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05 octobre 2007

La vieille dame qui photographiait les enfants

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Helen Levitt - New York, 1980 
 

Si les rues de New York étaient des jardins, Helen Levitt aurait cherché ce qu'il y avait de plus intense à travers leurs allées. Et ses photos seraient remplies de fleurs. Mais les trottoirs d'East Harlem sont aussi verts que le ponton d'un porte-avion, seuls les gamins y poussent encore et c'est dans leurs visages que passe l'intensité. Alors Helen Levitt s'approche des coins où ils vont jouer, deux marches au seuil d'un immeuble, un morceau de trottoir où ils ont dessiné à la craie, et pendant 40 ans elle va s'y obstiner, tenace, certaine d'y approcher un trésor si elle apprend à ne pas effrayer. C'est dans leurs jeux sûrement que la vie passe, et dans leurs corps qu'elle viendra se montrer, elle sait tout ça d'instinct et les photos le vérifient. Son vieil instinct de femme qui court avec les loups. Alors elle y va, à la frontière des rues. C'est là qu'elle viendra prendre toutes ses images, avec dedans les yeux braqués sur elle.

 

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Helen Levitt - New York, 1940

 

Helen Levitt. Fondation Cartier-Bresson.
2, impasse Lebouis, Paris-14e.  Jusqu'au 23 décembre.

Commentaires

ouf ! je la troute très dure, la première photo ! au premier regard, j'ai cru que cette voiture verte venait de heurter l'enfant, qui lui-même essaie tant bien que mal de s'extirper de dessous les roues.
le choc passé, à l'évidence, je vois mieux ce qu'elle veut montrer...
mais reste le choc éprouvé spontanément, à prime abord...
heureusement, les sourires du deuxième cliché le désamorce un peu...

Écrit par : sophiegda | 05 octobre 2007

C'est dans l'espace qu'elle répartit entre machines et vivants qu'on reçoit la violence. Frontale, envahissante. Et choquante oui. Les voitures ne servent pas qu'à percuter les enfants. Elles commencent par leur reprendre le peu d'espace où ils pourraient aller jouer dans les villes.
Quand on demande à H.L. pourquoi elle a cessé de photographier, elle répond qu'il n'y a plus d'enfants dans les rues.

Écrit par : Tieri | 05 octobre 2007

parfois, restent les ruelles. lorsqu'elles ne sont pas trop sombres. ou pas trop insalubres...
c'est peu... trop peu.

Écrit par : sophiegda | 05 octobre 2007

Les ruelles ont l'odeur des pissotières, les impasses le parfum des poubelles où vont les rats. Au milieu les enfants peuvent aller guetter. Ils croient encore à la métamorphose des endroits où ils trainent, aux balivernes qu'on raconte. Puis on les tire par la main. Pas ici mon trésor, tu vas encore te salir. Alors ils cherchent encore un peu l'aventure, la trace d'insectes dans l'interstice des pavés. Ils veulent des animaux, des chiens errants, des renards à l'affût. Après ils peuvent grandir, ils oublieront les animaux.

Écrit par : Tieri | 05 octobre 2007

il faudrait semer des fleurs dans ces endroits lugubres. des fleurs qui sauraient se frayer un espace pour grandir, fracasser le bitume. à coups de fraîcheur.
doux, les coups.
mais une douceur qui aurait la force d'un géant.

Écrit par : sophiegda | 05 octobre 2007

Oui c'est ça qu'il faut faire. Laisser le lierre envahir, et l'herbe-à-robert creuser partout ses lézardes, le cheveu-de-Vénus va préparer le nid del'Antimoine. C'est l'idée de Pierre Senges dans Ruines de Rome : l'ancien employé du cadastre devient un saboteur digne du gang des clés à molette, il envahit la ville de fleurs et d'herbes folles qui vont dévaster les pires murailles, éventrer le goudron. Le chiendent est devenu une rêverie dans l'arsenal d'écowarriors botanistes. Après tout, Kokopeli est depuis peu le pire ennemi de Monsanto. La tomate noire de Crimée, comme le purin d'ortie sont devenus les instruments d'une guerre de basse intensité. Bonne nuit quand même chère Sophiegda.

Écrit par : Tieri | 05 octobre 2007

croire à la métamorphose des endroits où traîner, oui !
"l'important étant la qualité du regard, bien plus que ce qu'on regarde"
(je cite de mémoire Yves Heurté)

belle nuit, étoilée, à toi !

Écrit par : sophiegda | 05 octobre 2007

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