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06 février 2007

Ceux qui écrivent et ceux qui lisent

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Editeur, c'est un métier de rencontres. De lectures et de rencontres.
Et de milliers de kilomètres aussi. L'un ne va pas sans l'autre.
Mais derrière ce qu'on lit il y a des femmes et des hommes qui écrivent.
Quelquefois on les croise, on se parle, on se reconnaît.
En octobre dernier, le premier texte qu'on a reçu de Cathy Dutruch ne ressemblait à rien de ce que j'avais pu lire jusque-là.
Il m'intriguait. Le titre en était un prénom d'enfant : MALOU
Quand on lit tous les textes qu'on reçoit, parfois une dizaine par semaine, on peut aussi se perdre.
Perdre patience, parce que la détérioration de l'enfance semble gagner du terrain.
Elle sert aux marchands, et les marchands vont vite, ils aiment accélerer.
"Une société qui soumet les ressources affectives au principe d'économie vieillit prématurément l'enfant dans l'adulte et infantilise l'adulte dans un enfant qui ne naîtra jamais à sa destinée d'homme,"écrivait Raoul Vaneigem.
Alors pour les enfants on a envie d'autres textes. Des textes pour ralentir le regard, et lui apprendre à scruter mieux.
Alors d'un coup on a envie d'entrer dans des textes qui portent en eux un monde. Un monde où l'on ne reconnaît plus aucune des certitudes avec lesquelles d'habitude on s'oriente à peu près. Et ça décape, ça laisse haletant, un peu hagard. Malou m'a donné cette impression de perdre mes repères. Comme d'autres fois les histoires de Maryvette Balcou, de Stéphane Servant, de Catherine Leblanc, de Thierry lenain, de Sandrine Bourguignon, d'Edith de Cornulier-Lucinère ou de Magali Turquin. De ces premières lectures surgit l'envie de tout lire, tout ce qui a pu être écrit de cette main, chacun des mots liés à cette existence qui vient me remuer, et parler à l'enfant d'une voix pas encore repérée, une voix dont les enfants auront besoin pour croire encore que le monde va pouvoir palpiter sous leurs mains.
On lit un texte et c'est un surgissement. Le mot n'existe peut-être pas. Il faudrait dire Effraction.
Les textes de Cathy Dutruch font effraction, ils font surgir une compréhension du monde qui je crois manque encore aux enfants. Une compréhension farouche et qui n'avait pas lieu jusqu'à présent. Dont il faut faire des livres.
Et pour finir encore une phrase de Vaneigem :
« Ils élèvent l'enfant de la même façon qu'ils se lèvent chaque matin : en renonçant à ce qu'ils aiment ».
(Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l'opportunité de s'en défaire)

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