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17 juin 2007

Quand Juliette Armagnac raconte

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Double page de Prénom Camille, image sans texte.

- Pour commencer, d'où vient cette passion pour la photo ?

Juliette Armagnac : “Quand je regarde derrière moi la photo a toujours été là... Je garde précieusement des photos d'enfance, des photos-souvenirs, traces de ce qui a été, de ce qui est, tranches de vie... Petits bouts de réel... Peut-être pour être sûre que les choses ont vraiment existé, existent vraiment.

Ce qui me fascine dans la photographie, c'est le lien qui perdure entre le réel et l'image. C'est la lumière du monde qui pénètre dans l'objectif et vient s'imprimer sur la pellicule puis sur le papier... Comme un fil rouge qui nous lie au monde au delà de l'image...”

- Quelle différence voyez-vous entre le travail de photographe chez "Où sont les enfants?" et le travail d'illustratrice chez d'autres éditeurs ?

J.A. : “Les enfants ! Ils sont bien là, et ils m'apportent énormément ! Jusqu'à présent je travaillais pour eux mais grâce à "Où sont les enfants ?", j'ai appris à travailler avec eux. Des enfants devant l'objectif qui comprennent ce que je fais, ce que je cherche, le ressentent intimement et proposent avec leur univers, leur imaginaire... Mais des enfants aussi avec moi derrière l'objectif, qui participent à l'élaboration des images, observent, collectent, rassemblent, imaginent, dessinent et sont émerveillés autant que moi par la naissance des images...”

- Avez-vous une approche différente quand vous travaillez en tant que photographe et en tant qu'illustratrice ?

J.A. : “Non, pas vraiment, la photographie est pour moi un outil au même titre que le crayon, l'encre ou l'acrylique. Suivant le texte que je reçois, je choisis l'une ou l'autre technique pour être au plus près de l'histoire. Le processus de conception des images est le même, quelle que soit la technique. Je construis les images dans ma tête: je pose un décor et des personnages, je les éclaire, je les mets en mouvement, je tourne autour, je me rapproche et je m'éloigne pour trouver le meilleur point de vue.

Bien sûr l'exécution est différente... Mais ce que j'aime le plus, c'est me faire surprendre par mes images... Une tâche de couleur impromptue, une peinture qui se craquelle en séchant, un changement de lumière soudain au moment de la prise de vue, une petite bête qui va passer par là, des objets auxquels je n'avais pas pensé et des enfants qui se prennent au jeu, et proposent au delà de ce que j'avais imaginé...”

- Quel est votre rapport avec le monde de l'enfance ?

J.A. : “Je crois que je vis dans ce monde là ! Le monde dans lequel je vis aujourd'hui est le même que celui dans lequel je vivais petite... Bien sûr j'ai bougé depuis, mais la petite Juliette est toujours là, elle s'émerveille toujours devant la beauté des choses, son reflet dans le robinet de l'évier, le jeu de la lumière au fond de la bassine remplie d'eau et cet insecte bizarre qui vient jeter un coup d'oeil... Il y a simplement différentes façons de regarder le monde avec plus ou moins d'attention, d'envies, de liberté, d'imagination.”

- Dans le "monde lilliputien" que vous fabriquez, la nature est au centre, quelles histoires voulez vous raconter aux enfants ?

J.A. : “Justement, je ne veux pas leur raconter d'histoires ! Je pars du réel, de ce qui est vraiment là sous leurs yeux, je me contente de montrer du doigt la beauté des petits détails, et au delà, celle de l'ensemble. J'essaie de fournir une sorte de “support à histoire”, un bateau sur lequel les enfants pourront s'embarquer pour aller où bon leur semblera, changer de cap à volonté, et vivre une nouvelle aventure à chaque fois qu'ils ouvriront le livre. Aujourd'hui on est de plus en plus nombreux sur notre planète, on voit notre espace vital se réduire et beaucoup d'enfants n'ont plus la chance d'avoir l'espace d'un jardin pour s'évader.

Mais en regardant le monde de plus près on s'aperçoit qu'il y a encore beaucoup de place à prendre, d'univers à explorer, d'aventures à vivre avec trois petits bouts de trois fois rien...”

Propos recueillis par Marion DUQUERROY pour Où sont les enfants ?

14 juin 2007

Prénom Camille

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C'est le 8ème bébé d'Où sont les enfants ?
A la naissance il pesait 325 grammes et mesurait 23,6 centimètres. Un enfant phénoménal, énergumène et saltimbanque. Tieri Briet en a écrit le texte pour Juliette Armagnac et le petit garçon du livre, qui s'appelle Camille dans la vraie vie, sa vie d'enfant entre Naudou, à Caniac-du-causse et Labastide-Murat où il va à l'école, sa vie de pirate aussi parce que Camille exerce depuis toujours dans la pire piraterie, quelque part entre l'île des enfants perdus de Peter Pan et l'île mystérieuse de Jules Verne.

Juliette Armagnac en a fait les photos, c'est-à-dire la poésie visuelle à l'état brut, et ça donne un livre qui s'aventure dans les terres mal explorées de l'enfance perpétuelle.

Madeline Roth est la première à en avoir parlé. C'est sur le site des librairies sorcières. On recopie ses mots :

"Il y a peut-être deux sortes d’albums. Ceux que l’on lit en diagonale, c’est-à-dire pas même une fois, et ceux que l’on relit. Plusieurs fois. Qui ne vous donnent pas tout, tout de suite. Ceux dont les lectures successives nous font avancer comme sur un chemin, à tâtons. Ceux que l’on a envie de montrer aux personnes que l’on aime pour savoir ce qu’elles y lisent, et puisent. Ceux que deux personnes ne liront jamais de la même manière, ou que même une seule personne lira plusieurs fois différemment.

Prénom Camille est de ceux-ci. A la première lecture, on prend la poésie, la musique du texte, on prend l’enfance, offerte. Et dans les lectures, nombreuses, qui suivent, on cherche. D’où vient l’émotion, et le nom des choses que le texte remue en nous. Camille est un enfant, un futur aviateur, un explorateur. Ce prénom répété presque à chaque page, c’est l’enfant qui grandit à l’intérieur du prénom qu’il porte. L’enfant qui cherche qui il est, et qui va le trouver, mais dans l’autre. Dans l’autre Camille, l’enfant du reflet, du miroir, l’enfant en écho. Parce qu’au début de chaque histoire, au commencement de chaque vie, il y a ce quelqu’un d’autre que l’on nomme et qui nous fait nous. Le début de l’identité, c’est chaque lettre d’un prénom additionnée.

Et dans les photos de Juliette Armagnac, on fouille aussi comme derrière les mots. On cherche la clé de ce qui n’est pas donné d’emblée.

Les livres qui comptent, dans une vie, on les reconnaît. Ce sont ceux dans lesquels on veut s’arrêter, comme devant un miroir, et chercher."

Madeline Roth, L'Eau Vive

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Prénom Camille, 4ème de couve

Festival des jeunes auteurs à Saint Geoirs

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Samedi, j'ai récupéré Stéphane Servant à la gare de Lyon pour aller au festival des jeunes auteurs à Saint Geoirs, entre Lyon et Grenoble. Je l'attendais sur le quai, au train de 11h56, avec 8h32 à la main pour qu'il me reconnaisse. La route a été longue mais le déplacement en valait la peine. L'accueil, l'équipe des organisateurs étaient suffisamment formidables pour donner l'envie d'y retourner. D'autres auteurs et illustrateurs jeunesse et BD étaient de la partie.

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Stéphane a dédicacé ses ouvrages, la troupe de cirque Filyfolia a fait des interventions.

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Autour des livres et des auteurs, les enfants avaient le choix: ateliers de slam, arts plastiques avec des illustrateurs, une exposition autour du développement durable se tenait dans le hall de l'école, une conteuse présentait les aventures de ses marionnettes

Samedi soirée au gîte. Les filles avaient des chambres, les garçons des dortoirs où la nuit fût plutôt agitée !
Quand Stéphane est reparti prendre son train, fatigué, il a laissé une trace de son passage, un mot pour les lecteurs.

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Marion Duquerroy

10 juin 2007

Deux images d'Alice

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Image du clip vidéo "Alice au Pays des merveilles"

En rentrant d'Agen on a ramené des images, plein, d'un livre en train de s'inventer dans la démesure et les jeux d'une enfant et d'une photographe. A l'expo il y avait un clip qui racontait ce travail. Avec la musique de Manu Causse, un auteur toulousain dont on prépare un album, Enfin seul. C'était comme une fête. Fraises Tagada et rouleaux de réglisse. Juliette s'était fabriquée une robe qui ressemblait précisément à ces robes incroyables que portent les photographes envoyés spéciaux au pays des merveilles. La littérature jeunesse a du bon, elle n'a pas renoncé aux gourmandises, ni aux amitiés. Et les amis de Juliette sont tous inoubliables.


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Festival des jeunes auteurs à Saint Geoirs

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C'est à St Geours, près de Grenoble. Stéphane Servant y signe ses livres au milieu d'autres auteurs et illustrateurs comme Lucie Albon, Olivier Ka, Insa Sané ou Fabrice Vigne. Marion Duquerroy est là-bas aussi avec les livres d'Où sont les enfants ? Elle a fait le voyage jusqu'aux montagnes, pour montrer aussi des livres qu'on aime : Les albums de la Compagnie créative, mais aussi "Le grand voyage d'Hortense", un album hors-normes de Christelle & Jean-Yves Le Guen qu'on adore et qu'on défend sur les salons chaque fois qu'on peut.

Au programme du festival, aujourd'hui dimanche il y a du cirque avec la compagnie Filyfolia, des contes avec Sandrine Richier, du Slam avec la terre des origines d'Insa Sané et un apéro concert avec le jazz manouche des Alcoolytes. Toute une ambiance de l'autre France, celle qui n'aime pas les vagues bleues pour dire que la littérature c'est aussi la parole, la résistance et la fête.

08 juin 2007

Pour ceux qui sont loin

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Pour ceux qui vivent trop loin d'Agen, quelques photos de Juliette Armagnac pour Alice au Pays des merveilles.

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Promis, on ramènera d'autres images.

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06 juin 2007

Juliette au Pays des merveilles

2c7fb299c98bdfc1000df2b92e00ac44.jpg Juliette Armagnac, on l'a dit souvent et sans jamais hésiter, Juliette Armagnac est une espèce de génie.

Depuis quelques semaines déjà, elle travaille avec Elisa, petite fille d'Agen, pour un album d'Alice au Pays des merveilles tout en photos qu'on publiera en 2008. Les premières photos réaliséés pour ce livre, ainsi que les dessins préparatoires de Juliette (Story-boards, scénographies...) seront exposés au Centre Culturel d'Agen.

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L'exposition se tiendra du 8 au 30 juin, au Centre Culturel André Malraux, 6 rue Ledru Rollin, 47000 Agen. Le vernissage aura lieu le vendredi 8 juin, à 18h30. C'est un peu loin mais nous on y va, on veut pas manquer ça.

03 juin 2007

Un poème de Catherine Leblanc

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Où sont les enfants ?

Dans un grenier
Plein d'or et d'araignées
Cachés dans leurs costumes
A déranger la lune

Dans un champ
Des heures entières
A regarder tourner les moulins blancs
Et à passer comme le lézard
De la pierre à l'éclair

Dans un arbre
jeté dessus de l'orage
Ils lancent des lianes
Pour pêcher des torpilles

Où sont les enfants ?

Dans les rues
A marcher dans les feuilles, à brûler
Des feux rouges
A essayer d'user les murs
Avec leurs mains, leurs cris et leur tatouages

Dans l'espace
Ils commencent un monde
Où sont les enfants ?
Ils sont loin devant

Catherine Leblanc

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Céline la main sur le cœur,
les yeux fermés vendredi.

02 juin 2007

Les photos de Juliette

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Vendredi 25 mai, en revenant des Saintes Maries de la mer, on montrait Prénom Camille au salon du livre jeunesse à Agen. Juliette Armagnac, qui en a fait les photos, avait rencontré plusieurs classes avec l'album. Je crois qu'elle se régale en allant, à l'intérieur des écoles, raconter les livres qu'elle peut fabriquer aux enfants.

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Loredana n'a pas 10 ans, elle est venue la veille avec sa mère, elle a voulu Prénom Camille, sa mère ne voulait pas, elle a insisté et vendredi, elle est revenue dire à Juliette qu'elle l'avait lu, qu'elle voulait en voir d'autres, des livres comme ça avec des photos. Je lui ai donné Petite brouette de survie, comme un cadeau, pour qu'elle l'emporte et le lise. Pierre Bertrand passait discuter, raconter ses voyages et ses livres, un peu comme on retrouve un voisin à la fête du village. Loredana a passé l'après-midi à notre table à dessiner, à questionner, à réfléchir aux livres et tout le monde l'a prise pour ma fille. Je ne sais pas pourquoi j'étais tellement content qu'on m'invente d'autres enfants que les miens.

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Dimanche c'était plus sérieux, invité à participer à une table ronde pour la fête du livre de jeunesse de Mostuéjouls, près de Millau. Il y avait Marguerite Tiberti, des éditions du Ricochet, René Turc des éditions Grandir et Où sont les enfants ? en retard, perdu un peu à l'ouest entre les gorges du Tarn et la mairie à l'écart du village. J'étais venu avec la chienne, à l'invitation d'Isabelle Hochart pour raconter le métier d'éditeur. Dans le village les livres étaient montrés dans les ruelles, posés sur des planches au fond des granges et des ateliers, et ça nous ressemblait cette façon simple, au milieu des chiens et des voisins.
TB

Neli, 8 ans, vient d'être libérée

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Centre de rétention de Marseille

On est loin de la littérature jeunesse. Et en même temps on est au cœur. Le sort de Neli, le sort des enfants sans papiers change le sens des livres qu'on peut faire en France, aujourd'hui, à destination des enfants. Ces gamins qu'on arrête, qu'on emprisonne et qu'on expulse empêchent de continuer, d'inventer des livres quand il faudrait seulement se battre pour empêcher les vies brisées, les vies d'enfants massacrées par nos lois invivables. Neli vient d'être libérée mais ce n'est pas de la clémence. Faut pas rêver. Seulement un vice de procédure. Si à Toulouse le préfet avait fait correctement son boulot de salaud, Neli et sa famille seraient encore derrière les grillages du centre de rétention de Marseille.

Communiqué du Réseau Education Sans Frontières du jeudi 31 mai 2007, 13h

Le cauchemar se termine pour Neli, 8 ans, et ses parents

La famille AL KHALILI devrait être libérée dans l’après midi du centre de rétention de Marseille après deux nuits passées enfermée.
Trimballée en voiture depuis Toulouse dans la journée du mardi 29 mai, cette famille sans papiers d’origine russe avait été raflée dans son hôtel à 6h du matin. Depuis, aussi bien à Toulouse qu’à Marseille, une vigilance extrême et une mobilisation spontanée se sont développées. Ce matin, tout comme la veille, une cinquantaine de personne se rassemblait devant le centre de rétention de Marseille à l’occasion de l’audience devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD)

Finalement la Juge a décidé de rendre la liberté à Neli et ses parents pour diverses irrégularités dans la procédure d’arrestation et de mise en rétention :
- absence de signature de la préfecture de Haute Garonne saisissant le JLD
- arrestation déloyale et douteuse le 29 mai à Toulouse car la PAF de Marseille était prévenue dès le 25 mai de l’arrivée de cette famille !
- non justification du transfert vers Marseille alors que le centre de rétention de Toulouse pouvait (malheureusement) enfermer cette famille (attestation de la Cimade de places libres), ce qui a porté atteinte pendant plus de 7h aux droits de la défense

En toute logique, puisque la famille est désormais libre, les avocats de la famille Al Khalili vont demander l’annulation de l’audience au TA de Marseille vendredi 1er Juin (appel contre l’OQTF pris en urgence suite à l’arrestation de cette famille qui n’a plus lieu d’être car la procédure vient d’être cassée).
La famille Al Khalili doit passer devant le TA de Toulouse le 26 juin pour contester l’OQTF pris antérieurement contre elle. Elle doit donc retourner à Toulouse au plus vite et Neli retrouver ses camarades de classe dès demain.

RESF reste extrêmement vigilant notamment en cas d’appel du parquet de la décision du JLD.
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