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06 février 2006

Jour sans joie à Clamart

La bibliothèque de Clamart, modèle d'architecture et de pédagogie, est menacée de disparition.
Signez vite la pétition  aux côtés de ceux qui sont bien décidés à ne pas laisser faire un tel gâchis.
http://www.cubbik.com/petitionbibjpl/?petition=2

La légendaire bibliothèque pour enfants de Clamart ferme samedi.
par Ange-Dominique BOUZET( QUOTIDIEN : jeudi 02 février 2006)

La joie par les livres à Clamart, c'est terminé : la bibliothèque pour enfants, au nom si emblématique, cessera ses activités samedi prochain. Une fermeture imposée par le ministère de la Culture, qui prend de court les familles de la ZEP et sème la stupeur dans les réseaux du livre pour enfants.

La fermeture d'une bibliothèque de banlieue, par les temps qui courent, c'est malvenu. Mais «Clamart» ! Tout un symbole. Cette petite bibliothèque pilote est née il y a quarante ans de l'acoquinement d'une dame de la haute avec un mouvement architectural lié à la mouvance communiste et une équipe de bibliothécaires motivées. Anne Schlumberger, mécène désireuse de créer une expérience culturelle modèle en plein coeur populaire du «petit» Clamart, impulse l'association La Joie par les livres, en 1963, pour monter une bibliothèque dont elle confie la réalisation à Gérard Turnauer, architecte membre de l'atelier de Montrouge. Il édifie, au milieu des immeubles en brique de la cité de la Plaine, un petit édifice de plain-pied, dont les trois salles de lecture, rondes et intimes, lambrissées de bois clair, s'enroulent en volutes à l'abri d'un jardin planté d'un ginkgo biloba.

Pour Geneviève Patte, directrice d'alors, l'accompagnement des enfants, dont les familles sont parfois analphabètes, vise à les amener au sens de la qualité : «On responsabilisait les enfants, ils tenaient eux-mêmes le bureau de prêt.» Parallèlement, les bibliothécaires, raconte-t-elle, faisaient du porte-à-porte, «avec les paniers de livres, pour toucher les parents».
L'expérience retentit à travers le monde. Les petits lecteurs de Clamart, photographiés par Martine Frank, feront la une de Life. La bibliothèque sera visitée par l'impératrice du Japon. Geneviève Patte, à la retraite, continue encore d'être appelée, de l'Amérique latine à l'Europe centrale, pour essaimer le modèle de La Joie par les livres.

A la mort d'Anne Schlumberger, financière initiale, la réputation de l'institution est telle qu'en 1972 l'Etat va s'impliquer : il récupère la charge du fonctionnement de l'association, la municipalité de Clamart assumant l'entretien du bâtiment. Avec le temps, les activités se sont élargies : la collecte et l'analyse des livres ont engendré des revues et un centre de documentation qui se ramifie à Paris, et s'installe boulevard de Strasbourg.

De nouveaux équilibrages budgétaires se sont instaurés. Pas au profit des enfants de la Cité de la Plaine. La bibliothèque, qui eut jadis jusqu'à quatorze bibliothécaires, n'en a plus que deux à plein temps, payées par la municipalité. D'après une note d'Olivier Ponsoye, trésorier de l'association, sur un budget total de 2,9 millions d'euros en 2005, la somme attribuée à la bibliothèque aura seulement été de 60 253 euros. Montant dévolu à ses achats de livres : 50 euros.
Seul le Centre du boulevard de Strasbourg continue à intéresser le ministère de la Culture. A la Direction du livre et de la lecture, on justifie la fermeture de Clamart par «des problèmes de sécurité». Cette «petite antenne associative» de banlieue, «qui a été modèle en son temps et qui fonctionne d'ailleurs encore bien», ne justifierait plus de toute façon d'un financement national.

Philippe Kaltenbach, le maire PS de Clamart, dénonce une décision «scandaleuse pour les habitants comme pour la politique du livre pour enfants». Le retrait financier de l'Etat n'a fait, souligne-t-il, l'objet «d'aucun concertation» et ne devait, en tout état de cause, pas intervenir avant la fin 2006, la municipalité ayant planifié pour cette date l'installation d'une médiathèque susceptible de prendre le relais. «La sécurité n'est qu'un prétexte, la raison est purement financière», tonne le maire.
Mépris des usagers et récupération cynique des livres de la bibliothèque initiale par l'Etat. Préférence accordées, d'autre part, aux «grandes» médiathèques polyvalentes. Tout s'unit contre cette petite structure de proximité, s'adressant à des enfants dont les parents ne vont pas eux-mêmes en bibliothèque. Une bibliothèque «maison», dont Gallimard s'apprête cependant à célébrer l'aventure par la sortie, en avril, de deux livres mémoires !

Le quartier se mobilise : une pétition circule, lancée par le collectif «Que vive nos cités», qui regroupe une dizaine d'associations locales (parents d'élève, familles maghrébines, familles congolaises, Attac 92, etc.). «Ici, les mamans avaient confiance, elles laissaient les petits venir seuls, c'est sous leur fenêtre, sans rue à traverser», plaidait mercredi, à la bibliothèque, une mère de petit lecteurs du Haut-Clamart. «Quelqu'un a dit qu'il fallait nettoyer les banlieues, lançait un des parents. Ça commence par les bibliothèques ?»

Commentaires

La fondatrice était un précurseur; l'existence de bibliothèques de ce genre pour enfants de tous pays est plus que jamais une priorité.
Que résiste et perdure la Joie par les livres !...

Écrit par : Richard, Elisabeth | 08 février 2006

SAUVONS LA BIBLIOTHEQUE JEUNESSE DE CLAMART qui inspira tant de bibliothèques pour la jeunesse. Que résiste et perdure la Joie par les livres, que résistent et perdurent les "sections jeunesse" en bibliothèque et leur efficacité à promouvoir sur le terrain la LECTURE PUBLIQUE.

Écrit par : Légier Marianne | 09 février 2006

Bonjour Marianne Légier,
Bonjour Elisabeth Richard,
nous connaissons mal le monde des bibliothèques, celle de Clamart nous a apporté cette confirmation que nous recherchions, à savoir que la littérature jeunesse était bien un territoire où la liberté d'inventer pouvait encore se jouer, concrètement, dans le merdier et la foirade d'aujourd'hui. Pour nous, l'utopie magnifique de la Joie par les Livres doit se défendre pied à pied, et nous sommes prêts à rallier le combat, à venir du Causse avec un bus d'enfants lecteurs et à organiser la désobéissance civile que nous enseignons ici aux enfants ...
Cette bibliothèque doit devenir le symbole de ce que nous refusons pour les enfants d'aujourd'hui et demain.
A nous, à vous d'organiser la résistance.
Plus nous réfléchissons à cette histoire et plus sa portée symbolique nous terrifie.
Nous on vit et travaille dans une forêt du vieux Causse, on est très loin de Clamart, mais en novembre il y a des écoles et des bibliothèques qui ont été détruites, en janvier on apprend que l'état veut en fermer d'autres et d'un seul coup la peur et la colère nous envahissent.
On réfléchit à la riposte. Et votre avis bien sur nous intéresse.
A. & T. pour Où sont les enfants ?

Écrit par : Antonin & Tieri | 10 février 2006

En relisant votre commentaire, Marianne Légier, il y a ce terme de Lecture Publique. On imagine que cette notion est au cœur du débat qui a surement lieu, quelque part et en interne, presque en secret, parmi les professionnels de la profession des bibliothèques publiques. Mais aujourd'hui, ce débat de la nécessité absolue d'une politique de lecture publique devrait s'ouvrir à tous les partenaires, auteurs, éditeurs, diffuseurs, critiques, imprimeurs. Une réflexion passionnante a lieu, par ailleurs, autour de la notion de livre équitable. Cette réflexion, menée en France par les édts L'or des fous et par l'équipe de lekti-ecriture.com
(http://www.lekti-ecriture.com/), est pour nous fondamentale.
Elle rejoint de même l'intérêt que nous portons, ici à Où sont les enfants ?, au principe même des Bibliothèques de rue et à l'aventure que constitue, ici et maintenant, la Bibliothèque sauvage qu'on tente d'inventer et de faire vivre dans la Grange aux livres, derrière la rue à Vaillac. Toutes ces pratiques devraient maintenant se croiser, se féconder, se confronter pour inventer ces "lieux de livres" nécessaires aux gamins d'aujourd'hui. L'origine de ces lieux à inventer est bien évidemment du côté de Clamart. Donc le travail de penser un truc pareil est ouvert. C'est un putain de chantier mais ça vaut la peine d'y mettre les deux mains. Voilà. On a envie d'y aller. Amenez vos pierres et vos boites à outils.
L'équipe d'Où sont les enfants ?

Écrit par : Où sont les enfants ? | 10 février 2006

Ancienne bibliothécaire ayant travaillé en section jeunesse, je connais l'importance des bibliothèques de quartier et souhaite vous manifester mon soutien.

Écrit par : Dubec Valérie | 10 février 2006

Anne Schlumberger serait bien malheureuse. Vous avez mon soutien.

Écrit par : Beauseigneur Orane | 10 février 2006

Comment oser de nos jours fermer une bibliothèque pour enfants aussi unique que la Fondatrice avait offert à la France.

Écrit par : Seferian Chouchanik | 10 février 2006

Comment oser de nos jours fermer une bibliothèque pour enfants aussi unique que la Fondatrice avait offert à la France.

Écrit par : Seferian Chouchanik | 10 février 2006

Et le grand N'IMPORTE QUOI continue !!!! non, c'est bien, fermons les bibliothèques, "positive attitude" dans une ZEP, (vous savez, le sigle qui signifie : Zone d'Education Prioritaire), fêtons ça tous ensemble, autour d'un bel autodafé, où l'on brûlera tous ces livres qui prennent une place..... et ne parlons pas de la poussiere !!!!!!! et à la place, pour effectuer le grand ménage, faisons entrer la police à l'école !!!!!
Aux grands mots, les grands remèdes !!!!!!
marie-magdeleine, une bête enseignante, qui met des livres dans sa classe et qui les voit disparaître..... étrangement..... mais que fait la police ????????
Où sont les livres ?????? grande question ....
Où sont les enfants ???????????????????
appel à la résistance active !!!!!!!!!!!!!!!!!!

Écrit par : dienis meulien | 11 février 2006

Les commentaires sont fermés.