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04 janvier 2007

ZAZIE, LE RETOUR

medium_zazie1.jpgUne nouvelle critique de Zazie vient d'être mise en ligne sur Sitartmag. On ne résiste pas au plaisir de vous la faire lire. Et puis vous pouvez aussi feuilleter l'album en cliquant sur l'image Zazie (colonne de droite, albums photos). Alors bonne lecture, et laissez-nous votre sentiment dans les commentaires.

"ZAZIE, le retour
Qui ne connaît pas Zazie, la célèbre héroïne ré-inventée par Thierry Lenain ? On se souvient de Mademoiselle Zazie veut un bébé ou de Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ? qui abordaient déjà très intelligemment (et facétieusement) la question des relations entre filles et garçons et des découvertes successives que font les enfants vivant en mixité, différents mais égaux. Cette nouvelle tranche de vie, Mademoiselle Zazie et les femmes nues, se démarque néanmoins des aventures précédentes de la petite fille : c’est ici un album, "illustré" par des photographies – selon la ligne éditoriale des éditions Où sont les enfants ? ; des clichés énergiquement retravaillés par Magali Schmitzler, qui accompagnent le texte avec vivacité.

Zazie s’offusque ici « des femmes nues » qui pullulent sur « les portes des magasins, sur le cul des bus, et jusque dans le regard des hommes. » La pudeur de Zazie n’est pas à confondre avec de la pudibonderie, et ce n’est évidemment pas la nudité en tant que telle qui choque la petite et ses copines (en témoigne la dernière scène de l’histoire), mais l’étalage outrancier de corps anonymes, qui mettent en scène des femmes morcelées devenues objets, offertes aux regards salaces des passants. Et quand Max, l’amoureux de Zazie, se met à ressembler à ces hommes qui profitent de cette exhibition, l’héroïne est furieuse et décide de passer à l’action !
On appréciera ou non les cadrages en oblique, on admirera ou non le travail graphique, selon son penchant pour les bleus et les roses fluorescents qui habillent les photographies, encadrant les visages ou recouvrant tout ou partie des personnages ; mais d’un point de vue narratif, le choix des teintes et le parti pris des aplats « flashy » méritent d'être analysés et viennent judicieusement en contrepoint du travail des publicitaires qui recouvrent les murs d’images elles aussi retravaillées – des images qui stigmatisent le corps et le dégradent, en l'associant à des produits marchands ; des images "idéalisées", en opposition avec les images de Magali Schmitzler qui montrent les enfants tels qu'ils sont.

Encore une fois, par le biais d’un texte (en apparence...) limpide et d’une histoire très simple, Thierry Lenain pousse son lecteur – jeune ou moins jeune – à aller au cœur des questions et à s’interroger. L’album met évidemment en cause la prolifération d’images qui nous assaillent chaque jour, le trop-plein visuel qui souvent brasse du vide. Mais surtout, le récit pose la question de la relation au corps. Quel enfant, à un âge où sa pudeur naissante l’incite à explorer la notion d’intimité et sa propre sexualité, n’a pas été étonné de voir des corps étalés, dans des poses le plus souvent lascives, voire pornographiques, en pleine rue ou sur les kiosques à journaux ? La prétendue liberté des adultes n’entrave-t-elle pas celle des enfants, à qui on ne donne plus l’occasion de se découvrir progressivement et à qui on impose des visions réductrices de la sexualité, de l'intime, du féminin et des relations entre les genres ? Zazie a raison de se sentir si mal à l’aise face à ce spectacle qui lui donne « l’impression d’être nue, elle aussi », d’être déshabillée en public, contre son gré, et d’être atteinte dans sa pudeur toute naturelle et dans l’intégrité de son corps, qui n’appartient qu’à elle. La véritable violence est là, dans cette banalisation exagérée qui choque les enfants... n’en déplaise aux adultes qui ne croient plus à la notion de limite ou qui s'imaginent faire preuve d'ouverture en montrant tout et n'importe quoi à des enfants en phase de construction identitaire. Bravo à l'énergique Zazie de réagir !"

Blandine Longre (décembre 2006)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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