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31 juillet 2007

Ici & là-bas.

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© Angelle, juillet 2007

Ici on travaille dans un trou, un trou perdu au beau milieu du causse de gramat, dans un recoin que les astronomes ont baptisé le triangle noir.

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© Angelle, juillet 2007

La nuit, la pollution lumineuse y est si faible qu'ils viennent l'été, équipés de téléscopes et d'instruments hi-tech pour observer les naines rouges, les trous noirs et les soleils qui naissent au bout du ciel.

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Lettre du Tibet - Thécle de Bardin, juillet 2006

Le jour on reçoit des images, photographies du bout du monde que ramène la factrice, ou rien que des images imprévues, pour le plaisir. Et aujourd'hui c'est le jour des images, le jour du bonheur. Au courrier il y avait une lettre venue du Tibet, où voyage Thècle de Bardin pour préparer deux de nos prochains livres. Il y avait aussi un CD dans une enveloppe rouge, avec dedans les 700 photos que Chrystelle Aguilar a réalisées pour le Jour de la Nuit sans Lune, en Bretagne. Un jour de grand bonheur, et merci beaucoup à la factrice.

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© Chrystelle Aguilar, Le jour de la nuit sans lune, 2007

30 juillet 2007

La fête à Juliette

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© Juliette & Wanny Armagnac, juillet 2007

Aujourd'hui lundi c'est la fête à Juliette. Elle passe ses journées dans les arbres à photographier Wanny, sa cousine. Elles cherchent les images, la matière et l'élan des images qui serviront à faire ce livre, Enfin seule. Juliette regarde et apprend, Wanny donne et échappe. C'est la fête à Juliette, elle reçoit les offrandes d'une enfant, attentive à ce qu'elle peut inventer avec elle, comme un jeu, et c'est en jouant qu'on trouve les images capables d'exploser. On l'a appris avec Petite brouette de survie.

L'important c'est donc de jouer au milieu des enfants. Sinon les livres ressemblent aux autres livres, ces milliers d'albums qu'on publie chaque année, écrits et dessinés par des adultes. Juliette le sait : nous on fabrique les livres avec les enfants. C'est peut-être bizarre, pas orthodoxe mais c'est une intuition qu'on avait en créant un comité de lecture d'enfants. Aujourd'hui on continue à l'instinct, au milieu des enfants qui ne sont plus seulement les comédiens des livres, mais les complices, les grands perturbateurs, petits instigateurs de l'aventure à travers dérives et bifurcations, tout l'imprévu qu'ils amènent.

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On leur donne une histoire, un texte d'auteur, un territoire. On leur donne aussi des objets, animaux, véhicules et lumières, autant qu'on pourra. Ils comprennent vite que la situation n'est pas normale, le grand bordel d'un seul coup est possible. Et puis on les laisse inventer, trafiquer, réécrire. Ce qu'ils amènent est impensable, inimaginé, toujours. C'est la matière de l'enfance. Je ne sais pas d'où ça vient. Les enfants ne pensent pas comme nous. Ils se fabriquent un petit monde avec une énergie très simple, assez rudimentaire et vite perdue dès qu'on est grand. Les machines à photos essayent de tout capter comme elles peuvent, malgré le flou, les tremblements et tous les monstres du hors-champ.

Alors Manu Causse est revenu chez Juliette, regarder ce qu'elles ramenaient, elle et Wanny, comme images impensées. C'est un écrivain, il n'a pas peur de réécrire, de reprendre son texte parce qu'en étant complices d'une enfant, on est obligés maintenant de tout réinventer. Maintenant on le sait. Tant pis pour nous. C'est une façon de travailler aux livres et de ne plus en sortir. C'est dangereux aussi, quand même un peu.

Alors Manu Causse réécrit tout. Obligé. Et tenu par l'instinct :

Je joue seul sous l'arbre.

Les méchants ne me trouveront jamais. Ils ont été emportés par une tornade. Ils ont disparu, ils se sont enfuis. Un animal qui m'aime est venu leur faire peur, leur dire d'arrêter, de me laisser tranquille. Les méchants pleurent et me demandent pardon, mais je suis loin maintenant.
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29 juillet 2007

Enfin seul

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© Juliette Armagnac - Esquisse photographique pour Enfin seul

Il y a des jours où je me dis qu'on n'est pas sérieux, pas de vrai site pour Où sont les enfants? mais rien qu'un blog qui raconte ce qu'on peut fabriquer, ce qu'on adore, ce qu'on essaie d'inventer malgré les huissiers, les libraires qui thésaurisent & ne payent pas, l'été le plus pourri de toute une vie. Et puis il y a d'autres jours où je me dis tant mieux, c'est un carnet d'atelier dans le joyeux bordel, le journal de bord de la petite fabrique à histoires & photos. Dedans il y aura plein d'enfance avec tous ses secrets, la trace des livres échoués ou transformés en d'autres livres et là, aujourd'hui dimanche, les premières esquisses d'un livre qui sortira dans un an.

Ce livre-là a été écrit par Manu Causse. Un texte reçu il y a plus d'une année, mais tout le monde sait qu'on est lents, qu'on va pas changer ça. Le texte a été lu dans l'hiver et c'était comme une petite épidémie. Les enfants ont aimé, unanimes, ce qui n'arrive jamais dans l'autre comité, celui des adultes jamais unanimes.

C'est d'Enfin seul que je parle et en écrivant ces deux mots, je vous jure, c'est Enfant seul que je lis. Mes doigts sur le clavier me jouent des tours. Un texte écrit pour un petit garçon, adapté pour une petite fille, un texte qui s'appelera donc Enfin seule. Et Enfant seule dans ma tête qui mélange. Je recopie les premières phrases, pour le plaisir de partager :

" Je joue seul près de l'arbre.

Je cours comme un indien dans la prairie. Je suis plus rapide que le vent et plus fort que les chevaux de la plaine. Le soleil fait des marques noires et vertes sur le sol. Les nuages filent et le vent me pousse dans le dos. Je suis immense."

La première fois que je lis ça je sens bien ma respiration qui s'arrête. Alors je ruse, je respire en ouvrant la bouche en grand, je laisse mon ventre se gonfler d'air, la littérature est un sport difficile. On le sent quand on ramasse un vrai morceau de littérature dans ce qu'on lit. A cause des problèmes respiratoires, de l'arythmie cardiaque, de la sueur qui revient dans les mains. La littérature est un sport très physique.
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Manu Causse me fait penser à Ernest Hemingway. Parce qu'il écrit comme on mène un combat, sur un ring avec en face un furieux. Et il affronte, baoum, yeux dans les yeux malgré la sueur qui dégouline, praouw, en cherchant toujours à balancer des phrases qui vont frapper juste, hyperprécis, 200 petites grenades artisanales face à l'armée franquiste en 36, du côté de Cordoue et boum dans ta face, ça te fait une histoire et toi t'es par terre, tu vois les étoiles dans le grand ciel d'afrique, à Kinshasa en 74. Et dans l'histoire au loin il y a Manu Muhammad Ali Causse qui danse comme un fou, furieux et inspiré.

Alors oui, on a donné Enfin seul à Juliette Armagnac. On avait un peu peur mais elle a l'habitude . Quand une histoire nous semble impossible à mettre en photos, on pense toujours à Juliette. Elle est capable de miracles, on le sait maintenant, il suffit qu'elle aille fouiller dans son sac à outils. Elle prend le texte, elle fouille, elle dit oui. Juliette a une bouche dessinée pour dire oui. Un oui intégré au sourire, et un sourire qui ne vous mordra pas.

Alors on montre les esquisses en photo, les phrases, on raconte la rencontre. Le plaisir de partager. L'impression d'avoir trouvé une combine pour faire de l'or avec trois bouts de ficelle et la folie d'y croire. Parce qu'il faut que les rencontres soient aussi belles que les livres, avec de l'enfance à haute densité, du désir et l'utopie d'un livre jamais vu, jamais pensé. Alors on dit Regardez, allez-y voir maintenant, c'est l'atelier dans le jardin en pente, la fabrique de l'imagerie mentale, le principe de l'invention permanente à l'intérieur de l'enfance presque nue, retrouvée, restituée dans les yeux. Juste Regardez.
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Encore un secret, un dernier. Et parce que c'est dimanche, que les cloches sonnent, que les huissiers sont tous partis à la pêche et les librairies toutes fermées. On en profite. La petite fille du livre s'appelle Wanny. Oui c'est vrai. Wanny Armagnac. Même que c'est la cousine de Juliette !
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27 juillet 2007

Une histoire à inventer

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© Laurence Leblanc - agence Vu.

Calouan écrit des histoires aux enfants. Elle a publié plusieurs livres, elle en écrit d'autres, avec une gourmandise qui fait plaisir à lire.

Voici quelques jours, Calouan a vu les photos de Laurence Leblanc Laurence Leblanc mises en ligne, elle a eu envie elle aussi d'essayer d'inventer une histoire pour ce regard que Laurence porte sur l'enfance. Et elle nous l'a écrit :

50962e18e3a65aa529f2fa3ab6626db2.jpg"si tu veux, si c'est possible, si le temps n'est pas compté, si le vent souffle bien et si l'envie fleurit, je te propose de regarder ces photos et d'essayer.
essayer de mettre des mots dessus pour en faire une histoire.
une histoire d'enfants."

C'est peut-être une autre façon d'inventer les livres. Dans la gourmandise pour commencer, l'envie d'images à l'origine de l'écriture, et pour aller jusqu'à cette aventure du livre qu'on cherche, qu'on façonne peu à peu, jusqu'à ébaucher ce drôle de langage, une double langue qu'il faut réinventer à chaque double-page. Et à tâtons, comme si cette double langue n'avait pas encore de grammaire, aucune règle en dehors de celles qu'on inventera.

18 juillet 2007

Trois photos de Marcella Barbieri

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© Marcella Barbieri, 2007

Parmi les photographes rencontrés aux Voies off, j'ai parlé de Marcella Barbieri. Elle vient de nous envoyer les 17 images de nuit qu'elle veut montrer, images annonciatrices d'un travail à venir, d'un creusement du regard dans la nuit qu'on arpente.

L'homme à tête de cheval j'en ai rêvé plusieurs fois, je l'ai raconté aux enfants, un rêve qu'on n'oublie pas avec un fleuve de boue et le bruit des sabots sur le pavement d'un pont qui s'effrite, comme si la boue du fleuve s'était gorgée de pluies acides pour entraîner, dans sa crue, le sable du ciment mal composé.

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© Marcella Barbieri, 2007

Je crois que ces photos n'ont pas encore été vues. Ni exposées, ni publiées. Je crois qu'avec les 14 autres, elles peuvent former l'esquisse d'un livre dont il suffirait d'écrire l'histoire, avec sur la table de nuit les contes d'Andersen, et dans l'arrière-boutique les accessoires d'un théâtre italien, celui où Pinochio a failli perdre la vie.
TB

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© Marcella Barbieri, 2007

14 juillet 2007

Laurence Leblanc

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© Laurence Leblanc - Agence Vu A Arles, aux Voies Off où je regardais les photos de Sandrine Marc, j'ai reconnu Laurence Leblanc entre les tables, toujours aussi radieuse entre deux voyages au bout du monde. Depuis longtemps, ses images longtemps regardées nous donnaient l'idée d'un livre, un livre encore flou, où les silhouettes d'enfants passeraient comme les silhouettes errantes du peintre Zoran Music. Et avec son sourire de femme heureuse, elle nous redit qu'elle en a envie de ce livre, un livre pour les enfants.
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Du flou qui distingue ses portraits d'enfants Cambodgiens, Laurence Leblanc a essayé d'en expliquer l'intuition à Magdalena Segertova, en 2005, pour Radio Praha : "J'utilise le flou, raconte-t-elle, pour exprimer cette quête d'identité de l'enfant qui vit l'instant à cent pour cent, sans se préoccuper du passé ni du futur. Cette forme particulière est venue petit à petit. Je n'ai pas cherché à être différente. Je veux que le spectateur puisse se raconter sa propre histoire. La réalité m'intéresse tant qu'elle touche à l'imaginaire." Voilà ! C'est pour ça ! Pour ça qu'on fera des livres ensemble.
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Dans la même interview, Laurence raconte avec simplicité ce qu'elle cherche en photo : "Ce qui m'intéresse, dit-elle, c'est la justesse des rapports humains et mon questionnement s'est toujours rapporté à l'identité, aux relations humaines, à ces passerelles qui, dans les pays développés, ont tendance à se briser ou à disparaître." Pour cela, elle est allée six fois au Cambodge dont elle a ramené des images vraiment particulières, où l'être humain semble pétri d'une brume étrange et fugace : "J'aime y retourner, creuser pour continuer de dire des choses sur les endroits qui sont forts et qui ont une résonance. C'est comme si une partie de moi-même était cambodgienne... " Alors on relit les contes du pays khmer, ceux de Khing Hoc Dy, les textes étranges d'Adhémard Leclère et les contes d’une grand-mère cambodgienne que rapporte Yveline Féray, on relit tout et même Un pèlerin d’Angkor de Pierre Loti, juste pour dire à Laurence qu'on va le faire ce livre encore un peu flou. Il suffit d'une histoire, un récit dont les enfants seraient au centre, comme une âme de passage dans le monde des adultes.

13 juillet 2007

Sara

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Ce lien avec Sara, c'est difficile à expliquer. Comme si à travers ses livres, à travers son regard elle avait en plus ce pouvoir de veiller à ce qu'on essaye de fabriquer ici. Un peu comme les fées marraines dont parle Elzbiéta dans L'enfance de l'art, à propos de ses deux tantes. Aller montrer le nouveau livre d'Où sont les enfants? à Sara, c'est toujours un moment qu'on attend, qu'on ne veut pas manquer et qui nous servira pour travailler au prochain.

Aujourd'hui c'est l'inverse. Deux nouveaux livres de Sara sortiront en septembre, à la fin de l'été. On voudrait les avoir déjà dans les mains. On voudrait les montrer comme une trouvaille qui rassure, la promesse qu'on va continuer, dans une France qui ne pense plus qu'à gagner de l'argent, à éditer des livres qui montrent et murmurent quelque chose d'important aux enfants.

Le premier livre raconte quatre transformations tirées des Métamorphoses d'Ovide. Sara y travaille depuis longtemps, à la manière des peintres, dans la patience de la pensée qui chemine. Elle nous en parle quand on passe la saluer à Paris. Le livre est important, il paraîtra aux Editions Circonflexe et donnera lieu à une exposition à la galerie L'art à la page.

Sur son site, L'univers de Sara, elle en explique l'actualité : "Pourquoi j’ai voulu illustrer ces quelques histoires.

7d74d6aa9684c953d7acfee7b12b1084.jpgDes poils d’ours lui poussaient sur le corps, sa bouche s’allongeait. Callisto, affolée, s’aperçut que son corps se transformait. Elle devenait une bête. Elle se métamorphosait. Cela se passait dans l’Antiquité. Du moins c’était une histoire que l’on racontait. Mais depuis longtemps, personne ne croyait plus à ces sornettes.

Aujourd’hui, nos scientifiques nous apprennent à introduire des gènes de poissons dans les fraises ou nous préparent à recevoir des organes de porcs pour remplacer ceux qui sont malades.
Nous devons reconsidérer notre position : ces "sornettes" n’en sont peut-être pas et nous, ou nos descendants, risquons d’être l’objet de bouleversements étonnants.

Ce livre propose au lecteur des images de métamorphoses. Écoutons les plaintes d’Actéon, de Io, de Callisto et de Daphné. Observons les évolutions que subissent leur corps. Les histoires mythiques de l’Antiquité vont peut-être devenir une réalité."

Le deuxième livre a pour titre Enchaîné. Il est annoncé lui aussi pour septembre, aux Editions La Joie de Lire. De ce livre-là je ne sais rien et j'attends, comme un enfant j'attends d'en ouvrir la première page, je ne veux rien savoir avant, sauf cette image reproduite quelques lignes plus haut.

11 juillet 2007

En revenant d'Arles (la folie des photos)

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© Pascal Mirande - Icare, Guérande, Loire Atlantique, 2004.

 


C'est dans Arles, au milieu de la nuit, à moitié somnambule que j'ai compris d'un seul coup toute l'ampleur du problème : La photo rend fou. Sérieusement. Et Arles est devenue la ville de cette folie dans laquelle je marchais. Les photographes qu'on y croise sont tous des allumés de l'image, c'est impressionnant, ils vendraient leur âme, bricoleraient une vie entière pour réussir une bonne photo, la photo d'une vie, celle qu'on ne pourra contempler qu'à l'intérieur des rêves si on n'est pas foutu de venir la piéger en plein jour.

La photo rend fou et c'est une folie magnifique, qui peut vous transformer en mage halluciné ou en sdf acharné, selon ces lois mentales que la photo intègre à l'intérieur de son dédale. En deux jours et deux nuits, j'ai rencontré des fous magnifiques, des fous de l'enfance, des fous de l'origine du monde, des fous venus de l'océan des images où l'on va se noyer à minuit, et puis des fous dont les pensées se bardaient de photos hypnotiques.

Je crois qu'on n'imaginait pas pareille épidémie. Les prévisions de l'OMS étaient très en dessous du phénomène actuel : La contagion sidérante de Mireille Loup, la fièvre d'enfant de Pascal Mirande et une nouvelle pathologie d'images mentales, les photographies de Marcella Barbieri, jeune italienne venue étudier la photo à Paris. Ses photos viennent du cinéma intérieur qu'on invente en rêvant, comme si le manifeste surréaliste avait enfin trouvé son imagerie définitive. C'est venu à travers Méliès et Sarah Moon, dans une retrouvaille tremblante de la couleur au commencement. Elle n'a pas encore exposé, rien montré aux journaux, juste creusé au plus profond de l'enfance. Pas trace de ses images sur le web, pas la peine de chercher. On attend le courrier qu'elle nous envoie avec ses 17 premières photos dans l'enveloppe, on est dans l'impatience de les revoir, la petite étoile jaune dans la nuit rose et verte, l'homme à tête de cheval dont j'ai rêvé la nuit suivante. Après on vous montre, toujours dans la même impatience. Et ensuite, ensuite on fait un livre. Pour la circulation des images entre les mains des enfants.
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© Pascal Mirande, Arche refuge,
Le vent des forêts, Dompcevrin, 2000.
 
 

05 juillet 2007

Vitrine d'anniversaire

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Vitrine de l'Eau Vive, Avignon, juin 2007 

Où sont les enfants ? a deux ans, deux mois et deux jours... Huit livres en 26 mois, ça donne un livre tous les 99 jours, 99 jours et 99 nuits pour inventer un livre. Demain on part à Arles, à la rencontre des photographes qui s'y rassemblent. On va y croiser Mireille Loup, avec l'envie de voir encore d'autres images, celles auxquelles elle travaille. On a aussi rendez-vous avec de jeunes photographes au sein des Voies off, mais on avait envie de montrer cette image, une image de plein été. C'est la vitrine de la librairie L'eau vive à Avignon, et ça ressemble à une petite fête foraine sur la plage. On dit qu'on fait des livres de saltimbanques, et qu'on en fera d'autres. Parole de romano.

Tout l'été on prendra les photos d'autres albums. Marion et Chrystelle réalisent en Bretagne les photos pour Le jour de la nuit sans lune, un texte de Maryvette Balcou. Séverine Thévenet vient ici faire les photos pour Les lettres qui piquent, un texte de Catherine Leblanc. Et samedi, avec Astrid et Céline qui ont vingt ans à elles deux, Sandrine Bourguignon fera les images de Tout cela, un texte de Magali Turquin pendant que du côté de Saint-Etienne, Elodie Pilon prépare d'autres photos pour Le jour où les mômes s'envoleront et qu'à Agen, Juliette Armagnac continue d'inventer les images d'Alice au pays des merveilles.

Le 16 août, Pollen diffusera nos livres un peu partout, ils seront plus faciles à trouver. On fera moins de paquets, moins de factures et un peu plus de livres aussi peut-être. Pour ça qu'hier j'ai échangé nos huit albums contre une jeune chèvre qui mangera les hautes herbes, les ronces envahissant le jardin derrière la grange aux livres. Besoin de retrouver le hamac pour l'été, de lire les piles de manuscrits qui s'amoncellent au pied des étagères. J'ai rouvert la porte du poulailler, envie aussi d'y voir courrir à nouveau poules et dindons, pintades et canards. La vie risque de devenir presque simple avec des livres, des animaux et des enfants.

TB