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29 juillet 2007

Enfin seul

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© Juliette Armagnac - Esquisse photographique pour Enfin seul

Il y a des jours où je me dis qu'on n'est pas sérieux, pas de vrai site pour Où sont les enfants? mais rien qu'un blog qui raconte ce qu'on peut fabriquer, ce qu'on adore, ce qu'on essaie d'inventer malgré les huissiers, les libraires qui thésaurisent & ne payent pas, l'été le plus pourri de toute une vie. Et puis il y a d'autres jours où je me dis tant mieux, c'est un carnet d'atelier dans le joyeux bordel, le journal de bord de la petite fabrique à histoires & photos. Dedans il y aura plein d'enfance avec tous ses secrets, la trace des livres échoués ou transformés en d'autres livres et là, aujourd'hui dimanche, les premières esquisses d'un livre qui sortira dans un an.

Ce livre-là a été écrit par Manu Causse. Un texte reçu il y a plus d'une année, mais tout le monde sait qu'on est lents, qu'on va pas changer ça. Le texte a été lu dans l'hiver et c'était comme une petite épidémie. Les enfants ont aimé, unanimes, ce qui n'arrive jamais dans l'autre comité, celui des adultes jamais unanimes.

C'est d'Enfin seul que je parle et en écrivant ces deux mots, je vous jure, c'est Enfant seul que je lis. Mes doigts sur le clavier me jouent des tours. Un texte écrit pour un petit garçon, adapté pour une petite fille, un texte qui s'appelera donc Enfin seule. Et Enfant seule dans ma tête qui mélange. Je recopie les premières phrases, pour le plaisir de partager :

" Je joue seul près de l'arbre.

Je cours comme un indien dans la prairie. Je suis plus rapide que le vent et plus fort que les chevaux de la plaine. Le soleil fait des marques noires et vertes sur le sol. Les nuages filent et le vent me pousse dans le dos. Je suis immense."

La première fois que je lis ça je sens bien ma respiration qui s'arrête. Alors je ruse, je respire en ouvrant la bouche en grand, je laisse mon ventre se gonfler d'air, la littérature est un sport difficile. On le sent quand on ramasse un vrai morceau de littérature dans ce qu'on lit. A cause des problèmes respiratoires, de l'arythmie cardiaque, de la sueur qui revient dans les mains. La littérature est un sport très physique.
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Manu Causse me fait penser à Ernest Hemingway. Parce qu'il écrit comme on mène un combat, sur un ring avec en face un furieux. Et il affronte, baoum, yeux dans les yeux malgré la sueur qui dégouline, praouw, en cherchant toujours à balancer des phrases qui vont frapper juste, hyperprécis, 200 petites grenades artisanales face à l'armée franquiste en 36, du côté de Cordoue et boum dans ta face, ça te fait une histoire et toi t'es par terre, tu vois les étoiles dans le grand ciel d'afrique, à Kinshasa en 74. Et dans l'histoire au loin il y a Manu Muhammad Ali Causse qui danse comme un fou, furieux et inspiré.

Alors oui, on a donné Enfin seul à Juliette Armagnac. On avait un peu peur mais elle a l'habitude . Quand une histoire nous semble impossible à mettre en photos, on pense toujours à Juliette. Elle est capable de miracles, on le sait maintenant, il suffit qu'elle aille fouiller dans son sac à outils. Elle prend le texte, elle fouille, elle dit oui. Juliette a une bouche dessinée pour dire oui. Un oui intégré au sourire, et un sourire qui ne vous mordra pas.

Alors on montre les esquisses en photo, les phrases, on raconte la rencontre. Le plaisir de partager. L'impression d'avoir trouvé une combine pour faire de l'or avec trois bouts de ficelle et la folie d'y croire. Parce qu'il faut que les rencontres soient aussi belles que les livres, avec de l'enfance à haute densité, du désir et l'utopie d'un livre jamais vu, jamais pensé. Alors on dit Regardez, allez-y voir maintenant, c'est l'atelier dans le jardin en pente, la fabrique de l'imagerie mentale, le principe de l'invention permanente à l'intérieur de l'enfance presque nue, retrouvée, restituée dans les yeux. Juste Regardez.
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Encore un secret, un dernier. Et parce que c'est dimanche, que les cloches sonnent, que les huissiers sont tous partis à la pêche et les librairies toutes fermées. On en profite. La petite fille du livre s'appelle Wanny. Oui c'est vrai. Wanny Armagnac. Même que c'est la cousine de Juliette !
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