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31 mai 2007

"Est ce que je suis en prison ? Je veux retourner à l'école ! "

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Non, ce n'était pas difficile à imaginer, trop prévisible. La pire des politiques appliquée aux sans-droits, sans le moindre souci du sort réservé aux enfants, des vies qu'on pourrira à partir des racines. Néli, 8 ans, vient de passer sa première nuit au centre de rétention de Marseille. La première nuit d’une enfant dans cette prison, comme elle l’appelle.

Arrivée la veille depuis Toulouse, cette famille avait été raflée à 6h du matin dans sa chambre d’hôtel, bien qu’ayant introduit un recours contre un arrêté d’expulsion. Seul leur fils de 18 ans, sorti, y a échappé. Mais que va-t-il faire seul ?

D’origine arménienne, née à Bakou en Azerbaïdjan, Mme Al Khalili n’est reconnue par aucun de ces deux pays. Seront-ils expulsés vers la Russie dont M. Khalili a la nationalité alors qu’ils vivent depuis 5 ans en France ?

Le RESF de Toulouse connaît bien cette famille et c’est probablement pour casser une éventuelle mobilisation locale que celle-ci a été acheminée à Marseille. Mais ici non plus, nous ne laisserons pas faire ça en notre nom. Nous ne laisserons pas briser l’avenir de Néli, dont les droits fondamentaux (et notamment celui d’aller à l’école) sont garantis par les chartes, traités et autres conventions internationales.

A l’occasion du passage de la famille devant le Juge des Libertés et de la Détention qui doit statuer sur leur sort,
le RESF appelle à un grand rassemblement

JEUDI 31 MAI à 10H
devant le centre de rétention
(26 Bd des Peintures 13014, M° Bougainville)
Contact sur ce dossier :
Marseille : Armelle 06 28 63 29 21 / Bernadette : 06 87 42 39 27
Toulouse : Yamina VIERGE 06 22 56 60 74 / Jean François MIGNARD 06 13 82 55 51
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29 mai 2007

Des livres qui surgissent

765ad4bcfe8d63b9e2ef09665fd8781d.jpgLes écrivains avec qui nous travaillons ont des livres qui naissent un peu partout. Alors on essaye de suivre comme on peut, et de lire aussi au fur et à mesure que paraissent albums et poèmes :

Catherine Leblanc, avec qui nous préparons "La classe de Mme Lampion" (illustré par des photos d'Angelle), vient de réaliser l'adaptation française de "La petite fille et l'arbre aux corneilles", un album de Riita Jalonen paru en avril chez Oskar jeunesse.

Et puis l'un de ses recueils de poèmes :"le monde n'est jamais fini", paru en 2005 chez La renarde rouge, vient tout juste d'être sélectionné pour le prix Lire et faire lire 2007. Les poèmes de Catherine seront donc lus dans les écoles et je me dis que ce n'est pas si fréquent, pour les enfants, de lire une poète bien vivante.

8fef50a3fe8711d6ff96aa0887292266.jpgStéphane Servant, lui, vient de publier "Cœur d'Alice" chez Rue du Monde et "Le machin", un livre pour les plus petits chez Didier Jeunesse. Avec "8h32" ça fait une jolie moisson. Stéphane présentera ses albums à la librairie Tire-Lire, à Toulouse au mois de juin.

Quant à Magali Turquin, avec qui nous préparons l'album "Tout cela" (photographies de Sandrine Bourguignon) et la collection TAPATOUVU, elle vient de publier Papa-barque aux éditions du Jasmin. Nous on dit bravo ! Comme au feu d'artifice !

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28 mai 2007

Ma vie de VRP (2)

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Je rentre d'un sacré voyage. La France n'est pas si grande, elle aurait même tendance à rapetisser mais il y a toutes ces villes où l'on apporte les livres, ces lieux qui sont comme des refuges et qu'on appelle encore des librairies. Quand j'y entre c'est comme sortir de la ville, échapper à la rue et revenir au silence, à l'écoute, chercher les voix encore humaines. Les voix sont dans les livres, dans les chants du rap et du slam, dans les rues des émeutes. Le reste ne sert qu'aux vieilles langues à ordures, les tactiques électorales, la foire où on gueule en calculant tous ses mots, leur impact en pleine tête, la tête à ceux qui n'ont pas la parole. En roulant j'ai failli casser ma radio plus d'une fois. Pour faire taire les vieux mots matraqués, les phrases obligatoires qui me sortent par les yeux. Il y a des mots qui s'usent et qu'on devrait jeter aux orties, des noms d'élus, on n'en veut plus. Pourtant les mots sont importants, mais je préfère ceux d'Octobre Rouge, de La Rumeur, de Keny Arkana. On ne va pas s'énerver, non, mais plusieurs fois j'ai failli jeter ma radio par la fenêtre. A Tire-Lire je croise Jean Delas en chemise rose, fier de lui qui va prendre sa retraite, devenir libraire comme il dit, pour empêcher le cerveau de rétrécir. Quand Marie-Claude lui montre nos livres, il s'énerve un peu face à l'album de Thierry Lenain. L'histoire, je ne la connaissais pas. Elle remonte à très loin. Presque un duel on dirait. L'accusation, dans la presse, faite à l'Ecole des loisirs d'avoir publié un livre pédophile. Thierry ne change pas. Tant mieux. Je crois savoir quel camp j'aurais choisi, mais j'irais lire le livre et les coupures de presse, si je peux retrouver leur trace et comprendre. Passage à L'eau vive mercredi, dans les rues d'Avignon où je me perds à chaque fois. Dans la chaleur, la librairie a vraiment cette atmosphère de refuge. C'est là qu'est venue l'idée du refuge : Quand j'y entre c'est comme sortir de la ville, échapper à la rue et revenir au silence, à l'écoute, chercher les voix encore humaines. Dans sa dernière chronique Madeline Roth écrivait : "Je pense souvent à Tomek, le petit garçon de La rivière à l'envers, à l'épicerie fabuleuse qu'il tient. On ne vend pas des livres. Mais des rires, des larmes, des échelles, des luttes, des arc-en-ciel, des étreintes, des blessures, des paysages." A Uzès je trouve deux exemplaires du voyage en ballon, le livre d'Albert Lamorisse dans sa réédition par l'Ecole des Loisirs. La librairie s'appelle Le Parefeuille, et sur une porte est affiché un texte de Georges Bataille, une lettre à René Char que vient de publier Fata Morgana : "J'aperçois chaque jour un peu mieux que ce monde, où nous sommes, limite ses désirs à dormir." Le contraire de ces voix qui ne suintent que mensonge et mépris. Une voix qui fulgure, entaille, affutée comme une arme et capable d'éclater en échos. La voix d'un mort, et plus vivante que leurs voix d'élus qui ne veulent pas mourir et se taire. A Grenoble je trouve encore d'autres trésors. Plein. Mais j'ai scotché la radio pour mieux voir les montagnes. Pour écouter le grondement de l'orage qui prépare ses éclairs. La librairie Bonnes Nouvelles veut se consacrer à la petite édition, alors les étagères sont remplies de trouvailles, des livres de photo, la revue de Valérie Rouzeau, une revue de poésie pour les enfants qui s'appelle "Dans la lune". On peut faire des milliers de kilomètres sans radio pour dénicher ça. On peut faire le voyage en ballon, en hommage à Albert Lamorisse, jusqu'à cette ville presque aux frontières où une jeune femme, mère dans trois mois, a accepté de ne pas se payer pour rendre visibles les livres de Quiquandquoi, de l'Amourier, des éditions de l'œil ou les petits livres animés de Serge Morin qui disent je t'aime dans le langage des signes, quand on tourne les pages.

15 mai 2007

La vie des livres loin d'ici

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© Alejandro Martinez, Terek lisant 8h32, 6 mai 2007

 

8h32 circule. Et vers 13h45, juste avant la levée du courrier, nous en portons un plein cabas jusqu'à la Poste de Labastide-Murat. Il y a dedans les services de presse et les premières commandes des librairies. Le cœur bat, on emballe 8h32 dans du papier bulle, du carton double épaisseur et du papier craft par dessus. Les mains sont pleines de scotch mais la solidité du paquet, c'est important. Frédéric Tamain, le libraire de L'herbe des talus à Dijon nous a expliqué ça un jour. Il a raison. Empaqueter avec amour, parce que dedans ce sont nos livres qui s'en vont vivre leur vie. Marion est devenue experte et il est arrivé que les libraires nous félicitent de l'emballage. Elle peut être fière, Marion. Parfois aussi on reçoit un message, un article et on se dit que c'est ça, la vie que les livres partent vivre loin d'ici... Danny Barthélémy, l'une des organisatrices de la Fête du Livre jeunesse dans l'Hérault, est la première à nous avoir écrit et ce qu'elle souligne, à la fin de son message, est quelque chose qu'on n'aurait pas pensé à mettre en avant : " ... En plus, j'aime bien les histoires qui finissent sur l'amour... c'est tellement important dans la vie : il faut le dire aux enfants." Elle a raison Danny. Dire aux enfants l'importance de l'amour. Presque une idée pour un album à venir. Le premier article sur 8h32, c'est Madeline Roth qui l'a écrit pour Citrouille. Et ses articles ressemblent aux chroniques qu'elle fait chaque semaine sur le blog des librairies jeunesse, des chroniques où l'air de rien, l'art du récit fait passer quelque chose qu'on ne trouve, d'habitude, qu'à l'intérieur de ces livres métis qu'on appelle des romans. Elle écrit : " Le dernier album publié par Où sont les enfants? est arrivé à la librairie un samedi d’avril, à 9h28, alors que l’on ne l’attendait plus. Et peut-être qu’un jour je vous raconterai cette histoire toute particulière. 8h32, c’est l’heure exacte à laquelle le temps s’arrête, suspend son vol, on cligne des yeux, et voilà ce qu’on a vu. On pense parfois que la poésie (parce que le texte de Stéphane Servant est un vrai poème), c’est bien trop vivant pour se figer sur des pages, on pense parfois que ce qu’on a sous les yeux ferait une photo magnifique mais on ne la prend pas. On a tort. Stéphane Servant, Alice Sidoli et Laure Bex ont composé un album qui, le temps de cette fameuse minute, dit la vie à travers les yeux d’un enfant. On avance dans le texte comme sur la pointe des pieds. Les photographies d’Alice Sidoli éclatent de couleurs. Et la mise en page de Laure Bex est incroyablement habile, elle permet l’exacte rencontre entre les mots et l’image, elle fond le texte dans l’image. 8h32 réussit quelque chose d’étonnant : pour dire le temps qui passe dans la tête d’un enfant, les mots, comme les photos, disent ce qui s’envole, ce qui s’échappe, ce qui court, ce qui bouge. C’est un album extrêmement vivant, où les photos, à l’inverse des imagiers, ne figent rien. Le temps d’une minute, un enfant naît et quelqu’un s’en va, les avions passent et les fleurs s’ouvrent, et l’enfant qui s’ennuyait peut décider de changer le monde." Merci à toi Madeline d'écrire comme tu écris.

13 mai 2007

Le monde d'Alice

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© Alice Sidoli

 

Les photos d'Alice Sidoli, visibles sur le photoblog Le monde d'Alice, racontent une vision de l'enfance. Quelque chose de l'enfance qu'aucune école ne pourra formater. Quelque chose d'irréductible, de sauvage et qui ressemble à un jeu perpétuel, une fringale d'aventures avant que l'âge adulte ne déboule. Cela revient de photo en photo, de plus en plus marqué avec le temps, insistant : chemin d'artiste cernant mieux sa vision à mesure qu'elle s'étend, image après image.


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En découvrant ses images, il y a presque deux ans, c'est cette vision de l'enfance qui avait provoqué l'envie d'inventer avec elle un album. 8h32 vient de paraître et dejà deux autres projets d'albums sont lancés, histoire de faire circuler encore cette façon qu'elle a de raconter l'enfance : aujourd'hui, les photos de Plastick sont prises pour la plupart, une pré-maquette existe et bientôt viendront d'autres prises de vues pour Salut l'ami, un album écrit par Viviane Tourtet, responsable de l'association Les bancs publics sur le site de laquelle, justement, nous avions découvert les photos d'Alice. Des photos, des histoires, trois albums et la boucle sera bouclée...

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12 mai 2007

Petite brouette de survie

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C'est décidé. On va rééditer Petite brouette de survie.
Depuis un mois le livre était épuisé. C'était le premier à manquer.

Sur les salons, on n'en avait plus qu'un à mettre sur la table, et c'était difficile d'expliquer qu'on ne pouvait pas le vendre, que c'était le dernier et qu'on tenait à le garder. Le tout dernier on l'a vendu à Fred, des éditions Plume de carotte, notre voisine au salon du livre de Paris. Ensuite on a fait le tour des librairies des environs, là où il était en dépôt pour en récupérer un peu, répondre aux commandes qui arrivaient.

Mais c'était bien de vendre le dernier à quelqu'un qui fait des livres elle aussi, et des beaux !

Le 21 mai, un autre camion amènera 2800 petites brouettes, juste un peu plus grandes, au format des derniers albums. On les stockera dans la grange puisqu'on n'a plus de place au local, que ça va être l'été et qu'il faudra bien qu'on puisse respirer avec tout ce soleil qui va traverser les vitrines. Ensuite, on pourra les remettre sur la table, les montrer à nouveau. Vivement le 21 et le retour d'Oscar, vieux poisson à lunettes venu des mers préhistoriques.

05 mai 2007

En attendant dimanche

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Illustration de Stéphane Servant, pour annoncer la sortie de 8h32 sur son blog.

Marion : "Avez-vous déjà fait "tourner le monde"?"

Stéphane : Je crois que c'était mon seul but durant un bon nombre d'années. Jusqu'au jour où, comme le héros de "8h32", j'ai compris que le monde, c'était ici et maintenant.

04 mai 2007

Question N° 2

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Suite de l'interview : Marion : "Votre écriture semble très proche de celle des enfants, comment s'est-elle élaborée?" Stéphane : "Je me souviens : au début, je me régalais des mots. C'était comme des bonbons. Je pouvais garder le même dans la bouche toute la journée. Jusqu'à ce qu'il fonde. L'écriture, c'était le moyen de faire durer le plaisir. Mais c'était sans compter avec les salles de classe où on m'a contraint à rester bien sage dans mes pages. A suivre la ligne, à traquer la faute, à éviter la rature, à ne pas empiéter sur les marges, à décrire le monde tel qu'il est. Heureusement, plus tard, mes lectures, mes musiques, mes voyages et la pratique du conte ont réveillé en moi le cancre, celui qui attend la sonnerie de la récré en griffonant un poème maladroit sur un coin de table. Ecrire c'est rêvasser, se libérer, voyager, dévoiler la magie derrière les fils du quotidien et non pas s'enfermer dans le carcan d'une écriture figée et d'un monde sans surprises. C'est comme ça que j'ai cherché à me débarasser de l'inutile. Du superflu. De l'appliqué. De l'ampoulé. De tout ce qui peut éloigner le lecteur - et surtout l'enfant-du livre. Je cherche toujours la spontanéité, la simplicité, le plaisir primitif et magique du mot simple. Et ma poubelle contient plus de manuscrits que mon disque dur. Parce que la simplicité, contrairement aux apparences, n'admet pas d'erreur.