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25 décembre 2006

Hervé Guibert & Phil Winter

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© Hervé Guibert - "Nefertito" - 1984

"Je crois que ce sont d'autres choses que les bons objectifs qui font les "bonnes photos", des choses immatérielles, de l'ordre de l'amour, ou de l'âme, des forces qui passent là et qui s'inscrivent...", écrivait Hervé Guibert dans Suzanne et Louise. Son deuxième livre mêlait les photos de ses tantes aux récits qu'il faisait de leurs vies. Deux vieilles femmes photographiées par le neveu qui leur rendait visite chaque semaine.

Toute son existence, l'écriture et la photographie resteront mêlées, entrelacées l'une à l'autre dans un jeu de miroirs. Ce sont les outils de l'écriture qu'il prend en photo, feuillets et machine à écrire, la table de travail et les objets qu'il semble y mettre en scène, jusqu'à ses propres mains et la galerie de personnages, ceux dont les prénoms et les initiales passent du journal aux récits.

Après la mort d'Hervé Guibert demeure une œuvre où l'art photographique et l'art du récit ne cessent de se répondre, une expérimentation sur vingt années de la fragile corrélation qui peut s'établir entre prises de vues et travail littéraire. C'est peut-être dans cette œuvre que s'invente, peu à peu et à mesure qu'on la relit, la figure de l'écrivain-photographe : une autre façon de faire des livres à la croisée des photos et du récit : «car le texte est le désespoir de l’image, et pire qu’une image floue ou voilée une image fantôme».

Ainsi continue-t'il à la fois les explorations de Lewis Carroll et de Robert Frank, mais aussi cette figure de l'écrivain photographe que Wim Wenders inventa pour son film, "Alice dans les villes". Phil Winter, l'écrivain photographe de Wenders, cède son appareil-photo Polaroïd à la petite fille qui le prend en photo. "Comme ça tu sauras de quoi tu auras l'air" explique la petite fille. La mère d'Alice a demandé à Phil Winter d'accompagner son enfant de New-York à Wuppertal, sans deviner qu'ils deviendraient complices, comme un père et sa fille.

medium_alicedanslesvilles.3.jpgEst-ce l'écrivain-photographe qui a besoin de rencontrer un enfant pour apprendre à quoi il ressemble, ou est-ce l'enfant qui a besoin de l'écrivain photographe pour arpenter le monde, comme dans "Voyage avec deux enfants", l'un des premiers romans d'Hervé Guibert ?

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