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28 mars 2007

Les yeux d'Elsa

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Les yeux d'elsa, c'est une librairie le jour qui se transforme, le soir venu, en café littéraire, lieu de débat et de lecture à voix haute. Un lieu comme on les aime. C'est là que nous présenterons Où sont les enfants ?, ce mercredi soir.
116, rue d’Etretat
LE HAVRE
Tél : 02 35 21 13 72
Il faut en finir avec ce mécanisme de la tristesse qui fait que nous avons des opinions différentes et une pratique unique. Rompre avec la société du spectacle signifie ne plus être spectateur de sa propre vie, spectateurs du monde. Attaquer le monde virtuel, ce monde qui a besoin, pour nous discipliner, pour nous sérialiser que nous soyons tous à la même heure devant notre poste de télévision, cela ne revient pas à dire comment le monde, l’économie, l’éducation, doit être de manière abstraite. Résister c’est construire des millions de pratiques, de noyaux de résistance qui ne se laissent pas piéger par ce que le monde virtuel appelle "le sérieux".


Extrait du Manifeste du Réseau de résistance alternatif. Buenos Aires, automne 1999.

 

 

22 mars 2007

Où sont les enfants ? au salon du livre de Paris

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© Cyril Helnwein - Cyril Helnwein enfant et Andy Warhol

On vous le dit à vous, les Éditions Où sont les enfants ? seront présentes au Salon du livre de Paris, sur le stand Midi-Pyrénées (stand E20), du vendredi 23 au mardi 27 mars. Une occasion de se rencontrer au calme, en oubliant très fort le brouhaha et l'agitation générale. Mercredi 28 mars, 18h30, aura lieu une rencontre des Éditions Où sont les enfants ? à la librairie Les Yeux d'Elsa, au Havre, où nous serons également au salon du livre jeunesse ( vendredi 30 et samedi 31 mars, toujours au Havre). Alors à bientôt, quelque part entre Paris et Le Havre.

L'exposition AGUILAR, photographier les albums Où sont les enfants ? sera également présentée à la librairie Les yeux d'Elsa jusqu'à la fin du mois de mars.

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© Zosia Zija, 22.08.06, Warsaw, Poland

16 mars 2007

Les garçons perdus

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© Mireille Loup - Nocturnes ou les garçons perdus 2006-2007

    Nocturnes ou les garçons perdus est un travail photographique qui s’inscrit dans le prolongement de la dernière série de Mireille Loup, Esquives. Il propose des échappées nocturnes dans l’univers fantasmagorique de l’enfance. Deux « garçons perdus » vêtus de pyjamas voyagent la nuit dans un « Pays de Nulle Part ». Les ambiances nocturnes ressemblent davantage à des décors qu’à des paysages naturels : lumière et couleurs irréelles viennent participer à l’imaginaire, simulant pour certaines images un décor en carton-pâte de mises en scènes théâtrales.

Pour réaliser ces photomontages, Mireille Loup s’est inspirée de l’œuvre de James Matthew Barrie, Peter Pan. Dans ce conte qui fut d’abord une pièce de théâtre, les garçons perdus sont des enfants tombés de leur berceau. Si au bout de sept jours ils ne sont pas réclamés par leurs mères, ils atterrissent au « Pays de Nulle Part ». Pas de Capitaine Crochet cependant, ni de crocodile dans cette série photographique.

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Plutôt que de faire une illustration du conte, Mireille Loup a préféré reprendre les sources d’inspiration premières de l’écrivain : le décès accidentel et traumatisant d’un frère âgé de treize ans alors que James était petit garçon, décès qui a rendu sa mère inconsolable. Pour plaire à celle-ci, pour se faire aimer d’elle, James portait les vêtements de son frère aîné. Et dans sa douleur, sa mère croyait reconnaître le défunt plutôt que James. Celui-ci enviait à regret cet aîné qui n’aura jamais grandi et qui obtint plus de reconnaissance de sa mère par son absence que James par sa présence. Ainsi est né Peter Pan, un mélange entre James lui-même et ce frère perdu, un enfant qui refuse de grandir et qui fut d’abord un garçon oublié par sa mère, « elle referma la fenêtre sur lui ».

On ne s’étonnera pas alors que l’œuvre de James Matthew Barrie ait fait écho au travail de Mireille Loup, puisque l’absence et l’isolement sont des thèmes chers à la photographe. Dans son roman photographique Esquives (2002-2005), Emilie a perdu sa sœur aînée lorsque celle-ci est âgée de treize ans, et les images montrent une enfant esseulée dans des paysages majestueux.

Au travers de l’œuvre de Peter Pan, jamais James Matthew Barrie ne fait étalage de cette souffrance. Elle est évoquée pour se transcender en une fantasmagorie.

Mireille Loup fait état de cette même pudeur dans la série Nocturnes ou les garçons perdus. On y voit deux garçons, l’un petit, l’autre pré-adolescent. L’aîné accompagne le plus jeune : il l’attend, le protège, mais il n’est pas le protagoniste principal. Souvent il est en retrait, dans l’ombre, de dos ou capuche sur la tête. Parfois, il est absent de l’image, laissant seul le plus jeune. L’artiste montre les choses sans les nommer. Elle laisse de côté les abandons visibles, les souffrances évidentes, et nous invite à une promenade dans l’univers de contes. Elle nous parle des rêves d’enfants, de leur poésie et nous rapporte un peu de notre enfance oubliée.

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15 mars 2007

1,2,3 photos de William Eggleston

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Quand on dit que la photo a plein d'histoires à raconter aux enfants !

Ces trois images appartiennent à des moments différents dans l'œuvre de William Eggleston. Mais il suffit de les rapprocher pour qu'une constellation s'organise, un petit monde de résonnances au creux duquel s'amorcent des embryons d'histoires, proches de ces "narrats" auxquels travaille Antoine Volodine : "J'appelle narrats des instantanés romanesques qui fixent une situation, des émotions, un conflit vibrant entre mémoire et réalité, entre imaginaire et souvenir. C'est une séquence poétique à partir de quoi toute rêverie est possible, pour les interprètes de l'action comme pour les lecteurs." (A. Volodine, Des anges mineurs, Le Seuil, 1999.)

Un narrat visuel, c'est ce que composent ici les trois images d'Eggleston.

14 mars 2007

Les esquives de Mireille Loup

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© Mireille Loup, Esquives, Octobre, 2004.

 

    Esquives est l’univers mental d’une enfant, Emilie, mis en scène dans des décors naturels majestueux. Dans cette série photographique, le paysage exerce une prédominance symbolique. Il entoure, enferme, soumet la fragile « figurine ». Mireille Loup est partie de l’idée suivante : chaque décor est une projection mentale d’Emilie qui lui permet d’échapper à une réalité pénible dont on ne sait rien a priori dans les images. La fillette semble subir le paysage plutôt que d’y prendre place. Les refuges qu’elle s’invente l’emprisonnent entre un imaginaire où elle ne parvient pas à s’épanouir et un monde réel hostile qui la rattrape. On pense alors à Lewis Carroll et de même qu’Alice rapetisse ou grandit dans le décor, Emilie n’est pas non plus en rapport d’échelle avec le paysage. Un décalage qui vient là encore renforcer l’illusion onirique.


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Emilie paraît tour à tour abandonnée dans les proportions irréelles d’un marais salant, immergée les yeux fermés dans un lac aux tonalités sanguines, absorbée dans un jeu sur les pierres plates d’une rivière obscure, piégée par les fumées d’une rizière enflammée, plantée comme un arbuste dans un champ d’obione, ou encerclée par la montagne qui semble se dresser autour d’elle.

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Esquives est accompagné d’un roman écrit par Mireille Loup, publié chez Filigranes Editions, avec le soutien du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et de l’Artothèque de Vitré.

13 mars 2007

2 photos de Stefan Rohner

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Photos de Stefan Rohner, issues de la série Daily life.

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Pour voir d'autres images de Stefan Rohner, c'est par ici...

12 mars 2007

AlmaSoror, l'âme sœur

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©Edith de Cornulier-Lucinière, image extraite de la nouvelle "John Peshran-Boor".

De temps en temps, quand elle en a le temps, Edith de Cornulier-Lucinière nous envoie des phrases de Vaneigem. Ce genre de phrase par exemple : « Ils élèvent l'enfant de la même façon qu'ils se lèvent chaque matin : en renonçant à ce qu'ils aiment ». Le matin ça secoue, surtout quand on est au milieu des factures, des colis de livres à envoyer, des coups de fil à la banque.

Il faut bien l'avouer, au risque d'en faire une légende, mais Edith de Cornulier-Lucinière est une très jeune et très belle femme. Et non seulement elle porte cette beauté qui intimide, mais elle en fabrique aussi, de la beauté : en faisant 1000 choses en même temps, en allant là où personne ne l'attend, en écrivant des histoires et des articles, en tournant des films et en éditant un journal pas comme les autres, AlmaSoror, que je vous conseille d'aller lire aussi vite que possible. On pourrait dire d'Alma Soror que c'est le plus beau journal du monde, au sens où l'entendait Michel Butel quand il sortait L'autre journal, puis Encore pendant la première guerre du golfe, deux aventures journalistiques qui façonnèrent, au fil des années 80 et 90, une idée assez fulgurante de la beauté et de l'attente. Alma Soror est de la même veine : un journal tellement beau qu'on ose à peine y croire, mois après mois. On écarquille les yeux en lisant le sommaire, on se dit qu'elle est folle et puis on lit, on se passionne et on se dit qu'elle a raison d'être folle. Mais la beauté d'AlmaSoror a cet éclat supplémentaire d'être à peu près clandestine.

Le 20 février 2007 paraissait la sixième édition du journal d'AlmaSoror, libre expression, vastes champs.

Si le journal d'AlmaSoror est français, il peut publier des articles dans n'importe quelle langue.
Mais il ne mélange pas seulement les langues : les sciences pures et la pensée philosophique et littéraire s'y côtoient pour pouvoir à nouveau s'épouser, comme aux temps anciens.

09 mars 2007

Tu existes encore

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© Patricia Baud - Terril, 2001. (photographie extraite du film "On arrive, préparez le futur !")

"Tu existes encore", c'est un album de Thierry Lenain paru chez Syros en 2005. Un poème illustré de photographies Noir et Blanc de Patricia Baud, un livre courageux pour parler de la mort sans rien éluder. A Où sont les enfants ?, on considérait ce livre comme une preuve absolue, s'il en fallait encore une, que la photo était capable de raconter la vie aux enfants, la vie et la mort, et de les raconter autrement. Comme l'écrit Thierry Lenain "Mais voilà, il ne s'en vendait plus assez, nettoyage du stock, et Tu Existes encore n'existe plus… " En découvrant cette info, j'ai repensé à cette volonté de faire exister les livres qui est à l'origine de tout travail d'édition. Comment expliquer cette décision, de retirer un livre aussi important, aussi différent, à partir du chiffre des ventes ? Comme beaucoup des albums de Thierry Lenain, ce livre est un détonateur d'émotions, et le faire disparaître de la circulation ressemble à un acte malveillant, comme s'il s'agissait de remplacer ces livres de haute densité par des ouvrages plus inoffensifs, plus aseptisés, et de participer ainsi à l'anesthésie programmée des enfants qui veulent encore lire.

medium_T.Lenain.2.jpg"Tu existes encore"était l'un des coups de cœur du site Ricochet. Ce livre, nous aurions pu le publier tant nous l'avions aimé. Voici ce qu'en écrivait Pascale Pineau pour Ricochet :  "Comment parler de la mort ? Thème douloureux que cet album aborde de façon directe dès les premières pages : « Tu es mort / mais tu existes encore ». Le propos est clair. Les photographies en noir et blanc de Patricia Baud évoquent un univers où tout glisse, se fane et se brise. La disparition est inéluctable mais rien ne disparaît vraiment. Emouvants, les clichés qui accompagnent le poème de Thierry Lenain donnent vie à une voix silencieuse qui délivre un message d’espoir. Images floues pour dire les visages qui disparaissent, face à demi cachée pour indiquer l’existence d’un monde secret et aussi présence de mains qui se touchent , montrent l’avenir et la continuité. Des mains jeunes prises dans une situation qui exprime surtout l’amitié et le partage. Côté texte qui appuie et éclaire les images, il y a un leitmotiv qui place la vie au-dessus de la mort. Le narrateur est anonyme, le disparu aussi, peu importe. Là ne réside pas l’essentiel. Langage de la lumière, des ombres et des reflets pour évoquer l’invisible secret de l’existence. Un beau livre marqué par la grisaille de la réalité, qui a la couleur de la mémoire et la magie des promesses."

Alors comment faire pour empêcher qu'un livre disparaisse?
Le rééditer ? Chiche !