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29 décembre 2006

Le ventre de la mer

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©Robert Frank

C'était le début du premier accouchement.
La mer allait expulser le personnage d'une histoire.
Ainsi commençait le récit d'une vie différente, inconnue, entre l'énorme océan face à nous et la pluie revenue.

«1955. Je traverse les États. Pendant un an. 500 rouleaux de film. Je vais dans les bureaux de poste, les Woolworths, les magasins à 10 cents, les gares routières. Je dors dans des petits hôtels pas chers. Vers 7 heures du matin, je vais au bar du coin. Je travaille tout le temps. Je parle peu. J’essaye de ne pas être vu. Un jour dans l’Arkansas, les flics m’arrêtent : Qu’est-ce que vous faites là ?" Robert Frank

25 décembre 2006

Hervé Guibert & Phil Winter

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© Hervé Guibert - "Nefertito" - 1984

"Je crois que ce sont d'autres choses que les bons objectifs qui font les "bonnes photos", des choses immatérielles, de l'ordre de l'amour, ou de l'âme, des forces qui passent là et qui s'inscrivent...", écrivait Hervé Guibert dans Suzanne et Louise. Son deuxième livre mêlait les photos de ses tantes aux récits qu'il faisait de leurs vies. Deux vieilles femmes photographiées par le neveu qui leur rendait visite chaque semaine.

Toute son existence, l'écriture et la photographie resteront mêlées, entrelacées l'une à l'autre dans un jeu de miroirs. Ce sont les outils de l'écriture qu'il prend en photo, feuillets et machine à écrire, la table de travail et les objets qu'il semble y mettre en scène, jusqu'à ses propres mains et la galerie de personnages, ceux dont les prénoms et les initiales passent du journal aux récits.

Après la mort d'Hervé Guibert demeure une œuvre où l'art photographique et l'art du récit ne cessent de se répondre, une expérimentation sur vingt années de la fragile corrélation qui peut s'établir entre prises de vues et travail littéraire. C'est peut-être dans cette œuvre que s'invente, peu à peu et à mesure qu'on la relit, la figure de l'écrivain-photographe : une autre façon de faire des livres à la croisée des photos et du récit : «car le texte est le désespoir de l’image, et pire qu’une image floue ou voilée une image fantôme».

Ainsi continue-t'il à la fois les explorations de Lewis Carroll et de Robert Frank, mais aussi cette figure de l'écrivain photographe que Wim Wenders inventa pour son film, "Alice dans les villes". Phil Winter, l'écrivain photographe de Wenders, cède son appareil-photo Polaroïd à la petite fille qui le prend en photo. "Comme ça tu sauras de quoi tu auras l'air" explique la petite fille. La mère d'Alice a demandé à Phil Winter d'accompagner son enfant de New-York à Wuppertal, sans deviner qu'ils deviendraient complices, comme un père et sa fille.

medium_alicedanslesvilles.3.jpgEst-ce l'écrivain-photographe qui a besoin de rencontrer un enfant pour apprendre à quoi il ressemble, ou est-ce l'enfant qui a besoin de l'écrivain photographe pour arpenter le monde, comme dans "Voyage avec deux enfants", l'un des premiers romans d'Hervé Guibert ?

24 décembre 2006

Terre d'enfants

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C'est une vieille dame, un beau visage, une existence qu'on a envie de raconter pour tenter de comprendre les milliers d'images qu'elle a pu ramener de ses rencontres : voyages au loin, rencontres d'enfants. Dominique Darbois est née le 5 avril 1925 à Paris. Résistante pendant la seconde guerre mondiale, résistante à seize ans, elle est arrêtée et emprisonnée à Drancy pendant deux ans. A la libération, elle s'engage dans des activités militaires en France et au Tonkin, puis devient l'assistante du photographe Pierre Jahan en 1946 tout en suivant les cours de l'École du Louvre en auditeur libre, avant de commencer sa carrière à elle, sa vie de photographe attentive aux enfants et aux femmes. C'est en 1951 qu'elle effectue son premier voyage, une mission exploratoire de près d'un an en Guyane, d'où elle rapporte les photographies du premier titre de la célèbre collection de livres pour enfants "Les enfants du monde".

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©Dominique Darbois - Moscou, 1965.

Une vingtaine d'albums seront édités chez Nathan, entre 1953 et 1975, dont la mémoire ne s'efface pas chez ceux qui, enfants, ont eu la chance d'en tourner les pages et de s'imaginer d'autres façons de vivre. Après l'enfant d'Amazonie, il y aura l'enfant africain, l'enfant esquimau (Achouna le petit esquimau, 1958), l'enfant mexicain ou lapon (Aslak le petit lapon, Nathan, 1964), Faouzi, le petit égyptien (1965), puis Moriko, cette fillette japonaise. “Je suis (je crois…) un être éminemment social, raconte Dominique Darbois, ayant toujours refusé de se laisser enfermer dans des frontières, quelles qu’elles soient, matérielles ou mentales, ayant toujours éprouvé une soif de connaître les autres, proches ou lointains, au-delà des différences apparentes, et, donc de communiquer avec eux. Mon désir d’évasion m’a conduite à essayer, poursuit elle, de déceler par un regard, une attitude que j’ai voulu fixer, nos points communs, nos différences. Après tout ce temps passé à explorer les lieux et les humains, j’espère avoir réussi à transmettre ma conviction que ce monde, dans sa diversité et sa complexité, est UN : le nôtre, notre monde à tous. Mes photos y sont-elles parvenues ? À vous de le dire.”
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©Dominique Darbois - Guyane - 1952

PLASTICK

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©Alice Sidoli

"On va où par là ?
Je sais pas, je m'en fous, on y va !"
(Stéphane Servant)

Ebauche d'un album à venir. Premières images aperçues et bribes d'un texte qu'on n'a pas encore lu. Mais déjà cette intuition qu'on peut vérifier. En imaginant un duo pour un premier album, - un texte de Stéphane Servant et des photos d'Alice Sidoli - on ne pouvait prédire que l'aventure continuerait, qu'il y aurait l'envie par la suite d'autres livres. Ces premières images en apportent la preuve, et pour nous c'est précieux. L'alchimie fonctionne. Images et mots qui résonnent.

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© Alice Sidoli

Est-ce qu'on invente quelque chose en travaillant comme ça ?
"Je sais pas, je m'en fous, on y va !"

20 décembre 2006

Les photos d'Alice Sidoli

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Il s'était passé quelque chose. En découvrant cette image, il y a plus d'un an, nous avions pensé qu'Alice Sidoli était capable de saisir quelque chose de l'enfance après quoi nous étions à l'affût. Difficile d'expliquer pourquoi cette intuition ne s'en allait pas. Nous avions cherché à voir d'elle d'autres images. Il y en avait beaucoup sur le site de BaSoH, le collectif de photographes auquel elle appartient. Alice travaillait pour la presse. On pouvait voir ses reportages sur les rues de New York, sur le travail d'une sage-femme du 11ème arrondissement à Paris, sur une maternité de Vitry-sur-Seine, sur la prévention du sida au Maroc ou sur les sans-abri en région parisienne.

Nous avions envie d'imaginer un livre avec elle. Un livre pour les enfants, à partir de cette façon différente qu'elle avait de composer ses photos.

En janvier 2007 sortiront deux livres dont Alice Sidoli aura conçu les images. "8h32", le prochain album d'Où sont les enfants?, avec un texte de Stéphane Servant, un texte réglé au millimètre, un peu comme on ajuste le mécanisme d'une horloge. Et aux Editions de l'Amourier, "Primitifs en position d'entraver", un texte de Tieri Briet où viennent résonner une vingtaine d'images composées spécialement pour le livre. Ces deux livres amènent la peuve que les photos d'Alice savent rendre compte d'une solitude étrange, celle que les enfants peuvent traverser dans l'attente, et celles que les frontières de Schengen érigent aujourd'hui comme une loi : la solitude des clandestins. Deux solitudes difficiles à capturer à travers des images. Mais elles sont là, présentes à travers ces deux livres, capables de restituer la joie qui va y éclater, et même la force qui y prépare en silence son premier coup d'éclat.

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©Alice Sidoli

15 décembre 2006

En revenant de Montreuil

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Nous sommes lents. Et c'est une façon de travailler qui nous ressemble. Si nous avons découvert, à Montreuil, nombre de photographes passionnants venus nous montrer leurs images, il nous a fallu du temps ensuite pour repenser aux univers ainsi arpentés. Pour imaginer le commencement d'un livre possible à partir d'images qui surgissaient. Comme ces photographies d'Odile PASCAL, jeune photographe venue du sud avec des images où résonnent la peinture et l'univers mental des contes. En découvrant ses recherches et celles de quelques autres, nous avons pu renforcer cette intuition que la photographie avait bien de véritables histoires à raconter aux enfants.

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Odile PASCAL pratique une magie sombre pour rendre compte d'une vision où le récit vient fonctionner en écho. C'est trouble et attirant. Précis et pictural, avec une invention dans l'usage des couleurs et la diffraction des lumières qui n'est pas sans rappeler la technique du glacis qu'utilisaient certains peintres à l'huile comme Le Tintoret à Venise ou Rembrandt à Leyden. Alors ça nous passionne, ça se mélange aussi avec les livres en chantier. Nous ne résistons pas à l'envie d'en montrer quelques images. Pour le plaisir et pour la gourmandise.

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© Odile Pascal

14 décembre 2006

Partir faire des photos

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Chrystelle Aguilar et Lucie à la plage en décembre.

Quand on part faire des photos pour raconter une histoire, quand on a imaginé une vingtaine de clichés pour résonner avec un texte de Maryvette Balcou, il faut prendre en compte ce danger d'affronter la tempête sur une plage du côté de Paimpol, face à l'île de Bréhat et à l'océan qui se retire, juste un peu plus sombre que le ciel de Bretagne.

Chrystelle Aguilar est capable d'attendre toute une journée la lumière qu'elle recherche pour jouer dans les cheveux de l'enfant rousse. C'est elles, cette lumière et cette enfant, qui raconteront une partie de l'histoire à la première personne. Mais la lumière ne viendra pas. L'enfant continuera de jouer, de ramasser des coquillages en buvant de la grenadine, et nous n'aurons qu'à revenir guetter la lumière au printemps, jouer avec l'enfant qui dessinera dans le sable ce qu'elle veut voir dans la photo, puis dans le livre : sa part d'invention à elle.