la première affiche que tu m'as donné à montreuil, et que la 2è de la série me plaisait aussi !
2 sur 3, c'est déjà bien !!
;-)
j'osais pas, donc, mais juliette a osé et je dois dire que ses mots à elle reflètent assez ce qui est resté coincé dans mon bide au premier abord...
après, j'ai vu ces yeux un peu comme des tatous, comme un jeu. un déguisement. alors bon, oui, peut-être, pourquoi pas...
mais je sais pas, les premières impressions reviennent contrer ce pourquoi pas...
et il reste que cette affiche-là, elle me met, moi, dans un drôle d'état...
peut-être que ça me renvoie à des choses que j'ai pas forcément envie d'affronter...
je sais pas, sans doute que les photos qui dérangent sont celles qui portent en elle une force peut-être insoupçonnable...

Écrit par : sophiegda | 25 janvier 2008

j'ai oublié de revenir sur cette image de madeline !
une photo, un regard qui me parle (pourrait-il en être autrement ?)
sur la version du premier cadrage, j'y ai vu giorgia, une des héroïne du film "la meglio gioventu". et ça, ça m'a soufflé !
et toutes les émotions que m'ont laissé ce film qui dure 6 heures me sont revenues à fleur de peau...
waouah !!!!

Écrit par : sophiegda | 25 janvier 2008

Tieri,
j'ai montré à une amie cette affiche. Elle me dit, oh, ça me choque moins que les magazines pour enfants qui leur apprennent à refouler tout leur être pour ressembler à des petits consommateurs sans recul ni personnalité propre.
Un autre ami la trouve bizarre et pas belle mais pas choquante.
Bref, ça fait débat.

Écrit par : Atlantica | 25 janvier 2008

Atlantica merci pour ta pensée ici à propos d'une image qui nous questionne, qu'on va faire circuler parce qu'on aime vraiment beaucoup les points d'interrogation affichés sous les yeux de ceux qui savent, croient savoir et affirment.

Sophiegda ce film il faut aller le voir, maintenant que tu en parles, envie d'aller voir vite chercher cette nuit des images avant dimanche.

Et puis, en réponse, ce texte d'un tract qu'on prépare pour distribuer dans la rue, dans l'ennui des rues mortes, dans les travées intégrées du commerce absolu :

LES YEUX DES ENFANTS SONT IMPORTANTS
EVITEZ LES IMAGES QUI MOISISSENT

Écrit par : Où sont les enfants ? | 26 janvier 2008

Au secours ! Je vais être maman dans deux semaines et je collectionne depuis longtemps les livres pour enfants. A vous lire je ne suis plus du tout sure de ce que je lui lirai et ne lui lirai pas. J'ai déjà jeté la télé, mis les BD adulte sur l'étagère du haut. Ensuite je fais quoi ?

Écrit par : Julia P. | 26 janvier 2008

Se libérer, oui. Libérer aussi, transmettre ce goût définitif, surtout...

Écrit par : Géraldine | 26 janvier 2008

Atlantica a écrit : « ... c'est qu'à trop vouloir libérer & exprimer l'enfance, l'enfance n'est plus qu'un prétexte - c'est soi même qu'on veut libérer. De quoi ? De sa propre enfance ratée ? De la frustration d'avoir perdu son enfance ? »

Pour essayer de répondre, il ne s'agit pas de libérer l'enfance. Je vis seul avec des enfants, les miens et c'est une expérience qui me transforme, ma vie sociale est aussi bien au milieu d'enfants, ceux des écoles et ceux qui participent aux livres, la société des enfants m'intéresse autant sinon plus que celle des adultes. Le projet d'Où sont les enfants ?, qui se dessine un peu plus à chaque livre, c'est d'être suffisamment attentifs à la pulsation propre de l'enfant présent à chaque image pour saisir quelque chose que je ne sais pas nommer, mais qui appartient à ce moment-là de l'existence, qui s'estompe ou se renie ensuite tout en continuant d'agir à l'intérieur de la pensée adulte.

L'enfance nue, l'enfance à l'état brut est une force, une respiration, une peur qui plus tard hanteront l'adulte qu'on devient. Mais ce que j'apprends des enfants en fabriquant ces livres avec eux, aucun artiste, aucun chercheur, aucun docteur de l'âme n'a pu me le montrer.

Écrit par : Tieri | 26 janvier 2008

Á Géraldine : pour te répondre j'ai cherché ces phrases de Bernard Faucon que j'ai retranscrises avec l'article d'Hervé Guibert (Fiction étrange) : « Comme si à un moment donné, au lieu de chercher l'enfance derrière soi, il fallait la chercher devant soi ». Cette notion me parle, me frappe et m'a envouté il y a plus de 20 ans, quand j'ai rencontré B. Faucon et son travail. Alors oui je crois que je cherche l'enfance devant moi, en m'alliant à d'autres enfants qui m'apprennent à avancer comme le Stalker de Tarkovski, attentif à son enfant muette, tirait ce pouvoir d'apprendre aux hommes à se mouvoir dans la Zone sans venir y mourir.

Écrit par : Tieri | 26 janvier 2008

En faisant ces remarques, je ne m'attendait pas à "lancer un débat".
Mais tout ce que je lit là me donne envie de creuser encore, de questionner ma pratique.
Pour revenir sur l'affiche : je n'ai rien contre faire des bisous sur le ventre de son enfant, le prendre en photo tout nu et trempé dans la baignoire, de dessiner avec lui des tatouages pirates...etc.
Mais faire un livre ce n'est pas faire un album souvenir.
Prendre une photo c'est recadrer la réalité, pointer du doigt, mettre en évidence, et donc re-raconter.
Offrir au regard de tous.
Ce qui me gène terriblement dans cette photo, ce n'est pas qu'on voit la culotte d'un enfant, ce n'est pas qu'il ait des yeux dessiné sur le corps, ce n'est pas qu'on se dise qu'un adulte lui a fait une bise sur le ventre...
Ce n'est donc pas l'idée, mais le rendu définitif.
Lorsque j'ai travaillé sur Prénom Camille, j'ai pris des centaines de photos : Camille de dos assis sur le rebord de la baignoire, regardant son reflet dans le miroir derrière lui.
En une demie heure, Camille jouait à rentrer son ventre, à se gratter les pieds... sans prêter attention à moi, rien d'indécent.
Seulement un changement de lumière ou de réglage de l'appareil et la photo ne raconte plus du tout la même chose : on passe d'un Camille qui s'émerveille d'avoir des ailes dans le reflet du miroir, à un Camille handicapé qui tourne le dos à l'adulte dans une posture de crainte.
Pourtant en vrai, rien n'a changé.
Ce qui me dérange dans cette affiche c'est que les yeux ne sont pas vraiment dessinés sur le corps de l'enfant, ils ont l'air tristes et anxieux. Le coup de flasch isole l'enfant de ce qui l'entoure du coup il à l'air d'être dans une cave... le nom de la maison d'édition est posé sur la culotte et donc oriente le regard...
Refaisons exactement la même photo, essayons juste un exécussion différente.

Sinon, ce qu'aborde Atlantica me trouble sincèrement.
C'est vrai, malgrès toute notre volonté, nous ne sommes plus des enfants.
Nous pouvons vivre avec eux, nous laisser porter et voyager dans leurs univers mais en aucun cas on le vit comme eux.
Dans mon travail de photographe, c'est bien moi qui pense les photos, qui les prends, qui les sélectionne, les recadrent, les monte...etc.
C'est au moment de la prise de vue que, de plus en plus je laisse faire l'enfant avec lequel je travaille (du moins j'essai).
Mes photos sont alors un mélange de cet enfant, de comment il me voit, de comment moi je le voit, de l'enfant que je me souviens avoir été et de l'illustratrice que je suis.
En aucun cas elles sont le reflet de l'enfance à l'état brut, ça rien ne peut le montrer.
Même si certains photographes dont Tieri nour rapporte fréquemment les superbes images s'aissisent des instants de vie pure, en aucun cas ces photos ne sont la vie...
Elle la raconte dans un cadre, d'un point de vue bien précis.

Pardon pour la longueur de ce commentaire...
Je ne sais pas si tout cela est très clair, c'est déjà fouilli dans ma tête, et les mots ne sont pas mon mode de communication habituel !

à suivre j'espère, j'ai bien envie de continuer à me questionner !

Écrit par : Juliette | 26 janvier 2008

j'ai laissé passer du temps avant de répondre. le temps qu'avance en moi la question auquelle je suis confrontée chaque jour depuis que je suis libraire jeunesse : qu'est-ce qu'on donne à voir aux enfants ? ce livre-là, écrit, illustré, photographié, édité, vendu par un adulte à un adulte (le plus souvent), comment je sais qu'il va plaire, remuer un enfant ?

les deux livres qui m'ont le plus touché ces derniers mois sont Emilie Pastèque d'Emmanuelle Houdart et Dans moi de Kitty Crowther. Deux livres dont l'univers graphique est très proche. J'ai mis très longtemps avant d'aimer les images de ces deux artistes. Au début, les images d'Emmanulle Houdart me terrifiaient. Comme celles de Susanne Jansen, comme les images de Thierry Dedieu sur l'Ogre.
Mais ce sont ces albums qui restent en moi. Ceux qui peuvent venir bouleverser quelque chose à l'intérieur.
La première fois que j'ai vu l'affiche de Taxie, je ne t'ai rien dit, mais moi aussi elle m'a dérangée. Au premier regard. Je crois qu'on ne peut plus montrer le corps d'un enfant sans que tout de suite, les gens s'interrogent.
Mais je crois aussi que c'est le sens de cette maison d'édition. Venir interroger là où personne n'interroge. Si cette affiche questionne autant, alors elle est réussie.

Écrit par : m. | 26 janvier 2008

bonsoir je trouve le questionnement de Juliette et l'analyse qu'elle fait de la photo de taxi tout à fait convaincants. Le cadrage de Madeline de la photo de sabine Weiss vient pour moi comme réponse à cette photo car là, c'est l'enfant qui nous regarde et non plus nous qui regardons le corps seul. Avec l'ombre et la lumière, le mystère reste entier, préservé, et la présence insondable.

et Tieri, en lisant ta citation de Bernard faucon, j'ai repensé à ces mots de Marie-Claire Bancquart qui m'avaient frappés :

j'irai vers l'enfance
que je n'ai jamais eu
et qui m'attend

Écrit par : catherine leblanc | 27 janvier 2008

bonsoir,
je rentre de week-end et lis au fur et à mesure toutes les réflexions autour de mon affiche. J'en tremble, je sens qu'il faudrait que je prépare point par point un argumentaire, mais je sens également qu'il faut que je réponde vite.

Tieri m'a commandé 3 affiches, une série, lors de notre deuxième rencontre avec une CARTE BLANCHE. J'ai senti qu'il fallait pour cette maison d'édition quelque chose de fort de "rentre dedans"

où sont les enfants ?

Lors d'une soirée un gamin s'est mis a arracher tous les autocollants d'un magazine pour se les coller sur tout le corps......HOUAAAAAA, mais c'est ce que je cherchais, me dis-je.

J'aimais l'idée de (nouvelle) présence dans l'absence. (de camouflage)

En effet cette image a quelque chose qui dérange, mais la question où sont les enfants ? porte cette angoisse.
Ce n'est pas la maison d'édition que je présente mais la question qu'elle pose.
j'avais envie d'une double lecture : - un visage qui crie - un corps d'enfant qui porte une autre vision, image.

Cet enfant n'est pas nu, mais torse nu. Et ils adorent se dénuder, se regarder, faire parler leurs fesses, lancer des faux missiles avec leurs zizis etc....

Un cadrage très serré, pour l'idée de double lecture mais également pour une plongée dans le corps, dans les tripes.

le dessin des yeux curieux, anxieux, interrogateurs parce qu'on est pas au pays des bisounours et ils n'en rêvent pas.

Sur les critiques "coup de flash", l'image est très froide sur le blog, elle est en réalité bien plus réchauffée. (moins verte)


j'ai des yeux partout,
des marques d'adultes qui me construisent,
je cri
et tu ne sais toujours pas où je suis.

Écrit par : TAXIE | 27 janvier 2008

Merci Laure pour ta réponse.

Et c'est vrai que ces affiches, dans la demande initiale, devaient seulement poser la question « Mais c'est vrai, où sont passés les enfants ? » C'est l'idée de camouflage, de disparition d'un corps d'enfant sous les regards posés sur lui qui nous avait plu. Les corps d'enfants sont devenus de tels enjeux qu'ils ne semblent plus leur appartenir, enfouis & camouflés sous les discours et les regards. Je crois que cette image raconte cette situation de façon littérale, nous mettant ainsi en accusation, que l'on soit parents, enseignants, éditeurs, auteurs jeunesse, pédo-psys ou spécialistes de l'enfance, tous accusés par une image d'escamoter les corps des enfants

Écrit par : Où sont les enfants ? | 28 janvier 2008

"Avec quoi nous durons, depuis l'enfance, avec quoi nous pensons, et tous ces mouvements aussi que nous avons faits, hésitations d'amitié ou les emportements d'amour, avec quoi nous souffrons, depuis l'enfance, avec quoi nous dormons, et toutes ces fièvres qui nous ont traversés, tremblements de nos membres et notre souffle d'origine à jamais perdu, avec quoi nous jouons, depuis l'enfance, avec quoi nous attendons, mélancolies recommencées et la solitude-, une eau où ne rien regarder, un ressassement, avec quoi nous inventons, depuis l'enfance, avec quoi nous travaillons, peu de bruits, peu de couleurs, et ces phrases mal écrites où nos mains cherchent à s'enterrer, avec quoi nous retournerons dans l'enfance, dernier repliement,
la parole et le reste."

Michel Butel. Epilogue de L'autre journal n°1 - mai 1990.

Écrit par : Michel Butel | 28 janvier 2008

Je sais que le comité de lecture d'OSLE est composé d'enfants. Comment ont-ils réagi en regardant l'affiche ? Cela nous aiderait peut-être à repenser notre position dans cette discussion ?

Écrit par : Géraldine | 28 janvier 2008

A Géraldine.
Face à l'affiche les enfants rient. Ici ou à St Paul les trois châteaux, ils montrent l'image du doigt en riant, en appelant leurs copains pour qu'ils voient eux aussi. Je crois que l'image leur parle et en discutant avec eux, une certitude qu'ils partagent : le bisou sur le ventre c'est forcément une maman.

Écrit par : Tieri Briet | 05 février 2008

Alors, Madeline a raison ! C'est une affiche réussie !

Écrit par : Géraldine | 05 février 2008

les enfants sont épatants !
(bien plus que les grands, je trouve...)
et les éditeurs qui savent anticiper sur ce côté épatant, alors ils sont eux aussi épatant !
;-)

Écrit par : sophie | 05 février 2008

Oui, Sophie ! J'ai toujours eu un peu peur pour les gens que j'aime... Voilà, c'est dit !

Écrit par : Géraldine | 05 février 2008

Comme je l'ai dit, sur la note précédente, cette photo me choque.
Compte-tenu de votre réponse, je me suis remise en questions et j'ai pensé que peut être je voyais le mal partout !
Ma fille aînée a été la victime d'un pédophile.
Je lui ai montré cette photo pour avoir son avis : elle a quinze ans.
Je l'ai également montrée à ma fille de 12 ans.
Je vous livre leurs impressions.

- Bah, on dirait une photo porno !
- Ca me fait penser à moi ! Comme si tout le monde savait ce qui m'arrivait avec tous ces yeux ! C'est dégoûtant ! En plus la bouche ! On dirait celle d'un adulte et c'est dégoûtant ! Et pourquoi l'enfant est en slip ?

Votre propos n'était, je n'en doute pas, de créer ce genre de réactions. Je comprends que certains enfants trouvent cela rigolo. Mais pour les victimes, comme ma fille, la vision de cette photo et sa réflexion est tout autre !

Écrit par : Erika la guerrière | 07 février 2008

les propos d'Erika me font redire ce que j'ai déjà dit : si cette image fait tant parler, c'est qu'elle est réussie. Depuis qu'Où sont les enfants publie des livres, j'ai l'impression qu'avance en moi l'idée qu'une photo n'est pas forcément "belle", un livre pas forcément "beau" mais qu'à partir du moment où l'on cesse d'avoir peur de ce qui fait naître les mots, je crois qu'on grandit. Que vos filles n'aiment pas cette image, je peux, il me semble, le comprendre. Comme lorsqu'un film bouscule au point de ne pas pouvoir parler plusieurs heures après l'avoir vu. On ne dit pas aux gens "j'ai aimé ce film" ou "je ne l'ai pas aimé". ça n'a rien à voir avec le beau. ça bouscule. ça avance.
j'ai cherché et je cherche encore les images et les mots qui font ça.

Écrit par : madeline | 07 février 2008

encore une chose. je ne connais pas Laure, qui a créé cette affiche avec son petit garçon, mais quand je vois cette affiche, je pense à l'amour d'une mère sur le nombril de son garçon. Lui, il ouvre les mains comme pour dire "voyez. Voyez tout l'amour qu'elle me donne, je le rends. Je vous le donne à mon tour".
Chacun voit ce qu'il veut avec son histoire.

Écrit par : madeline | 08 février 2008

Il fallait répondre. Madeline l'a fait avec ses mots. A mon tour et je vous l'avoue Erika, j'ai réfléchi à votre commentaire, à ce qu'il veut dire. Vous posez la question du regard. Le regard qu'on pose sur les corps. Et c'est précisement l'impulsion, je crois, de cette affiche d'indiquer l'omniprésence de ces regards, le carcan qu'ils forment, à force. Les corps d'enfants, aujourd'hui, portent le poids de trop de regards. Comment les aider à échapper ? Les livres qu'on fait sont des tentatives, aventurer les corps d'enfants pour qu'ils échappent.

Assimiler le torse nu d'un enfant à une image pornographique, je crois que c'est assez grave et je ne comprends pas. Il y a une symptomatologie des images qui reste à faire si l'on veut établir le bilan de santé d'une société malade. Que les corps d'enfants soient devenus l'objet d'une pornographie spécifique, maladive et pathogène est un symptome inquiétant dans la guerre des images où nous sommes jetés, nous et nos enfants, à partir du moment où l'on descend dans la rue, où l'on allume un écran.

Un torse d'enfant tatoué n'est pas une image pornographique mais une image qui interroge. L'image pornographique impose, avec violence, une représentation sexuelle toujours normative. L'écart entre une image autoritaire et une image énigmatique est déterminant, un enjeu où se détermine une part de nos libertés. Cet écart se situe à la frontière qui sépare l'usage totalitaire que le commerce fait des images et la nécessaire pratique artistique qui consiste à interroger les images, la fascination qu'elles exercent et l'interdépendance qu'elles tressent avec l'imaginaire. En espérant avoir répondu, avec mes mots, à votre accusation.

Écrit par : Tieri Briet | 09 février 2008

Bonjour,

Je partage entièrement l'analyse, les arguments et les réserves de Juliette.

Il me semble important de le dire puisque j'ai un livre au catalogue d'OSLE qui s'affiche ainsi aujourd'hui.

Et puisque j'y ai ce livre - et qui plus est un livre posant la question de la nudité- je tiens simplement à ajouter que si je pense moi aussi que «les corps d'enfants, aujourd'hui, portent le poids de trop de regards», je ne me reconnais pas pour autant dans le projet éditorial formulé ici par Tieri Briet : «Les livres qu'on fait sont des tentatives, aventurer les corps d'enfants pour qu'ils échappent».
Je n'ai pas conçu et publié "Mlle Zazie et les femmes nues" dans cet esprit.

Sans autre intention aucune que celle de souligner cette nuance,

Thierry Lenain

Écrit par : Thierry Lenain | 17 février 2008

Heureusement quand même que monsieur Briet est là avec son beau projet éditorial...

Écrit par : Frantic Brain | 18 février 2008

Des questionnements sur le sens profond de notre pratique et notre responsabilité en tant que créateurs ont été soulever ici.
Je réfléchit, je réfléchit...

Qu'est ce qu'il en reste : une image est "bonne" et "fonctionne" parce qu'elle fait débat ...
Je ne partage pas cet avis.
Allons plus loin et remettons sens cesse le travail sur la table...

Juliette

Écrit par : juliette | 20 février 2008

Bonjour,
Cette problèmatique m'a renvoyé à notre travail sur Zazie et sur la question de ce que nous pouvions montrer ou pas. En tant que "graphiste" j'avais fait des photos, et retravaillais celles-ci en fonction de couleurs, de formes (abstraites). Je pense là aux prises de vue dans le jardin. Quand je les ai retravaillées, recadrées je continuais à ne voir que des couleurs et c'est là que Thierry à soulever le problème du SENS.
Et il est évident qu'en tant qu'adulte il faut penser au sens et aux regards poser sur ces corps. Avec les photos du jardin il est évident que Zazie ne serait pas sortie. Non pas par caprice de Thierry mais par REFLEXION. Nous faisons des livres pour enfants. Nous sommes des adultes qui faisont jouer des enfants. Tous ça n'est que mise en scène d'enfant.
L'outils photographique est dangereux car si les enfants qui participent
aux projets comprennent la dimension du Jeu, ceux qui voient le produit
fini eux, ne voient que la réalité.
Bref nous ne pouvons pas au nom de la "liberté" jouer avec des images ambigües. Notre société marche avec des codes (bon ou mauvais, mais codes quand même) et si les enfants ne les connaissent pas encore, nous oui. Du rouge à lèvres n'a jamais été le code de la maman, mais bien un code de séduction entre adultes.
Ne projettons pas nos rêves d'adultes dans leur regard d'enfants...

Écrit par : Magali Schmitzler | 21 février 2008

Magali, Juliette, Thierry, Frantic, vos commentaires bien sûr méritent une réponse. Les questions que vous posez, je me les pose aussi. La sortie de Litli transforme mes journées en course contre la montre. Mais ce dimanche j'arrête les kilomètres, je m'asseois sous l'arbre au fond du jardin ou face à la mer et promis, je prends tout le temps qu'il faudra pour vous répondre.

Écrit par : tieri | 21 février 2008

J'avais amené mon carnet à la mer.
Pour essayer de répondre même si c'est compliqué : parler de codes sémantiques, de rêves d'adultes, de travail sur la table et de projet éditorial, puisqu'on prenait les grands mots pour interroger une image de pirate. (Question d'un enfant à St Paul : Est-ce que c'est un vrai pirate ou un enfant qui se déguise ? A la mer j'avais le livre de Pierre Michon, « Le roi vient quand il veut ». Il y parle de Bourdieu, de son idée que les écrivains à leur manière sont des espèces de pirates, et je crois profondément à cette idée. A 8 ans mon fils est incollable sur les pirates, Libertalia et la flibuste des caraïbes à l'océan indien, avec lesquels il a tendance aussi à mélanger Robin des bois et Zorro, avec quelques figures d'aujourd'hui comme Akhenaton (le chanteur d'IAM), Peter Watson ou le sous-commandant Marcos. Résultat, je suis un peu gêné quand mon gamin traverse le village avec ses copains, torses nu et tatoués avec quelques images et slogans venus du rap ou de la piraterie. Je sais que l'Education Nationale ne sera pas d'accord, le ministère de l'intérieur non plus et qu'il faudra savonner tout ça pour la rentrée des classes. Je sais que les mamans me feront les gros yeux, je cherche pourquoi Bourdieu racontait ça des écrivains, je vais creuser dans les livres où j'ai appris que le mot pirate venait d'un verbe grec signifiant « tenter l'aventure ». Quand je rencontre des classes d'enfants autour du livre « Petite brouette de survie », je leur demande de raconter quelles aventures ils ont vécu, quelles aventures ils voudraient vivre. La société où ils grandissent, entre école et télé, est devenue irrespirable et ils le disent avec leurs mots. Alors j'ai dessiné un drapeau avec la roue des Roms et par dessous écrit : Tentez l'aventure, vite ! J'ai accroché le drapeau à la cabane du poulailler où se posent les corbeaux et les pies, et quand j'aurais récupéré l'appareil photo je ferai une image, promis, pour amener dans les écoles où les enfants continuent de rêver d'aventures.

Écrit par : Tieri | 28 février 2008

Ce qui m'étonne, dans les propos ci-dessus, c'est leur incroyable décalage avec la consternante réalité de cette affiche de facture publicitaire.

Qu'on revendique cette affiche, et l'idée qu'on puisse avoir dit à cet enfant, dont des adultes ont décidé d'exposer le corps ainsi mis en scène, que tout cela relevait d'une connivence de flibustiers me donne encore davantage la volonté de réaffirmer une chose. Si cette affiche représente "Où sont les enfants ?", c'est "Où sont les enfants ?" moins un livre. Le mien.

Écrit par : Thierry Lenain | 29 février 2008

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