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27 septembre 2007

Les lettres qui piquent

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Les lettres qui piquent
© Severine Thevenet / Où sont les enfants ?

 
C'est un livre à venir, un livre pour l'an prochain. Un texte de Catherine Leblanc reçu l'an passé, et des photographies de Severine Thévenet prises cet été à Vaillac. Severine vient de nous envoyer une image, proche de ce qu'elle avait à l'esprit pour le livre. On la découvre ce matin, en allumant l'ordinateur. Et de toute la journée l'image  ne s'en va pas, malgré les  coups de téléphone et les devis,  malgré  l'agenda qu'on remplit à ras-bord non, l'image ne s'en va pas.

Tiguida dans les librairies

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C'est le début de l'aventure. Quand tout commence pour un livre. Tiguida est en train d'arriver sur les tables des libraires. C'est le 9ème livre d'Où sont les enfants? Différent, et comme un jeu d'enfant. Avec dedans le plein été des vacances.
 
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Tiguida et la potion magique
Double page

25 septembre 2007

La ville des photographes

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© Marcella Barbieri - Sans titre, 2007

Pour avancer les livres il faut aussi des voyages. Aller-retour à Paris pour rencontrer plusieurs photographes. Premier rendez-vous tôt le matin rue du poteau, près de la mairie du XVIIIème avec Marcella Barbieri. On a trouvé un texte très proche de ses images, un texte nocturne et aussi dense qu'un poème, écrit par Cathy Dutruch pendant l'été : "Et si moi je veux la lune ?" Une histoire qui raconte aux enfants cette exigence oubliée, piétinée au milieu de ce grand refoulement autoritariste qu'on traverse : Soyons réalistes, demandons l'impossible ! La littérature jeunesse pourrait aussi devenir l'un des derniers refuges d'utopies. Des utopies concrètes pour organiser la survie d'un imaginaire encore libre, dégagé, obstiné.
 
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 © Dialogue de l'image - Autoportrait de Valentin
 
A deux rues de là habitent Christine et Léa Talabard, deux des responsables de l'association Dialogues de l'image. C'est Isabelle Dubois, stagiaire à Où sont les enfants ? cet été, qui a imaginé un livre à partir du travail fabuleux que mène l'association depuis 1991. Pour redonner confiance à des enfants ou à de jeunes exclus, elle les initie à une pratique artistique très concrète, celle de la camera oscura ou du sténopé. C'est avec cet appareil photo primitif, bricolé dans une boite en métal qu'ils vont apprendre à montrer ce qu'ils voient, eux, de la ville où ils vivent, de Marseille à Beyrouth, de Naples à Alexandrie.
 
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 © Tendance Floue - Olivier Culmann
Zéphir, Lune et Mélusine - Sunset Ranch,
Mecca, Californie, 14.IV.2007 
 
Dernier rendez-vous avec le monde de la photo à Montreuil, dans un local où viennent travailler les photographes de Tendance Floue. Le lieu ressemble à une immense salle de rédaction, en plus calme. On dirait qu'ici le travail consiste avant tout à regarder des images. Sur écrans ou planches contact, les yeux rivés. Et le regard est souvent plus juste d'avoir lieu en silence. Là aussi, à parler avec Clémentine Semeria, à consulter leurs archives on sent qu'il y a des livres à inventer. Des livres destinés aux enfants, capables de la même intensité que leurs derniers ouvrages, Made in China ou Sommes-nous ?, ce livre fabuleux qu'il faut montrer et retenir. 

18 septembre 2007

Pas facile

 

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Mais pour sortir, impossible :
il faudrait savoir où est la porte d'entrée.
“C'est par où la sortie ?“ 

 

"Une photographie est un secret qui parle d'un secret, racontait Diane Arbus, plus elle vous en dit, moins vous en savez."

Je me demande s'il faut garder le secret sur les livres qu'on prépare. En montrer les photos ou pas. Les livres restent longtemps dans l'atelier, ventre ouvert, le temps qu'il faut pour trouver l'équation qui les rendra vivants. De temps en temps quand même, on va à la rencontre de ceux dont le métier est de lire, comme hier à la librairie Tire-Lire. Avec Stéphane Servant on y a présenté la maquette de Plastik, un livre en noir et blanc qu'il a imaginé avec Alice Sidoli. Curieuses, les bibliothécaires tournaient les pages sans rien dire. Ou presque. On a raconté un peu l'origine du livre, la complicité maintenant établie entre l'auteur et la photographe, la volonté de prolonger la recherche entamée pour 8h32. On a parlé de "Tu existes encore", l'album de Thierry Lenain avec des photos de Patricia Baud, du petit chaperon rouge de Sarah Moon et Michèle Sarlangue a rajouté qu'on éditait des livres pas faciles. Alors ce mot nous suit. S'ils ne sont pas faciles, nos livres, est-ce d'aller chercher d'autres images pour raconter des histoires aux enfants ? Les bibliothécaires n'ont pas répondu, silencieuses. Maintenant, c'est à vous que je pose la question.

 
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© Ellen Kooi
Siblini - Rim, 2006 

16 septembre 2007

Pauline et Pierre

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  © Hugues de Wurstemberger

Pendant vingt ans, Hugues de Wurstemberger a photographié ses enfants. A rebours de l’imagerie familiale habituelle, naïve et rassurante, il a transformé l’enfance de Pauline et Pierre en un territoire privilégié de l’imagination. Une centaine de photographies en noir et blanc, format carré, constitue cette chronique familiale sans durée qui fait basculer les menus événements du quotidien dans l’univers intemporel du conte. Autour des enfants, la mouche, le caillou, le champignon, la forêt, le nuage, le chien mort et le chat vivant… à eux tous le photographe insuffle vie, maniant tour à tour magie noire et magie blanche.

L’histoire que le photographe nous laisse inventer soude les enfants et la terre. De l’un à l’autre, des formes ténues entrent en résonance Les images sont traversées par une ligne, ligne qui sillonne l’omoplate de Pauline et la petite route de montagne bordée de neige, ligne qui creuse la chair de la grand-mère et l’écorce d’un arbre, ligne que dessine le photographe au fil de ce qu’il nomme un «voyage intérieur, fragmentaire».

Les enfants partagent ainsi la fragile condition d’un petit tas de neige ou d’un rayon de soleil sur une cime. Les visages et les traces éphémères émergent de l’obscurité sous l’effet improbable d’un éclat, d’un scintillement ou d’un reflet. Inlassablement, Wurstemberger photographie l’échappée lumineuse, celle-là qui perce dans la forêt, celle-ci qui traverse l’eau du bain.

Naïri Sarkis

«Ces images sont les dix doigts de mes deux mains», a par ailleurs écrit le photographe.

«Je les connais depuis si longtemps, patine intime, qu’elles me sont devenues légendaires, le conte que je raconte».


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 © Hugues de Wurstemberger

 

Un livre a été publié en 2005 aux Editions Quo Vadis :Hugues de Wurstemberger , Pauline et Pierre
 ISBN : 2-9600394-7-5

 

15 septembre 2007

Kentucky Eyeglasses

 

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Pour commencer, on pourrait dire que Ralph Eugene Meatyard a cherché, toute sa vie de père et d'opticien, des décors pour photographier ses trois fils, Gene, Michael et Christopher. Avec eux et à partir de leurs jeux, il tentait de mettre au point des images capables de restituer ce don qu'ont les enfants pour embrayer sur une histoire inventée. Avec Madelyn, leur mère, toute la famille prenait la voiture chaque dimanche et parcourait des kilomètres à la recherche de ces lieux qu'ils transformaient, à l'aide de deux ou trois accessoires, en décor étrange pour un conte qui reste à écrire. Dans l'esprit de Ralph, père et époux, il s'agissait de préparer la petite troupe familiale au grand œuvre qu'il imaginait depuis plusieurs années. Dans son amour de la littérature, il nourrissait une passion extrême pour l'œuvre de William Carlos Williams, et plus particulièrement pour Paterson, ce poème monumental auquel l'écrivain travailla pendant plus d'une décennie, de 1945 à 1958. Construit autour de la ville ouvrière du New Jersey qui lui donne son titre, et suivant le cours métaphorique de la rivière Passaic, ce long poème visuel offre le portrait éclaté d’une ville américaine à travers son paysage immédiat, ses scènes contemporaines et ce qu'il reste de son histoire coloniale, culturelle et industrielle.
  
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Meatyard envisageait de créer un équivalent photographique du poème, une œuvre polyphonique capable, à son tour, de faire le récit d'un paysage et le portrait des hommes qui y vivaient, tout en gardant la mémoire des pionniers et des ouvriers qui l'avaient façonné. Cette ambition qu'avait Meatyard, de donner aux photographies une puissance narrative et poétique, le rapprochait peut-être de Robert Franck, puisqu'ils lisaient les mêmes écrivains. La photo était vouée à devenir un livre, une nouvelle forme littéraire pour le récit ou l'épopée, et il fallait organiser les prises de vues pour donner à chaque image la richesse que contenaient les vers de Williams, des phrases aussi directes et pleines que 
 
 L’amour sans ombres s’étend à présent
                qui ne s’éveille
                               qu’avec la montée de
   la nuit.                                                   
 
Meatyard s'arrachait les cheveux, il ne savait pas comment inventer ces photographies, mais il était persuadé qu'en observant jouer ses enfants, en devenant leur complice, il trouverait le procédé capable de mettre en scène un poème d'une dimension équivalente.

 
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 Ralph Eugene Meatyard,
Child Lying on Ground with mask, 1959

08 septembre 2007

Tiguida, un livre d'aventures

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    Oui c'est un livre d'aventures. On le dit. Des aventures comme celles que s'imaginent, à plusieurs, une bande d'enfants au pied d'un immeuble, ou sur un bout de trottoir dont ils s'inventent un autre monde à explorer. Au bout du caniveau, la flaque peut aussi bien devenir un fleuve ou un cratère, et l'aventure commencer au premier mot qu'ils prononceront. Il faudra juste quelques bouts de tissu déchiré, deux brindilles au sol et un chien abandonné pour transformer le jeu en épopée, un monde où les formules magiques fonctionnent et où les caravanes vont s'envoler pour de vrai.

    Pour jouer il faut y croire. Les enfants le savent et le livre d'Ati ne raconte pas autre chose, conçu dans une complicité décidée avec les quatre enfants qui sont les comédiens du livre : Anna, Thaïs, Gabriel et Pablo. Les prises de vues ont rempli les journées d'un été dans la Drôme, dans ce paysage où Ati passe ses vacances depuis l'enfance. Et parce qu'il y avait une cabane à construire, et la potion magique à fabriquer, chaque acteur a pris son rôle très à cœur, exigeant ici un changement de nom, là un raccord de costume et se réappropriant toutes les répliques écrites par Ati.

    Quand Ati raconte les prises de vues, elle explique ce qu'on retrouve à l'image, et qui n'appartient qu'aux enfants : "Que Gabriel, passionné de foot, avait comme idole Cristiano Rinaldo et voulait donc prendre son nom et porter le maillot du Barça pour le livre. Pablo aimait les instruments de mesure, Anna adorait cette robe mexicaine et Thaïs, suite à de nombreux caprices de star s’est souvent retrouvée hors cadre ! Ils se sont approprié leur rôle très rapidement, regrettant souvent qu’il faille refaire la scène et qu’on ne puisse pas avancer plus vite dans l’histoire. Ils ont vécu totalement toutes les situations, et surtout la fabrication de la potion magique, qu’ils fabriquaient déjà depuis quelques années…"
 
    A chaque livre on apprend à écouter les enfants un peu mieux, à guetter leurs idées quand elles surgissent, pour inventer avec eux une histoire dont ils apportent, de plus en plus à mesure qu'on apprend, la part d'enfance qu'aucun créateur ne retrouverait ainsi à l'état brut. C'est un équilibre assez fragile, où les enfants viennent envahir images et histoire avec leur regard pas pareil, avec leurs préoccupations de gamins. Ati est dans cette connivence, attentive à leurs mots et aux personnages qu'ils aiment se bricoler. Ce livre en rend compte, à sa manière, dans une esthétique qui cherche à ne rien trahir de leur univers, entre trésor et pacotille.

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Page de titre
 

ATI - Tiguida et la potion magique.
Parution le 5 septembre 2007 - Collection Trésor et pacotille
Editions Où sont les enfants ?

ISBN : 978-2-915970-08-4

19,5 x 26,5 cm - 9,80 €
Texte et photographies : Ati -

Conception graphique : Laure Bex et Ati

 

 

 

05 septembre 2007

Tire-Lire

 

 

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    A Toulouse, tout le monde connaît la librairie Tire-Lire, librairie Sorcière pas loin derrière la place du Capitole. Surtout ceux qui aiment donner à lire de vrais livres aux enfants, enseignants ou parents, bibliothécaires ou grands-parents. C'est aussi la librairie où j'ai acheté, il y a 18 ans, le premier livre pour mon premier enfant, celui qui aujourd'hui lit Platon, Pierre Guyotat et les présocratiques en écoutant Michel Onfray à la radio. C'est vous dire le chemin qu'on peut faire dans les livres, pourvu qu'on ait un vrai libraire au coin de la rue. Et que c'est à Tire-Lire que Stéphane Servant viendra présenter ses trois premiers livres d'auteur jeunesse. Bien sûr on sera là, et on en profitera aussi pour présenter la maquette de Plastick, l'album qu'on éditera cet hiver avec Stéphane au texte, et Alice Sidoli en complice photographe. Alors rendez-vous au 17 septembre.
 
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 Enfant lisant des bandes dessinées dans une rue de New York,
12 octobre 1944.
 
© André Kertész 

03 septembre 2007

Retour à Lectoure, ville photographique

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    Le voyage à Lectoure n'est pas seulement un rendez-vous de travail. J'ai passé du temps par ici, voici sept ou huit ans, à photographier les ruelles du centre ville pour y trouver les décors d'un film, celui d'André Téchiné ou de Serge Moatti, je ne sais plus. Vie d'avant à préparer les tournages. Je connais ces maisons et le chien qui vient dormir au soleil, je l'ai déjà vu couché face à la pente, en travers de la rue. Quand j'y retourne ce matin c'est pour rencontrer Marie-Paule Fontano, la responsable de le bibliothèque qui vient de découvrir nos livres à Sarrant. Elle veut monter un projet de récit photographique avec l'école Gambetta, en exposer les images dans les deux salles de la bibliothèque, inventer un livre avec les enfants, face à face avec un photographe et un auteur.
 
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    L'été 2006, j'étais revenu avec Ana & Alejandro à Lectoure, pour voir avec eux les vidéos de Charles Pennequin à la Cerisaie. Monsieur Charles, le deuxième après Baudelaire. Je peux rouler des heures pour entendre Pennequin improviser n'importe où ses poèmes délabrés, sa poésie pour les nuls face à un dictaphone ou une vieille caméra, capable d'inventer une poésie directe, mal foutue mais vitale avec des bouts de ficelle dans la voix. Des textes comme ça : "Oui l’homme est né. Oui il a décidé de naître et oui il pense. Il pense que c’est mieux  on est nu et qu’on naît. Oui il pense que la vie nue, la vie à naître c’est à nu. Et la nudité gagne comme il dit. Elle gagne du terrain sur les planches, et sur les planches l’homme pense à la voix nue. Oui il y pense, il pense que sa voix est nue et son corps gagne, il est gagné. Le gain du corps c’est sa nudité oui, il pense ça.(...)" Ana avait aimé et retenu un texte de Pennequin qu'elle récitait sur le chemin du retour, contaminée en riant au volant, parce que la poésie aussi c'était contagieux. Avec son accent mexicain, dans sa bouche à elle Pennequin devenait brutal et immédiat, la meilleure rengaine aussi pour aller dans l'été au hasard, à la recherche d'une rivière où nager.

    Aujourd'hui c'est avec Juliette Armagnac qu'on  retourne à Lectoure. Mireille Loup exposait là cet été, c'est bon signe. Je passe prendre Juliette à Agen dans la maison des chats, derrière le cimetière en pente, au bord des prés. C'est lundi très tôt et les boulangeries sont fermées, les expos terminées depuis longtemps, décrochées. Marie-Paule F. entrouvre les volets de la bibliothèque et nous sert un café, répond au téléphone, vérifie l'accrochage des photos de Julien Roumette pour demain, elle est sur tous les fronts, elle sait que pour garder une bibliothèque en vie il faudra y aller, engager sa vie pour les livres, et qu'ils soient lus. il y a La chambre claire sur la table où l'on travaille, et derrière tous les livres de Jean-Loup Trassard bien rangés avec les portraits de Dieuzaide, les têtes d'Hervé Guibert & Bernard Faucon, des trouvailles éditées au Temps qu'il fait, à Cognac pas si loin.
 
    Alors on parle pour imaginer. Comment faire un livre qui soit une aventure avec les enfants de l'école ? Comment expliquer ça aux enseignants qu'on verra tout àl'heure, à l'ombre d'un marronnier pour le repas ? Et parce qu'on fouille quand elle répond au téléphone, on trouve un livre un peu bricolé avec les photos d'un enfant pirate qui boit du rhum au café du quartier. "Rum, Rom, Rum" il demande au comptoir et les clients derrière lui, moyenne d'âge entre 5 et 8 ans, rigolent autant qu'ils peuvent face au guignol. Dans l'atelier qu'elle a créé pour les enfants de Lectoure, Marie-Paule F. utilise la photo pour raconter des histoires et fabriquer un livre. C'est pour ça, ça valait bien le voyage. Elle a promis de nous envoyer le livre. On a promis de revenir en faire un autre avec elle. Vite, et de s'écrire avant, pour avancer. 
  

02 septembre 2007

Pour en finir avec les images pieuses

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 La sagesse est instinct

De l'enfance à la vieillesse
 qui n'est qu'un retour à l'enfance,
 l'état adulte
 n'est trop souvent que velléités,
 leurres et prétentions d'omnipotence.
 Par opposition, l'enfance,
 toujours sous ou surestimée,
 devient infirmité ou handicap, âge d'or, vert paradis ou
 fatalité irrémédiable.
 A trop la protéger, on lui ment.
 A trop la bercer, on l'endort ou la fragilise.
 Seule, la vérité –toujours synonyme de cruauté –,
 simplement et sainement dite,
 peut favoriser
 la juste interprétation personnelle du monde et,
  pour la transmettre,
 Le livre pour la jeunesse
 est son instrument idéal


Ce texte figurait en première page du premier catalogue de François Ruy-Vidal, en 1967, et constitue en somme une profession de foi naïve mais sincère en faveur du livre pour la jeunesse. Elle témoigne aussi des intentions de l'éditeur de ne pas se cantonner, en matière de textes et d'illustrations, dans les territoires prudemment circonscrits par la tradition éditoriale de l'époque. C'était le début d'une aventure éditoriale impressionnante, semée d'embûches et d'opposants, car il s'agissait alors, pour F. Ruy-Vidal et Harlin Quist, de créer un nouveau type de livre où "le discours graphique acquerrait son statut et l’illustration s’émancipait de son insignifiance et de sa connotation gentillette d’image pieuse. Elle briguait même son rôle d’œuvre à part entière."

Tous les écrits de François Ruy-Vidal sont consultables ici. On vous le dit, c'est un trésor à aller lire. A la naissance de cette idée que la littérature pouvait s'écrire en couleurs.

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© Alain Gauthier - Livre fleur - 1984 
Affiche de l'exposition La littérature en couleurs,
conçue par Janine et Jean-Marie Despinette.