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18 février 2006

3495 signatures



Aujourd'hui 18 février 2006, la pétition des opposants à la fermeture de la bibliothèque de Clamart a recueilli 3495 signatures. Une goutte d'eau quand on réfléchit à la violence symbolique de cette bêtise à laquelle le ministère de la culture vient de renoncer. S'il s'agissait d'une banque qui brûlait, l'évènement serait à la Une des journaux télévisés et des quotidiens qui leur emboitent le pas. Mais une bibliothèque qu'on condamne et qu'on rouvre au pays des lois Perben, de la criminalisation de l'enfance, du "Manifeste pour la défense du droit fondamental d'être accueilli et de pouvoir s'épanouir dans une famille composée d'un père et d'une mère" signé par les députés de la majorité, ceux-là mêmes qui rédigent nos lois aujourd'hui, une bibliothèque qu'on condamne ça ne veut plus rien dire. N'est-ce pas dans ce gouvernement qu'un ministre de l'éducation nous expliquait que "TOUT LE MONDE NE PEUT PAS COMPRENDRE VERLAINE." La preuve en est donc faite et le Collectif "Pour que vivent nos cités" pourra afficher "J'allais par des chemins perfides" sur les murs de Clamart.

Clamart retrouve «la Joie par les livres»
Réouverture de la bibliothèque pour enfants après accord entre la mairie et le ministère.
par Ange-Dominique BOUZET - (Libération - vendredi 17 février 2006)

Après deux semaines de mobilisation populaire pour la sauver, la bibliothèque la Joie par les livres, à Clamart, va reprendre ses activités et accueillir à nouveau les enfants, dès demain. Le collectif «Pour que vivent nos cités», qui a obtenu ce résultat en occupant les lieux, devrait les abandonner à midi aujourd'hui... Non sans avoir préparé les conditions d'une animation festive demain, pour la réouverture.

Transaction. La «JPL», mythique petite bibliothèque pour enfants implantée dans la ZEP de la cité de la Plaine il y a quarante ans, est devenue célèbre à travers le monde pour son action exemplaire en faveur de la lecture dans les milieux défavorisés. Elle avait fermé le 3 février sur décision du ministère de la Culture .

L'émoi suscité par cet oukase, et la résistance des parents ont néanmoins incité la municipalité et le ministère à revoir leurs positions. A l'issue d'une rencontre entre Philippe Kaltenbach (maire PS de Clamart) et Benoît Yvert, directeur du livre au ministère, les deux instances publiques sont parvenues à une transaction. D'un côté, pour calmer les inquiétudes invoquées par le ministère quant à la «sécurité» des lieux, la municipalité (propriétaire du bâtiment) s'est engagée à procéder à des travaux, dont les plus urgents ont été effectués cette semaine.

De l'autre, l'Etat, principal financier de La Joie par les livres, promet (de concert avec la ville) de «maintenir les moyens humains et matériels pour assurer la poursuite des activités de la bibliothèque». Une «instance de concertation» devra enfin «définir les missions de la bibliothèque, afin que ce lieu puisse poursuivre et développer ses activités».

Futur hypothéqué. Le flou des formulations officielles quant aux subventions à venir, et le refus de l'Etat d'associer le collectif des habitants à la future «instance de concertation» ne lèvent évidemment pas toute inquiétude. La complexité du statut associatif de La Joie par les livres (dont la bibliothèque se double d'un centre de documentation installé à Paris, qui édite des revues), implique une refonte. Or, il semble clair que l'Etat souhaiterait se désinvestir de la structure de Clamart pour ne garder que la partie parisienne des activités de l'association, tandis que la mairie, qui nourrit de son côté un projet de grande médiathèque pour 2007, a tendance à considérer que la petite bibliothèque de proximité de la cité de la Plaine fera alors double emploi. Même si le futur apparaît donc hypothéqué, la crise de ces deux dernières semaines aura eu un effet positif, en soulignant la sensibilité du dossier et l'attachement des habitants de la ZEP à la JPL.

Demain, la bibliothèque ronde retrouvera (momentanément ?) ses lecteurs et leurs parents. En fanfare. A 14 h 30, le maire et le directeur du livre seront de la partie, mais aussi des amis de la JPL, personnalités politiques (Jack Ralite) et auteurs jeunesse (Claude Ponti). Aux murs, il y aura une exposition de photos de Marc Riboud, représentant la bibliothèque hier (lors de son inauguration) et aujourd'hui (pendant l'occupation du collectif)...

05:00 Publié dans Propaganda | Lien permanent | Commentaires (1)

16 février 2006

Récit des origines



Notre marchand de journaux lit les journaux qu'il tente de vendre, et c'est pour ça qu'on l'aime. C'est lui qui nous a montré l'article de Village magazine sur Où sont les enfants ? C'est un article qu'on aime bien parce qu'il fait le récit des origines. Alors on le recopie ici. Histoire de savoir comment tout ce bazar a commencé....

C’est dans la « Grange aux livres », à l’écart d’un village du Lot où il n’y a ni librairie, ni bibliothèque que sont nées les éditions « Où sont les enfants ? ». Dans cet endroit, les enfants du village viennent s’initier à la lecture. À l’été 99, une dizaine d’entre eux décide d’écrire et de tourner un film. Ils demandent de l’aide, les bonnes volontés du village sont mobilisées… et les enfants écrivent les scènes, font tourner leurs parents et amis, jusqu’à la projection du film à la fin de l’été.

Deux associations sont alors créées, « Où sont les enfants » et « Tête de Môme », qui fonctionnent comme une bibliothèque de rue au milieu du désert rural, deux autres films d’enfants sont produits, et des ateliers de lecture et d’écriture organisés. C’est suite à ces expériences enrichissantes que naissent les éditions « Où sont les enfants ? » fin 2004. Le projet éditorial en est simple : inventer des albums fiction jeunesse, sortes de romans photo, uniquement illustrés par la photographie, proposer des images d’une intensité qui s’accorde à la culture des enfants d’aujourd’hui. Les trois fondateurs d’« Où sont les enfants » ont des parcours atypiques et frontaliers. Si Michèle Leydet vient du graphisme de presse et de la photographie publicitaire, Antonin Quetal est un conteur-voyageur au long cours et Tieri Briet, un artiste plasticien autant qu’un scénariste pour la télévision et le cinéma. À partir d’histoires originales, il s’agit de mettre en œuvre les prises de vues, un peu à la manière d’un tournage, en repérant les décors et en distribuant les rôles principaux aux enfants. C’est donc aussi une autre façon de concevoir des livres jeunesse. La jeune société revendique son implantation rurale comme un atout qui lui permet une liberté d’action pour la constitution des décors, ainsi que de forts échanges avec la population locale. Un agriculteur a par exemple prêté son champ afin qu’une favela y soit reconstituée. Autre particularité : un comité de lecture composé d’enfants de 5 à 11 ans est mobilisé pour chaque nouvel ouvrage. Totalement indépendante, la maison d’éditions démarche elle-même diffuseurs et libraires afin d’assurer la diffusion de ses publications, professant à qui veut l’entendre que puisque « les enfants regardent le monde, offrons leur des livres qui ne baissent pas les yeux… ». 

Quatre ouvrages viennent de paraître aux éditions « Où sont les enfants ? » : Disparue, d’Antonin Quetal et Béatrice Utrilla, La Nef des fous, de L’Oboubambulle et du Groupe Z, Petite Brouette de survie, de Tieri Briet et Alejandro Martinez, Histoire à dormir debout, de Maryvette Balcou et Chrystelle Aguilar.

06 février 2006

Jour sans joie à Clamart

La bibliothèque de Clamart, modèle d'architecture et de pédagogie, est menacée de disparition.
Signez vite la pétition  aux côtés de ceux qui sont bien décidés à ne pas laisser faire un tel gâchis.
http://www.cubbik.com/petitionbibjpl/?petition=2

La légendaire bibliothèque pour enfants de Clamart ferme samedi.
par Ange-Dominique BOUZET( QUOTIDIEN : jeudi 02 février 2006)

La joie par les livres à Clamart, c'est terminé : la bibliothèque pour enfants, au nom si emblématique, cessera ses activités samedi prochain. Une fermeture imposée par le ministère de la Culture, qui prend de court les familles de la ZEP et sème la stupeur dans les réseaux du livre pour enfants.

La fermeture d'une bibliothèque de banlieue, par les temps qui courent, c'est malvenu. Mais «Clamart» ! Tout un symbole. Cette petite bibliothèque pilote est née il y a quarante ans de l'acoquinement d'une dame de la haute avec un mouvement architectural lié à la mouvance communiste et une équipe de bibliothécaires motivées. Anne Schlumberger, mécène désireuse de créer une expérience culturelle modèle en plein coeur populaire du «petit» Clamart, impulse l'association La Joie par les livres, en 1963, pour monter une bibliothèque dont elle confie la réalisation à Gérard Turnauer, architecte membre de l'atelier de Montrouge. Il édifie, au milieu des immeubles en brique de la cité de la Plaine, un petit édifice de plain-pied, dont les trois salles de lecture, rondes et intimes, lambrissées de bois clair, s'enroulent en volutes à l'abri d'un jardin planté d'un ginkgo biloba.

Pour Geneviève Patte, directrice d'alors, l'accompagnement des enfants, dont les familles sont parfois analphabètes, vise à les amener au sens de la qualité : «On responsabilisait les enfants, ils tenaient eux-mêmes le bureau de prêt.» Parallèlement, les bibliothécaires, raconte-t-elle, faisaient du porte-à-porte, «avec les paniers de livres, pour toucher les parents».
L'expérience retentit à travers le monde. Les petits lecteurs de Clamart, photographiés par Martine Frank, feront la une de Life. La bibliothèque sera visitée par l'impératrice du Japon. Geneviève Patte, à la retraite, continue encore d'être appelée, de l'Amérique latine à l'Europe centrale, pour essaimer le modèle de La Joie par les livres.

A la mort d'Anne Schlumberger, financière initiale, la réputation de l'institution est telle qu'en 1972 l'Etat va s'impliquer : il récupère la charge du fonctionnement de l'association, la municipalité de Clamart assumant l'entretien du bâtiment. Avec le temps, les activités se sont élargies : la collecte et l'analyse des livres ont engendré des revues et un centre de documentation qui se ramifie à Paris, et s'installe boulevard de Strasbourg.

De nouveaux équilibrages budgétaires se sont instaurés. Pas au profit des enfants de la Cité de la Plaine. La bibliothèque, qui eut jadis jusqu'à quatorze bibliothécaires, n'en a plus que deux à plein temps, payées par la municipalité. D'après une note d'Olivier Ponsoye, trésorier de l'association, sur un budget total de 2,9 millions d'euros en 2005, la somme attribuée à la bibliothèque aura seulement été de 60 253 euros. Montant dévolu à ses achats de livres : 50 euros.
Seul le Centre du boulevard de Strasbourg continue à intéresser le ministère de la Culture. A la Direction du livre et de la lecture, on justifie la fermeture de Clamart par «des problèmes de sécurité». Cette «petite antenne associative» de banlieue, «qui a été modèle en son temps et qui fonctionne d'ailleurs encore bien», ne justifierait plus de toute façon d'un financement national.

Philippe Kaltenbach, le maire PS de Clamart, dénonce une décision «scandaleuse pour les habitants comme pour la politique du livre pour enfants». Le retrait financier de l'Etat n'a fait, souligne-t-il, l'objet «d'aucun concertation» et ne devait, en tout état de cause, pas intervenir avant la fin 2006, la municipalité ayant planifié pour cette date l'installation d'une médiathèque susceptible de prendre le relais. «La sécurité n'est qu'un prétexte, la raison est purement financière», tonne le maire.
Mépris des usagers et récupération cynique des livres de la bibliothèque initiale par l'Etat. Préférence accordées, d'autre part, aux «grandes» médiathèques polyvalentes. Tout s'unit contre cette petite structure de proximité, s'adressant à des enfants dont les parents ne vont pas eux-mêmes en bibliothèque. Une bibliothèque «maison», dont Gallimard s'apprête cependant à célébrer l'aventure par la sortie, en avril, de deux livres mémoires !

Le quartier se mobilise : une pétition circule, lancée par le collectif «Que vive nos cités», qui regroupe une dizaine d'associations locales (parents d'élève, familles maghrébines, familles congolaises, Attac 92, etc.). «Ici, les mamans avaient confiance, elles laissaient les petits venir seuls, c'est sous leur fenêtre, sans rue à traverser», plaidait mercredi, à la bibliothèque, une mère de petit lecteurs du Haut-Clamart. «Quelqu'un a dit qu'il fallait nettoyer les banlieues, lançait un des parents. Ça commence par les bibliothèques ?»